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3.Apparition de la communauté exemplaire

Publication en ligne : lundi 23 septembre 2013, par Maître Simozrag

Apparition de la communauté exemplaire

Dès son arrivée à Médine, le prophète fut accueilli dans une ambiance de joie intense. Les garçons et les filles entonnaient cette chanson : La plaine lune s’est levée sur nous

De thaniyat al wadà

Le remerciement nous incombe

Pour aussi longtemps qu’on appelle à Dieu

O ! Celui qui a été envoyé pour nous

Tu es venu avec un commandement qui sera obéi

Cet événement va marquer la naissance de la communauté qui va changer le monde. Ce fut une communauté-Etat basée sur trois projets fondamentaux que le prophète entreprît de réaliser dès son arrivée à Médine. Ces trois projets ou actes sont : la construction d’une mosquée, la fraternisation entre les émigrés (Mouhajiroun) et les autochtones de Médine (Ansars) et enfin l’organisation de la vie communautaire sur la base d’un document écrit (l’acte constitutionnel).

1- La construction de la première mosquée

La construction d’une mosquée à Quba fut le premier acte du prophète. Le premier sermon de vendredi fut prononcé dans cette mosquée. Après les louanges d’usage, il dit ceci : «  o gens ! Faites attention tout d’abord à vos propres personnes ; sachez que lorsque l’un de vous meurt, il laisse son troupeau, sans berger, puis il rencontre son Maître, qui n’a besoin ni d’interprète ni d’intermédiaire. Dieu lui demande : ‘‘ mon messager n’est-il pas venu chez toi ? Ne t’ai-je pas donné des biens et même beaucoup ? Qu’est ce donc que tu as apporté ? ’’ L’homme regarde à sa droite et à sa gauche, mais ne trouve personne (pour le secourir), et il voit devant lui l’Enfer. Quiconque donc veut s’en protéger, qu’il le fasse, même avec un morceau de datte. Quiconque ne possède rien pour le donner en charité, qu’il dise une bonne parole, car un bienfait est récompensé par Dieu de 10 à 700 fois selon sa valeur. Que la paix soit sur vous ! »

Après un bref séjour à Quba, le prophète décida de quitter ce lieu pour aller plus au nord de Médine. Il monte un jour sur sa chamelle, lâche la corde de l’animal pour qu’elle marche à son aise. Chaque fois que des gens insistaient pour que le prophète s’installât chez eux, il disait : « laisser la chamelle marcher, elle va nous conduire là où il plait à Dieu ». La chamelle s’assit dans un terrain près de la maison d’Abu Ayoub, appartenant à deux orphelins. Le prophète l’acheta et y commença immédiatement la construction d’une mosquée : l’actuelle grande mosquée de Médine. Tout le monde, y compris le prophète, apporta son concours à la construction de cette mosquée. A côté de la mosquée on construisit une salle qui servait d’école pendant la journée et de dortoir pour les sans-abri pendant la nuit. D’un autre côté de la mosquée, on fit bâtir la maison du prophète.

Le prophète (Paix et Salut sur lui) a commencé par la mosquée à cause de son importance et de son usage polyvalent. Outre sa fonction religieuse, la mosquée a des fonctions sociales, politiques, éducatrices, etc. La mosquée est à la fois le creuset de l’unité et le centre de la foi et de la science islamiques. La mosquée est le lieu où les musulmans se rencontrent cinq fois par jour pour s’aligner en rangs serrés dans leurs prières et aussi pour apprendre, pour débattre de leurs affaires, pour trancher leurs différends, pour prendre des décisions importantes concernant le destin de la communauté. En un mot la mosquée est un lieu de culte qui fait office d’université, de tribunal, de lieu de réunion publique. C’est le lieu où se concrétise l’égalité, la fraternité et la solidarité des musulmans.

2- Fraternisation des Mouhajiroun (émigrés) et des Ansar (autochtones)
Le prophète (psl) réunit une grande assemblée de tous les chefs de familles mecquoises et médinoises et conclut des pactes de fraternité entre eux. Chaque chef de famille médinoise devait fraterniser avec un chef de famille mecquoise. Les deux chefs devenaient des frères contractuels qui partageaient la nourriture et les gains et qui héritaient l’un de l’autre. Il fit de Jaafar ibn Abi Talib et Mu’adh ibn Jabal deux frères ; Hamza ibn Abdul Muttalib et Zaïd ibn Haritha deux frères ; Abu Bakr et Kharija ibn Zuhair deux frères ; Omar ibn khattab et Utbane ibn Malik deux frères ; Abdurrahmane ibn Aouf et Saâd ibn Rabi’e deux frères et ainsi de suite. Saad dit à Abdurrahmane ibn Aouf : « voilà mes biens, je t’en donne la moitié ; j’ai deux femmes, je divorce avec l’une d’elle à ton choix, pour que tu puisses l’épouser ». Abdurrahmane répondit : « Que Dieu te bénisse dans tes biens et dans ta famille ; montre-moi seulement le marché de la ville ». Ce dernier, avec une petite somme d’argent, commença à faire du commerce et il devint, quelque temps après, l’un des plus riches compagnons du prophète ((psl)). Cette fraternisation, qui va servir de socle à l’unité de la communauté, était basée sur l’unité de la foi car on ne peut fraterniser sur la base de croyances ou de convictions opposées. Elle a regroupé 372 familles mecquoises et médinoises. C’était une fraternité réelle qui s’est traduite par un amour réciproque et une entraide mutuelle, un partage à parts égales des récoltes et des biens. L’exemple de Saâd ibn Rabi’e et de Abdurrahmane ibn Aouf illustre cette fraternisation.

3- Organisation de la Communauté
Il y avait à Médine environ une dizaine de milliers d’habitants composés de musulmans, de juifs, de chrétiens et de tribus arabes païennes. Avant l’hégire, les Khazradjites avaient désigné comme roi Abdallah ibn Ubay ibn Salûl et ils s’apprêtaient à l’introniser. L’islam rendit impossible la réalisation de leur projet au grand dam de l’intéressé. Il n’y avait pas d’organisation politique à Médine. Chaque tribu constituait une unité indépendante, qui ne reconnaît aucune autorité autre que celle de son propre chef. Celui-ci représente la plus haute autorité de la tribu ; il n’y avait pas d’égalité entre les tribus ; le prix du sang redevable à certains clans faibles était égal à la moitié de celui des clans puissants. Il fallait concilier ces tribus, dissiper leurs rivalités, organiser cette population hétérogène et disparate, créer les conditions d’une coexistence pacifique entre les différents groupes, définir les droits et les devoirs des musulmans d’un côté et des non-musulmans de l’autre ; il fallait organiser la vie collective, la doter des institutions judiciaires, financières, éducatives, militaires.

Dans cette perspective, le prophète convoqua une sorte d’assemblée générale constituante à laquelle participèrent les musulmans et les non-musulmans. Cette assemblée s’est tenue dans la maison d’Anas et tous étaient d’accord pour se constituer en communauté-Etat. Un document tenant lieu de loi organique fut rédigé sous la dictée du prophète. C’était la première constitution écrite dans l’histoire. La première traduction de ce document en langues européennes, l’a divisé en 47 articles mais selon le professeur M. Hamidoulah, le document comporte 52 articles.

Le document est nommé Sahifa (feuille, écrit). La première disposition traite de l’immigration d’une communauté musulmane, composée de musulmans émigrés de la Mecque, de musulmans médinois et des non-musulmans qui acceptaient cette forme d’organisation sociale ainsi que le devoir de combattre, aux côtés des musulmans, en cas d’agression.
-  cette communauté reconnaît l’égalité des droits à chacun de ses membres.
-  en matière de lutte contre l’injustice, chaque citoyen devrait y apporter son aide, fut-ce même contre les membres de sa tribu, de sa famille ou contre ses proches (article 13).
-  pour le règlement des différends, on doit avoir recours à la justice divine consistant en la loi de Dieu et l’arbitrage de Son envoyé (article 23).
-  le document laisse la porte ouverte aux juifs désireux d’entrer dans la communauté.
-  il reconnaît le libre exercice du culte à ces derniers : « aux juifs leur religion et aux musulmans leur religion » (article 25).
-  il fait interdiction aux juifs, et à plus forte raison aux musulmans, de porter aide ou protection aux Quraichites de la Mecque ou à leurs alliés.
-  les frais de guerres défensives devraient être supportés par chacune des communautés juive et musulmane (article 24,37, 38) mais en cas de guerre offensive, aucune communauté n’a l’obligation d’aider l’autre (article 45)

Remarques importantes : 1) Le document ne fixe pas les limites territoriales de la communauté-Etat. Est-ce que c’était dans le souci d’une extension future ? Ou est-ce une façon de rejeter la notion de frontières terrestres ?

2) Le document ne parle ni des tribus arabes ni des tribus juives mais de leurs subdivisions ex : Banû Auf, Banû Najjâr.

3) Le document intègre les juifs dans la même communauté que les musulmans : « les juifs des Banû Auf formeront une communauté avec les croyants. Aux juifs leur religion et aux musulmans leur religion » (article 25). Dans le récit d’Abu Ubaid, il est écrit : « formeront une communauté faisant partie des croyants ».

Est-ce que le prophète voulait dire que les juifs en tant que monothéistes ne devaient pas se solidariser avec les païens de la Mecque ?

Est-ce que le document projette de ranger dans la catégorie de croyants tous les fidèles des religions monothéistes face à la catégorie des incroyants et polythéistes, comme le suggère le Coran dans les versets suivants : «  Dis : ô Gens du livre, venez-en à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah » s3, v64

« Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens et les Sabéens, quiconque d’entre eux a cru en Allah, au Jour dernier et accompli de bonnes œuvres, sera récompensé par Son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et ne sera jamais affligé » s2, v62

Ce document prouve que l’islam ne connaît point la séparation entre le politique et la religion, ni entre l’économie et la religion. C’est la preuve que l’Islam embrasse tous les aspects de la vie humaine.

L’Islam a construit dès son apparition un Etat de droit, un système organisé fondé sur une constitution et des lois formant ce qu’on appelle la chari’a, le droit dans l’esprit de faire régner la justice. Ceux qui prétendent se contenter du Coran comme constitution se trompent parce que le prophète (psl) est mieux placé qu’eux pour savoir s’il fallait ou non rédiger une constitution. Il a rédigé une constitution qui a pour objet l’organisation des pouvoirs au sein d’une communauté.