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4.Les qualités de la Communauté de Médine

Publication en ligne : lundi 23 septembre 2013, par Maître Simozrag

Les qualités de la Communauté de Médine

La communauté qui vit le jour à Médine après l’immigration du prophète (s), devrait servir de modèle aux musulmans dans tous les domaines. Cette communauté possédait des qualités et des caractéristiques qui font d’elle une communauté unique en son genre. Certes, la présence du prophète au sein de cette communauté a contribué à sa formation et à son éducation, mais son exemplarité ne se limite pas à la période prophétique, elle s’étend jusqu’à la fin du califat éclairé, date à laquelle le pouvoir se transforma en dynastie. C’était une communauté indépendante et souveraine qui gérait elle-même ses affaires et élisait ses dirigeants, lesquels étaient responsables devant elle et lui rendaient compte de leur gestion. Elle était placée au-dessus du pouvoir et non l’inverse comme c’est le cas actuellement. Ni le prophète, ni les quatre Califes après lui n’ont concentré le pouvoir entre leurs mains. En réalité c’était la communauté qui exerçait le pouvoir au moyen de la choura. C’est pourquoi le prophète n’a pas désigné de successeur avant sa mort, sachant que ce choix appartient à la communauté. C’est pourquoi aussi le discours coranique s’adresse non pas aux dirigeants mais à la communauté, ce qui prouve que c’est elle qui compte aux yeux d’Allah et qu’elle est seule responsable devant Lui.

Quand il s’agit d’un ordre, d’une exhortation ou d’une obligation, le Coran parle au pluriel, s’adressant à la communauté des croyants même si l’exécution de l’action ou de la sanction n’exige qu’une seule personne : « Ne tuez point la vie qu’Allah a rendu sacré sauf en droit » s17, v34

« Et ne vous tuez pas vous-mêmes. » s4 v29

« Ne transgressez pas » s2, v190

« Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit, et quand vous jugez entre les gens de juger avec équité »s4, v58

« Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. » s60, v8

« Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. » s60, v9

« Donnez le poids exact et ne faussez pas la pesée » s55, v9

« Et ne dévorez pas illicitement vos biens » s2, v188 ; s4, v29

« Ne prenez pas de confidents en dehors de vous-mêmes » s3, v118

« Ne pratiquez pas l’usure » s3, v130

« Ne prenez pas pour alliés les mécréants au lieu des croyants » s4, v144

« Remplissez fidèlement vos engagements » s5, v1 ; s17, v34

« Observez strictement la justice » s4, v135

« Soyez des témoins équitables » s5, v8

« Ne tuez pas vos enfants » s6, v151 ; s17, v31

« Obéissez à Allah et à Son messager et ne vous disputez pas sinon vous fléchirez et perdez votre force. » s8 v46

« Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres » s49 v12

« Rivalisez dans les bonnes œuvres » s2 v148

« N’insultez pas les divinités qu’ils invoquent en dehors d’Allah, sinon ils insulteraient Allah par hostilité et par ignorance. » s6 v108

« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. » s29 v46

« Entrez tous dans la paix ; ne suivez pas les traces du Démon : il est votre ennemi déclaré. » s2 v2O8

« Dépensez de ce que Nous vous avons attribué. » s2 v254

« Observez strictement la justice et soyez des témoins pour Allah. » s4 v135

1- La meilleure communauté
Dès lors que c’est Allah, gloire à lui, qui rend témoignage à cette communauté en la qualifiant de la meilleure communauté que l’humanité ait connue, on ne peut plus douter de cette réalité. Le Coran attribue entre autres qualités à cette communauté la foi en Dieu, le combat pour le bien et contre le mal. «  Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, vous interdisez le blâmable et croyez en Allah » s3, v110 Elle était la meilleure communauté parce qu’elle réunissait ces trois qualités, à savoir la croyance en Allah, l’incitation au bien et la condamnation ou l’interdiction du mal. Le prophète ((psl)) a dit : «  Il m’a été accordé ce qu’aucun prophète n’a obtenu : J’ai vaincu par la peur, j’ai eu les clefs de la terre, j’ai été nommé Ahmad, toute la terre fut purifiée pour moi, et ma communauté fut rendue la meilleure des communautés. » (Rapporté par Ali ibn Abi Taleb)

2- Une communauté de juste milieu
« Et aussi nous avons fait de vous une communauté de juste milieu pour que vous soyez témoins contre les gens, et que le messager soit témoin contre vous. » s2, v143

Le juste milieu (al wassatia) a plusieurs significations, à savoir : justice, médiation, modération, droiture, équilibre, force, meilleure. Certains auteurs ont traduit juste milieu par juste. Le témoin doit être juste ; la communauté va témoigner pour ou contre les gens. Ce terme signifie également : meilleure. Une communauté de juste milieu est une communauté meilleure. On dit de la tribu de Quraïch qu’elle est « awsat al arab », la plus équilibrée, la plus médiane, la plus juste. Il en est de même de la « prière médiane » qui est la meilleure prière. Selon un hadith rapporté par l’Imam Ahmad, le prophète a dit : « le prophète Noé sera appelé le Jour de la résurrection, on lui demandera s’il avait transmis. Il dira oui ; on appellera son peuple et on lui demandera : « est-ce qu’il vous a transmis ? » Ils diront : « aucun avertisseur ne nous était venu et personne ne nous a transmis. » On demandera à Noé : « qui pourrait témoigner ? » il dira : « Mohamed et sa communauté ». C’est cela : « Et aussi nous avons fait de vous une communauté de juste » et le wassat est la justice, vous serez appelés, vous lui témoignez qu’il a transmis puis je témoigne pour vous ». 3- Egalité et équité
Le Coran a posé le principe de l’égalité des êtres humains quelles que soient leurs couleurs, leurs langues ou leurs origines. Car Dieu les a créés dans la même forme et de la même matière. « Les gens sont égaux comme les dents d’un peigne » disait le prophète lequel prenait part personnellement aux travaux de construction de la mosquée ; il avait creusé avec eux la tranchée alentour de la ville de Médine. Dans son discours d’adieu, le prophète a dit : « ô gens, votre Seigneur est Un et votre père est un, l’Arabe n’a aucun mérite sur le non arabe, ni le blanc sur le noir sauf par la piété. Le plus noble d’entre vous est le plus pieux ».

Cette communauté avait intégré en son sein l’Arabe, le Persan, le Byzantin, l’Africain, le riche, le pauvre, le lettré, l’illettré, l’émigré, l’autochtone et tous étaient égaux devant la loi ; ils étaient égaux en droits et en devoirs.

Cela s’explique par le fait que l’Islam considère la diversité comme une ressource naturelle utile. Il accepte toutes sortes de différences d’origine, de couleurs, d’opinions ou de langues. C’est pourquoi la constitution de Médine ( Sahifa ) adopte les Juifs et les Chrétiens en tant que composantes essentielles de la communauté. Une communauté à l’opposé des pratiques racistes et xénophobes qui caractérisent nos sociétés dites modernes où la race, la couleur, l’origine continuent à servir de critère de rejet et de différence de traitement. Il existe, d’après ces théories, des races supérieures et des races inférieures.

Le nazisme qui fut à l’origine de guerres dévastatrices ayant fait des dizaines de millions de morts, n’est que le produit de cette sinistre vision du monde. On se souvient des camps d’extermination nazis abritant des chambres à gaz où furent assassinées près de trois millions de victimes juives pour la grande majorité. Les nazis se considéraient comme la race humaine ‘‘la plus pure, la plus noble et la plus supérieure’’. Selon eux, le sang humain n’a pas la même qualité. Les Juifs sont classés au plus bas dans l’échelle des races. Avant les Juifs il y a les Tziganes, les Asiatiques, et les Noirs.

Cette maladie s’est malheureusement propagée en Afrique.

Ainsi, en est-il du concept de l’ivoirité en Côte d’Ivoire. Des Ivoiriens nés sur le même sol sont rejetés par d’autres Ivoiriens. Les Ivoiriens du nord, les musulmans, sont soupçonnés d’être de mauvais Ivoiriens, et donc rejetés par les Ivoiriens du sud. Les paysans, les agriculteurs, les pêcheurs, après qu’on ait déchiré leurs papiers d’identité, ont été chassés des lacs et de leurs terres agricoles sous prétexte qu’ils n’étaient pas d’origine ivoirienne. Lorsqu’il fut décidé de donner, en 2006, des pièces d’identité et des certificats de nationalité aux personnes qui n’en avaient pas, les jeunes patriotes, partisans de Laurent Gbagbo, s’y opposèrent et il y eut des affrontements avec beaucoup de morts, entre ces derniers et les jeunes militants du RDR, le parti d’Alassane Ouattara. Le conflit s’est aggravé quand les Jeunes patriotes occupèrent les rues d’Abidjan pour chasser les ressortissants du Nord. On assista à d’horribles scènes de lynchage. Certains furent battus à mort par la foule, on infligea à d’autres le supplice du collier de feu qui consiste à passer un pneu autour du cou de la victime et à y mettre le feu.

Le lien de sang fut à l’origine de conflits plus graves ayant provoqué des crimes horribles, des guerres et des génocides. Les affrontements entre Tutsis et Hutus au Rwanda qui ont fait près de 800.000 morts en 1994, étaient essentiellement d’origine ethnique. Le génocide n’a duré que trois mois, ce fut, dit-on, le génocide le plus rapide de l’histoire.

Dans la même logique, on peut parler de l’apartheid en Afrique du Sud dont les causes ne sont autres qu’une politique de ségrégation raciale menée par la minorité blanche à l’encontre de la majorité noire. L’injustice a atteint son comble. Les Noirs étaient privés de la quasi-totalité de leurs droits. En plus écrasés, exploités, dépouillés de leurs richesses. Leur présence en zone urbaine était strictement limitée, d’où les townships, qui sont des quartiers noirs à la périphérie des villes blanches, Le pays a connu une violence inouïe durant plusieurs décennies ; une violence qui s’est traduite par des dégâts humains et matériels considérables. Des centaines de milliers de morts. Une répression féroce s’abattit sur des citoyens dont le seul crime est d’être de couleur noire Les prisons sud-africaines ne pouvaient contenir les prisonniers noirs, plus de cent mille prisonniers, c’était la population carcérale la plus élevée au monde. Faut-il parler des centaines de morts lors des émeutes de Soweto en 1976 ? Du massacre de Sharpeville ? Bref, le pays fut le théâtre d’évènements sanglants, d’émeutes à répétition et à chaque émeute, le bilan est de plusieurs dizaines, parfois centaines de morts. Il fallait près d’un siècle de lutte pour venir à bout de ce système inhumain.

On comprend pourquoi l’Etat de Médine a mis l’accent sur la justice, c’est sans doute pour éviter de telles pratiques ignobles. Tout se passe comme si le prophète (Paix et Salut sur lui) a pressenti ces douloureux événements avant de décrire l’interdiction du racisme. L’on ne s’étonne pas dès lors qu’il était inspiré par Celui qui connaît le mystère des cieux et de la terre, du monde visible et du monde invisible.