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8.Nécessité d’une autorité

Publication en ligne : lundi 23 septembre 2013, par Maître Simozrag

Nécessité d’une autorité

Rappelons que l’islam est un système complet de vie, ayant pour mission de régir les rapports sociaux, individuels et collectifs entre les hommes. Il définit de manière claire et explicite le licite et l’illicite, ce qui est utile et ce qui est nuisible en établissant pour tous les hommes une législation complète tendant à assurer leur bonheur ici-bas et dans la vie future. Allah a dit : « Nous n’avons rien omis d’écrire dans le Livre » s6 v38 Il a pour finalités, entre autres, de libérer l’homme de l’emprise de Satan ainsi que des idoles humaines et matérielles, de faire régner la justice sur la terre et de restaurer le culte du Dieu unique.

Il se fonde sur les enseignements, les principes et les valeurs fixés par le Coran et la Sunna tendant à préserver les droits de l’homme et des peuples, à satisfaire les intérêts matériels et spirituels, immédiats et futurs des hommes en général et des citoyens en particulier dont essentiellement la Justice, la Paix, le Bien être et le Salut ici-bas et dans l’au-delà.

L’Autorité islamique est l’instrument pour mettre en œuvre ces principes, ces valeurs et ces enseignements, enfin pour réaliser ces objectifs lesquels ne se concrétisent que grâce à l’application de la loi divine. Et l’application de la loi divine a besoin d’une autorité.

Peu importe la forme de cette autorité ou le cadre institutionnel dans lequel elle s’exerce, on peut l’appeler Etat, Califat, République, Fédération ou autre dénomination. Aujourd’hui chaque musulman aspire à son bien-être ainsi qu’au bien-être de son pays et de sa communauté. L’Islam est capable de répondre à ses attentes. Le but de l’Islam est de faire de la communauté, outre un modèle de justice, une puissance civilisationnelle pouvant servir de phare à toute l’humanité. Pour ce faire, les conditions sont réunies et les moyens existent. En plus des richesses naturelles, le monde musulman dispose de moyens humains considérables. La question de l’unité pourrait aisément trouver sa solution dans l’application des principes et des valeurs de l’islam. Dans cette perspective, les rites obligatoires tels que le pèlerinage, la prière du vendredi, le jeûne du mois de Ramadan, la zakât offrent de grandes possibilités.

Cependant, les Musulmans sont divisés et en guerre les uns contre les autres, en dépit des nombreuses directives divines sur l’unité et la cohésion. Ces déchirements et ces guerres sont dus à notre éloignement de l’Islam, à la non-application de ces directives, de ces lois. Sans l’autorité, les lois de l’Islam ne peuvent être appliquées et la communauté continue à vivre dans l’anarchie, le péché et la division. On peut rétorquer qu’il existe une autorité, voire des autorités. C’est vrai qu’il existe des autorités, mais des autorités alliées à l’Occident et appliquant ses directives au lieu d’être les alliées de Dieu et d’exécuter Ses ordres. L’alliance avec l’Occident ne fait qu’éloigner les pays musulmans des enseignements de l’Islam. Dans tous les cas, cette alliance ne favorise guère une application correcte des directives islamiques. Car par rapport à l’Islam et dans une large mesure l’Occident interdit le licite et autorise l’illicite.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’actualité mondiale pour se convaincre de cette réalité douloureuse créée par l’absence de justice, à savoir : corruption, violence, conflits sanglants, guerres civiles, en un mot la faillite, la désintégration, la perte de l’humanité de l’homme, la décomposition du corps social et de l’Etat social et partout le sang coule.

Qui détient l’autorité ?

Dieu dit à trois reprises dans le Coran : « Le pouvoir n’appartient qu’à Dieu ». s6 v57 ; s12 v40 et v67 Les kharidjites ont commis la même erreur d’interprétation dudit verset que les chrétiens dans l’interprétation de la parole de St Paul dans son Epitre aux Romains 13.1-7 : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi.. »

Lors de la bataille de Siffîn entre Mu’awiya et Ali ibn Ani Taleb en 657, ces derniers acceptèrent l’initiative de l’arbitrage afin d’arrêter le bain de sang entre musulmans. Les kharidjites refusèrent l’arbitrage arguant du fait qu’Allah est le Seul Arbitre (إن الحكم إلا لله ). Au demeurant, ils finirent par assassiner ‘Ali, Mu‘âwiya et ‘Amr Ibn al-‘As. Laissons de côté cette question, en attendant.

Chez les chrétiens, la parole susmentionnée de Saint Paul a donné naissance à la théorie du droit divin selon laquelle les rois, les empereurs et les Chefs d’Etat tiennent leur pouvoir de Dieu. Ils représentent Dieu et agissent en son nom. A ce titre, le peuple leur doit une obéissance aveugle ; et surtout il ne peut leur demander des comptes car c’est Dieu qui les a mis au pouvoir.

Il s’agit d’une erreur monumentale que les uns et les autres ont commise. L’expression que ‘‘tout pouvoir’’ ou ‘‘toute autorité vient de Dieu’’, n’est pas à prendre dans ce sens. On verra qu’elle a une autre signification.

D’après la logique des kharidjites selon laquelle ‘‘ Dieu est Seul Arbitre’’, on n’aurait pas besoin d’arbitre, ni de juge, ni de gouvernant, ni de médecin, ni d’expert puisque toutes ces fonctions seraient remplies par Dieu.

Il s’agit d’une conception erronée parce qu’elle met en cause la responsabilité de l’homme sans laquelle il n’y aurait ni récompense ni châtiment. L’homme est entièrement responsable de ses actes. Cette responsabilité implique que l’homme soit l’auteur de ses actes sinon Dieu serait injuste, affirment les mou’tazilites car il a créé en l’homme la désobéissance, le péché et Il l’a châtié pour cela. Allah dit : « Tout homme est tenu pour responsable de ce qu’il a accompli » s52 v21

« Tout homme, ce jour-là, sera rétribué pour ce qu’il aura accompli » s40 v17 ; s45 v22

« Malheur à ceux qui écrivent le livre de leurs mains, et qui disent ensuite, pour en retirer un vil profit : « Ceci vient de Dieu ! » Malheur à eux ! à cause de ce que leurs mains ont écrit. Malheur à eux ! à cause de ce qu’ils ont fait » s2 v79

« Son âme l’incita à tuer son frère ; il le tua donc et se trouva alors au nombre des perdants. » s5 v30 Par ailleurs, si le pouvoir n’appartenait qu’à Dieu, pourquoi alors Dieu parle des détenteurs du pouvoir et demande aux croyants de leur obéir :

« ô vous qui croyez, obéissez à Dieu, au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent le pouvoir. » s4 v59

Ces détenteurs du pouvoir sont-ils désignés par Dieu ou par la communauté ? Cette question est à l’origine du conflit sunnite/chiite. Les chiites pensent que les détenteurs du pouvoir sont désignés par Dieu par l’intermédiaire du Prophète (Paix et Salut sur lui). Les sunnites estiment qu’ils sont désignés par la communauté comme ce fut le cas des Califes bien guidés.

Les chiites exigent que ce chef doit être à l’abri de l’erreur, donc infaillible et les imams, assurent-ils, sont infaillibles. Les sunnites estiment qu’il peut s’agir d’un homme ordinaire. La réponse à cette question doit tenir compte à la fois des enseignements du Coran, de la Sunna et de l’histoire. Le Coran enseigne que c’est Allah qui détient l’autorité, qui la donne à qui Il veut et l’enlève à qui Il veut : « Dis : ô Allah, Maître de l’autorité absolue. Tu donnes l’autorité à qui Tu veux, et Tu arraches l’autorité à qui Tu veux ; Tu honores qui Tu veux, et Tu abaisses qui Tu veux ! Tu détiens le bien et Ta puissance n’a pas de limite ! » s3 v26

Ainsi, le Coran nous rapporte des faits historiques où Dieu a désigné des rois et des chefs sans l’avis ni l’approbation des peuples et des communautés concernées. C’est le cas entre autres de Dul-Qarnayn (s18 v83-96)  [1] , et du roi Talût (Saül) (s2 v247).

Ces deux versets montrent que Dieu a désigné des rois non seulement contre l’accord des peuples concernés mais avec l’autorisation expresse pour Dul-Qarnayn, par exemple, de châtier à sa guise ou de bien traiter la peuplade qui vivait aux bords de la source bouillante.

Cependant, force est de constater que le Coran a introduit un élément en rapport avec l’intervention de la communauté quant au choix ou à l’élection de ses dirigeants. Cela se traduit par les principes de consultation et d’élection (Choura et bai’a). Cette nouveauté fait probablement partie de la miséricorde divine relative au Coran et à la mission du Prophète Mohammed (paix et salut sur lui).

Car avant l’islam, le droit de choisir ou d’élire ses dirigeants ou ses représentants n’existait nulle part. Cela ne veut pas dire que Dieu a renoncé à son pouvoir de désigner les détenteurs du pouvoir, loin s’en faut. Seulement, cette désignation divine, jadis unilatérale en quelque sorte, est désormais soumise à l’approbation de la communauté. On peut dire que la désignation des Chefs est de toute façon décidée par Dieu et que le vote de la communauté n’est qu’un vote sanction, un plébiscite ou un acte confirmatif. La désignation divine est inévitable dans la mesure où la volonté de Dieu précède celle de la communauté.

Une chose est sûre est que, d’une part, il n’est pas nécessaire que cette désignation se fasse par l’intermédiaire du Prophète Elle peut se faire directement, par voie d’inspiration, d’orientation, par l’intermédiaire d’hommes vertueux ou par d’autres moyens étant donné que Dieu est Omniscient, Omnipotent et c’est Lui qui dirige les événements. Il n’y a pas lieu de polémiquer sur cette question car personne ne peut devenir chef sans la volonté de Dieu.

L’entremise du prophète n’est pas toujours nécessaire compte tenu des périodes de vacance prophétique. Selon la logique chiite, le mécanisme de désignation divine ne doit pas fonctionner durant cette période, c’est-à-dire en l’absence du prophète. On peut se demander sur les multitudes de rois et de chefs qui se sont succédé à des époques où il n’y avait pas de prophètes, qui les a désignés ? D’autre part, l’infaillibilité n’est pas une condition sine qua non de désignation des dirigeants pour la simple raison qu’en dehors des prophètes, il n’y a pas d’homme parfait ou infaillible.

Les principes concernant la consultation, le choix des dirigeants par la communauté, l’absence de condition d’infaillibilité, sont énoncés dans les versets et les hadiths ci-après :

« Qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salât, se consultent entre eux à propos de leurs affaires. » s42 v38

« Et consulte-les à propos des affaires ! » (Coran, s3 v159) Si le chef ou le dirigeant ou l’imam était infaillible, ces versets et hadiths n’auraient pas de sens.

« Vos meilleurs imams sont ceux que vous aimez et qui vous aiment, vous leur faites des invocations et ils vous font des prières, et les pires de vos imams sont ceux que vous haïssez et qui vous haïssent, que vous maudissez et qui vous maudissent. » (Muslim)

« Pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance au Créateur ». (Recueil de l’imam Ahmad)

« L’écoute et l’obéissance incombe au musulman sur ce qu’il aime et ce qu’il déteste tant que l’ordre ne porte pas sur un péché. Si l’ordre porte sur un péché, ni écoute ni obéissance. » (Bukhari)

Ces hadiths montrent que les dirigeants peuvent se tromper en ordonnant de commettre le péché, ce qui prouve qu’ils ne sont pas parfaits car des hommes parfaits ne se trompent pas. Il incombe au dirigeant de prendre soin des administrés et de bien les servir, le Prophète (s) a dit :

« Seigneur ! Quiconque a la charge d’une affaire de ma communauté lui fait des difficultés, fais-lui des difficultés, et quiconque a la charge d’une affaire de ma communauté, prend soin d’elle, prends-soin de lui. » (Muslim)

« Si j’avais à désigner un chef sans consulter les croyants, j’aurais désigné ibn Oum Abd. » (C’est-à-dire Abdullah ibn Messaoud) (Rapporté par Ahmed ibn Hanbal d’après Ali ibn abi Taleb, r)

Les chiites considèrent que les imams ont un pouvoir extraordinaire, ils connaissent le mystère et ils participent même à la gestion de l’univers. Ils pensent que la succession du prophète revient de droit à Ali et à ses descendants, les onze imams. Le pouvoir, selon eux, ne doit pas sortir de la famille du prophète (Paix et Salut sur lui). Et c’est Dieu Lui-même qui aurait désigné les douze imams par l’intermédiaire de Son messager. Ils prônent une dynastie fondée sur ‘‘Ahl al-Bayt’’, les gens de la maison. Sur ce point, la doctrine chiite ressemble aux thèses théocratiques. A propos du verset : « Le pouvoir n’appartient qu’à Dieu », il signifie que Dieu doit être l’unique autorité de référence pour les croyants dans leurs activités et leurs rapports sur le plan religieux, juridique, politique, économique, social, etc. Ce qui requiert par voie de conséquence l’application de Ses lois.

Allah Gloire à Lui est le Seigneur, le Créateur, le Pourvoyeur, Qui fait vivre et Qui fait mourir, Qui dirige l’univers, ces attributs et d’autres font de Lui Le Seul Qui doit être adoré et Le Seul Qui doit servir de référence et ce dans l’intérêt des hommes eux-mêmes. Outre le fait que cette référence constitue un acte d’adoration, elle met les hommes à l’abri des fléaux de l’adversité, des divisions, des conflits et des guerres. Il s’agit de combattre l’injustice en appliquant des lois justes établies par Dieu.

« C’est Allah qui Juge et personne ne peut s’opposer à son jugement et Il est prompt à régler les comptes » s13 v41 Tous les prophètes et les Messagers ont eu pour mission d’établir l’ordre et la justice au moyen de l’application de la loi divine car il n’y a de justice que dans la loi divine.

Allah dit : « Nous avons envoyé Nos Messagers avec les preuves évidentes et avons fait descendre avec eux le Livre et la Balance afin que les gens établissent la justice… » s57 v25

Le contraire serait une rébellion contre l’ordre et l’autorité de Dieu. Mais cela n’a rien à voir avec la théorie du droit divin qui vient d’être évoquée. Il est d’ailleurs honteux d’attribuer à Dieu les crimes et les atrocités commises en Son Nom par les régimes théocratiques avec la bénédiction du Pape et des chrétiens. C’est déshonorant pour le genre humain.

Crimes des chrétiens au nom de Dieu

Les chrétiens portent sur la conscience des crimes crapuleux pouvant se traduire par des massacres, des viols, des amputations de bras et de jambes, des femmes enceintes éventrées, des bûchers où furent brûlées des populations entières, des sexes et des langues coupés, des bébés écrasés devant leurs mamans, enfin des faits inqualifiables que la langue parait incapable de décrire. Avant de citer quelques exemples car ce n’est pas le lieu de parler en détail, complétons ce tableau par ces propos édifiants :

« l’Inquisition, la torture, la question ; les croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations, les bûchers ; la traite des noirs, l’humiliation, l’exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes et des enfants ; les génocides , les ethnocides des conquistadores (…) le compagnonnage de route avec tous les fascismes du XXIème siècle, Mussolini, Pétain, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d’Amérique du Sud ; etc. Des millions de morts pour l’amour du prochain. » [2]

Les hommes de la chrétienté, appuyés par les papes se livraient, pendant des siècles, à des pratiques inhumaines. Satan, incapable de faire autant, ne devait nullement se réjouir car trop douloureux et trop affligeant. Ils ont inventé la chose la plus affreuse que le monde n’ait jamais connue, elle a pour nom l’inquisition. Ses tribunaux ne connaissaient ni acquittement ni pardon. Les peines les plus courantes sont la torture et la mort.

Il suffisait d’un oui ou d’un non pour être accusé d’hérésie ou de sorcellerie. Les condamnés seront livrés à l’échafaud, au bûcher, au gibet, au supplice ; leurs biens sont confisqués. « Les supplices les plus barbares inventés par les tyrans Assyriens ou par les potentats de l’Afrique pâlissent à côté des forfaits qui ont été commis par l’Église, à l’aide du Saint Office, pour terroriser l’humanité et la maintenir sous le joug ! »

Ils n’hésitaient pas à brûler vifs des gens. Environ 1 million de personnes ont été brûlées en quelques décennies, essentiellement des hérétiques, des juifs et des musulmans. Les pays et les villes rivalisaient pour battre le record du nombre d’hérétiques brûlés en un an. « Un record durable est établi par la ville de Bamberg, siège épiscopal, qui brûle 600 sorcières en un an » [3]

Les conversions forcées étaient la seule possibilité d’échapper à la décapitation. Plusieurs dizaines de milliers de têtes tombent, avec la bénédiction de l’église sous le règne de Charlemagne. Ce dernier proposait aux Saxons le choix entre la conversion au catholicisme, ou avoir la tête coupée. La formule "Extermination ou Conversion" devenue par la suite "la mort ou le baptême", un dogme irréversible.

Ce qui se passa à Jérusalem est écœurant. On violait les femmes et les enfants avant de les égorger ou de leur ouvrir le ventre. Voici un témoignage poignant, sous le titre : Sac de Jérusalem par les Croisés (Palestine) 15 juillet 1099 :

« À la suite de l’invasion de l’Asie Mineure par les Turcs seldjoukides aux dépends de l’Empire byzantin et de la prise de Jérusalem (1077), le pape Urbain II appelle à la Croisade au concile de Clermont en 1095. La Croisade en Terre Sainte assurait à celui qui partait le pardon de ses péchés, donc le salut éternel (…) Après la victoire de Dorylée sur les Turcs, les Croisés assiègent Antioche durant plus de six mois. Ils ont beaucoup de pertes. Ils souffrent de la faim et de la soif. Ils se livrent à des exactions : « A Maara, les nôtres faisaient bouillir les païens adultes dans les marmites, ils fixaient les enfants sur des broches et les dévoraient grillés. » écrit Raoul de Caen. Et l’Anonyme :

« D’autres découpaient la chair des cadavres en morceaux et les faisaient cuire pour les manger. » Pour les Turcs, les Francs resteront des anthropophages. Quand ils assiègent Jérusalem, les Croisés ne sont plus que douze mille alors qu’ils étaient de cent à cent cinquante mille au départ. Quand ils pénètrent dans la ville, ils sont saisis d’une « divine » fureur contre les Infidèles.

Dans les Gesta Francorum, l’Anonyme écrit : « Certains de nos hommes (et c’était miséricorde) coupaient la tête de leurs ennemis ; d’autres leur décochaient des flèches, les faisant tomber des tours ; d’autres encore prolongeaient leurs tortures en les livrant à la flamme. On pouvait voir dans les rues de la ville des monceaux de têtes, de mains et de pieds. Il fallait se faire un chemin à travers les cadavres d’hommes et de chevaux.

Mais c’était là peu de choses comparé à ce qui arriva près du temple de Salomon ... Si je dis la vérité [sur ce qui s’y passa], elle dépassera ce qu’il vous est possible de croire. Qu’il me suffise donc de dire ... que les hommes chevauchaient dans le sang, qui leur montait aux genoux et à la bride.

Quarante mille personnes soit la quasi-totalité de la population, femmes et enfants compris, sont exterminés en deux jours les 15 et 16 juillet 1089. Les Juifs de Jérusalem sont autant victimes des exactions des Croisés que les Musulmans : toute la communauté juive de Jérusalem périt dans les flammes de la synagogue. Dans la vallée du Rhin ils avaient déjà été la cible de l’ardeur sacrée des pèlerins. » [4]

« On estime à 70000 le nombre de civils massacrés. La dernière phase du massacre se joue dans les synagogues et mosquées de la ville, où les habitants terrifiés se sont réfugiés : ils espèrent que le caractère religieux des lieux pourrait inspirer les pieux croisés à la clémence. Il n’en est bien sûr rien : les croisés entrent et transforment les lieux de cultes en de vastes charniers. Le massacre des milliers de civils agglutinés dans la grande mosquée de l’esplanade du temple durera plusieurs heures. "Tout ce qui respire" dans la ville a été tué, reportent avec fierté les commandants des croisés » [5]

Si les hérétiques se mélangent à la foule, les soldats de ‘‘dieu’’ n’hésitent pas à tuer tout le monde comme cela s’est passé à Béziers le 21 juillet 1209. Arnaud Amaury, Prieur général de l’Ordre de Cîteaux, lance l’ordre : "Tuez-les tous, dieu reconnaîtra les siens" Il y eut un carnage immense. « Environ 1000 personnes se réfugient dans l’église de Sainte Madeleine, espérant que les croisés n’oseront pas tuer en ce lieu. Vain espoir, tous, y compris des prêtres catholiques, sont massacrés.

La ville est livrée aux flammes (...) A part le cas célèbre de Béziers, cette guerre est le théâtre d’innombrables massacres de civils par les croisés. On citera l’exemple de Marmande : la ville se rend, en juin 1219, à une armée composée de 20 évêques, 600 chevaliers et 10000 archers : la population de 5000 personnes est entièrement massacrée, y compris les femmes et les petits enfants. Le plus grand bûcher de la croisade est semble-t-il celui érigé après la chute, le 3 mai 1211, du château de Lavaur (près de Castres) : 400 cathares sont brûles sur un seul bûcher !

En 1255, Alphonse X le Sage, roi de Castille et de Léon, ordonne de brûler sur le bûcher tous les chrétiens qui se convertiraient à l’Islam ou au judaïsme. » Même les morts subissent la punition s’ils portent l’étiquette d’hérétiques. A Toulouse en 1237, on fait exhumer les corps de plusieurs personnes soupçonnées d’hérésie et ils furent brûlés sur la place du Marché. Parfois, les suspects ont la chance d’échapper à la mort, mais on leur coupe la langue, conformément à un décret de l’empereur Frédéric II. En Angleterre, les hérétiques sont marqués au fer rouge sur le visage avant que l’ordre de les lyncher y soit lancé. L’église ayant décidé que les femmes ne peuvent entrer dans le chœur des églises, mais comme les prélats ne peuvent rester sans entendre des voix douces pour louer l’amour du Christ, elle a vite imaginé la solution. Il fallait trouver des jeunes garçons ayant une belle voix et leur couper le sexe avant la puberté afin qu’ils conservent leur belle voix enfantine. Ils s’appellent les castrats. Cette pratique odieuse n’a cessé qu’en 1878, sur ordre du Pape Léon XIII.

L’inquisition n’est pas le seul fait des catholiques ; les protestants l’ont pratiquée aussi. Une inquisition régulière a été mise en place en Saxe, avec Melanchthon sur le banc, et un grand nombre de personnes ont été punies de mort, emprisonnées ou exilées. Auguste Comte a écrit :

« L’intolérance du protestantisme n’était certainement pas moins tyrannique que celle pour laquelle le catholicisme est tellement critiqué (Philosophie positive, IV, 51) La torture était une pratique courante. Parmi les méthodes les plus usitées, figurent la corde, le chiffon, le feu, la chaise à clous, l’élongation, l’estrapade, les garrots, l’immersion, les fers brûlants, les rouleaux à épines, les tourniquets, les brodequins, le plomb fondu et l’eau bouillante. La plus simple des méthodes n’est pas moins atroce que les autres. Rares furent les suppliciés qui ne meurent pas sous la torture. Le sadisme des tortionnaires les rendait plus cruels envers les femmes. A l’encontre de ces dernières, les inquisiteurs opéraient avec une agressivité particulière. « Il y avait des instruments de torture spécifiques, conçus tout spécialement pour les femmes, par exemple « la poire vaginale » qui, par l’action rotative d’une vis, élargissait et déchirait l’utérus et les viscères. Il y avait des « griffes à poitrine » qui déchiquetaient les seins ; « d’autres griffes » qui, chauffées au rouge, causaient « seulement » une « morsure » à la poitrine des mères célibataires, dont les enfants se tenaient à leurs pieds, arrosés de leur sang. Il y avait ce qu’on appelait les « araignées espagnoles », c.-à-d. des griffes à cinq doigts en ciseaux qui soulevaient la victime par le postérieur, la poitrine, le ventre ou la tête, mais aussi par les yeux et les oreilles à l’aide de deux griffes. « La ceinture de chasteté » contrairement à la mystification qu’il en a été faite, était en réalité également un outil de torture. Naturellement, il y avait aussi « les masques de la honte » pour les femmes, ainsi que les « poires buccales » confectionnées spécialement contre leur prétendu verbiage. Il s’agissait en fait de bâillons en fer, dont l’extrémité aiguisée en pointe avait pour effet de leur trancher la gorge. Mais au besoin des pierres suffisaient aussi pour mener à bien cette œuvre de destruction. Les femmes ayant commis l’adultère, étaient lapidées ou jetées dans une fosse aux serpents … Jamais il n’y eut une religion qui prêcha autant l’altruisme et l’amour pour le prochain et qui, en même temps, pratiqua autant « la haine du prochain » et la haine des femmes en particulier ! C’est en cela que le christianisme catholique et protestant se distingue de toutes les autres religions, à savoir de manière négative. Il ne s’est jamais distingué de manière positive en ce qui concerne l’humanité et la protection des droits de l’homme. Au contraire, il a fallu lutter pour chacun des droits de l’homme à cause de la résistance acharnée de l’église, aussi bien catholique que protestante. » [6]

Voici un exemple de torture d’une femme accusée de sorcellerie à Prossneck (Allemagne), en 1629 :

« Le bourreau lui lie les mains, lui coupe les cheveux et la place sur l’échelle. Il lui jette de l’alcool sur la tête et y met le feu pour brûler la chevelure jusqu’aux racines. Il lui place des morceaux de soufre sous les bras et autour du cou, et les enflamme. Il lui lie les mains derrière le dos et l’élève jusqu’au plafond. Là, il la laisse suspendue pendant trois ou quatre heures jusqu’au petit déjeuner. A son retour, il lui asperge le dos d’alcool et y met le feu. Il lui attache de très lourds poids au corps et l’élève à nouveau. Après cela, il lui place le dos contre une planche hérissée de pointes acérées et la remonte une fois de plus jusqu’au plafond. Il lui comprime alors les pouces et les gros orteils dans les vis et lui frappe les bras avec un bâton. Il la laisse ainsi suspendue pendant un quart d’heure jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse. Puis il lui presse les mollets et les jambes à la vis. Il la fouette ensuite avec un fouet conditionné pour la faire saigner. A nouveau, il lui place pouce et gros orteils dans les vis, de six à treize heures, pendant qu’il va manger un peu avec les officiels de la cour. Le lendemain, ils reprirent mais sans pousser les choses aussi loin que le jour précédent ... » [7]

D’autres carnages se déroulèrent en Europe de l’Est, par exemple en Serbie « le père Ivan Raguz lance un appel public demandant de tuer tous les Serbes (Orthodoxes), y compris les enfants, "afin que même la semence de ces bêtes ne reste". Le génocide d’orthodoxes par le régime théocratique des Oustachis tue environ 400000 personnes. » [8]

Les populations européennes qui ont adhéré aux thèses réformistes de Luther ont été massacrées. Plus de vingt milles protestants, hommes, femmes et enfants ont été massacrés en France durant la nuit du 25 août 1572, appelée ‘‘Nuit de la Saint-Barthélemy’’.

Le continent sud-américain fut livré aux mêmes atrocités par les chrétiens notamment les conquistadors espagnols. On s’interroge sur l’existence d’un génocide des indiens, le terme génocide étant un néologisme qui n’existait pas à cette époque. Certains historiens estiment que le nombre de morts dépasse les 60 millions.

Les témoignages ci-après procèdent d’une enquête récente menée par un site de gauche sur la question ‘‘Y a-t-il eu génocide des Indiens par les conquérants espagnols ?’’ [9] :

« ...tuant grand nombre (d’Indiens) en temps de paix, les jetant aux chiens (pour être dévorés), les brûlant, coupant des mains, des pieds, des nez et des seins, violant leurs femmes et leurs filles, mettant le feu à leurs maisons, saccageant leurs semailles ; de sorte qu’ils meurent de froid et de faim, et ne leur resta plus que s’accoutumer, de pure nécessité, à se manger les uns les autres. »

 [10]

Témoignages de Las Casas dans sa "Très brève relation de la destruction des Indes"

« C’est chez ces tendres brebis, ainsi dotés par leur créateur de tant de qualités, que les Espagnols, dès qu’ils les ont connues, sont entrés comme des loups, des tigres et des lions très cruels affamés depuis plusieurs jours. Depuis quarante ans, et aujourd’hui encore, ils ne font que les mettre en pièces, les tuer, les inquiéter, les affliger, les tourmenter et les détruire par des cruautés étranges, nouvelles, variées, jamais vues, ni lues, ni entendues. J’en dirai quelques-unes plus loin ; elles ont été telles que sur les trois millions de naturels de l’Ile Espagnole que nous avons vus il n’y en a plus deux cents aujourd’hui » (p. 50).

« Au cours de ces quarante ans, plus de douze millions d’âmes, hommes, femmes et enfants, sont morts injustement à cause de la tyrannie et des œuvres infernales des chrétiens. C’est un chiffre sûr et véridique. Et en réalité je crois, et je ne pense pas me tromper, qu’il y en a plus de quinze millions ». (pp. 51-52).

« L’an 1518, ceux qui se disaient chrétiens s’en furent là piller et y tuer, tout en disant qu’ils allaient la peupler.

De 1518 à aujourd’hui, en 1542, toute l’iniquité, toute l’injustice, toute la violence et la tyrannie exercées par les chrétiens aux Indes ont débordé et ont atteint leur comble. Parce que les chrétiens ont perdu toute crainte de Dieu et du roi et ont oublié qui ils sont. Les ravages et les cruautés, les tueries et les destructions, les dépeuplements, les vols, les violences et les actes tyranniques perpétrés dans tant de royaumes de la grande Terre Ferme sont si nombreux et si graves que tout ce que nous avons dit n’est rien en comparaison de ce qui a été fait ; même si nous les disions toutes, car nous taisons bien des choses, ce n’est comparable ni en nombre ni en gravité à ce qui a été fait et perpétré de 1518 à l’année où nous sommes, 1542 » (p. 78).

« Je déclare devant Dieu et ma conscience que d’après ce que je crois et ce que je considère comme vrai je n’ai dit et souligné, en gravité et en quantité, que le dix millième des perditions, des dommages, des destructions, des dépeuplements, des ravages, des meurtres, des grandes cruautés, particulièrement laides et horribles, des violences, des injustices, des vols et des tueries perpétrés sur les habitants et les terres des Indes, dans le passé et aujourd’hui encore » (p. 148).

« J’ai terminé mon travail à Valence le 8 décembre 1542, au moment où les violences, les oppressions, les tyrannies, les massacres, les vols, les destructions, les ravages et les anéantissements, les angoisses et les calamités que j’ai dits sont au comble de leur force partout aux Indes où il y a des chrétiens. Les chrétiens sont plus féroces et abominables dans certaines régions que dans d’autres » (p. 154).

Témoignage de Prescott qui cite "en termes atténués" Pedro Pizarro, biographe du "gran capitán de la Conquista" Francisco Pizarro après la prise de la capitale des Incas Cuzco :

« Il fit entrer par la ruse les plus importants dans une maison de paille et il ordonna d’y mettre le feu. Ils furent brûles vifs. Tous les autres furent tués à coups de lance, une multitude à coups d’épée.

Quant à la reine Anacaona, les soldats la pendirent pour l’honorer. Il arrivait que certains chrétiens, par pitié ou par cupidité, prennent des enfants pour les protéger et qu’ils ne soient pas tués, et les mettaient en croupe sur leur cheval, un autre Espagnol venait par-derrière et transperçait l’enfant de sa lance ; un autre, si l’enfant était par terre, lui coupait les jambes de son épée" (Las Casas p. 60).

« Ils arrachaient les bébés qui tétaient leurs mères, les prenaient par les pieds et leur cognaient la tête contre les rochers. D’autres les lançaient par-dessus l’épaule dans les fleuves en riant et en plaisantant et quand les enfants tombaient dans l’eau ils disaient : ’Tu frétilles, espèce de drôle !" ; ils embrochaient sur une épée des enfants avec leurs mères et tous ceux qui se trouvaient devant eux » (Las Casas p 55)

« Un certain Espagnol qui allait à la chasse au cerf ou au lapin avec ses chiens ne trouva un jour rien à chasser, et il lui sembla que les chiens avaient faim : il enlève un tout petit garçon à sa mère, et avec un poignard il lui coupe les bras et les jambes et donne à chaque chien sa part, quand les chiens ont mangé les morceaux, il jette le petit corps par terre à toute la bande » (Las Casas p. 101).

« Et au point du jour, alors que les innocents dormaient avec leurs femmes et leurs enfants, ils attaquaient le village, qui était généralement en paille, et brûlaient vifs les enfants, les femmes et beaucoup d’hommes avant qu’ils aient leurs esprits.

Ils tuaient ceux qu’ils voulaient et torturaient à mort ceux qu’ils prenaient vivants pour leur faire indiquer d’autres villages pourvus d’or ou dire où il s’en trouvait davantage que celui qu’ils trouvaient.

Ceux qui restaient étaient marqués au fer comme esclaves. Quand le feu était éteint, les Espagnoles allaient chercher l’or qu’il y avait dans les maisons. C’est de cette manière et dans de telles actions que s’est occupé cet homme perdu avec tous les mauvais chrétiens qu’il commandait, de 1514 à 1521 ou 1522 (...)

Les officiers du roi faisaient de même, chacun envoyant le plus de serviteurs ou de domestiques qu’il pouvait ; et le premier évêque de ce royaume envoyait aussi ses domestiques pour avoir sa part de profit » (Las Casas p. 71).

« Avec leurs chevaux, leurs épées et leurs lances les chrétiens commencèrent des tueries et des cruautés étrangères aux Indiens. Ils entraient dans les villages et ne laissaient ni enfants, ni vieillards, ni femmes enceintes ou accouchées qu’ils n’avaient éventrés et mis en pièces, comme s’ils s’attaquaient à des agneaux réfugiés dans leurs bergeries.

Ils faisaient des paris à qui ouvrirait un homme d’un coup de couteau, ou lui couperait la tête d’un coup de pique ou mettrait ses entrailles à nu... Ils faisaient de longues potences où les pieds touchaient presque terre et par groupes de treize, pour honorer et révérer notre Rédempteur et les douze apôtres, ils y mettaient le feu et les brûlaient vifs.

D’autres leur attachaient tout le corps dans de la paille sèche et y mettaient le feu ; c’est ainsi qu’ils les brûlaient. A d’autres et à tous ceux qu’ils voulaient prendre en vie ils coupaient les deux mains, et les mains de leurs pendaient, et ils leur disaient : "Allez porter les lettres", ce qui signifiait d’aller porter la nouvelle à ceux qui s’étaient enfuis dans les forêts.

C’est ainsi qu’ils tuaient généralement les seigneurs et les nobles : ils faisaient un gril de baguettes sur des fourches, ils les y attachaient et mettaient dessous un feu doux, pour que peu à peu, dans les hurlements que provoquaient ces tortures horribles, ils rendent l’âme » (Las Casas p. 55).

« Les Espagnols passaient leur temps en tournois pour voir qui fendait le mieux un Indien en deux, d’un seul coup d’épée, ou en concours de la mise à mort à l’arbalète. Parmi les faits dont il nous informe, prenons celui-ci "...que ceux qui sont de vrais chrétiens sachent ce qu’on n’a jamais entendu en ce monde. Pour nourrir leurs chiens, ils mènent des Indiens enchaînés en fil durant leur chemin, qui vont comme s’ils étaient un troupeau de porcs.

Ils les tuent et tiennent une boucherie ambulante de viande humaine, en se disant les uns aux autres : ’prête-moi un quart de ce coquin pour donner à manger à mes chiens jusqu’à ce que j’en tue un moi-même’, comme s’il s’agissait d’un quart de mouton ou de porc. Toutes ces choses diaboliques viennent d’être prouvées maintenant en des procès que se sont fait entre eux-mêmes quelques tyrans. Que peut-il y avoir de plus sauvage ! »

 [11]

Un autre pasatiempo nous est rapporté par un autre ecclésiastique espagnol, le Vicaire Morales, qui écrit : "Il y a des Espagnols qui dressent des chiens carnassiers pour les habituer à tuer des Indiens. Ils font cela parfois comme pasatiempo pour voir si les chiens s’y prennent bien."

« Comme les impositions se succédaient si rapidement qu’à peine avait-on payé un tribut, arrivait le suivant à payer. Pour y faire face ils vendaient leurs enfants. Et ceux qui ne payaient pas leur tribut étaient voués à la mort, soit par des tortures soit au moyen d’emprisonnements cruels, parce qu’ils les traitaient bestialement, on les tenait pour inférieurs aux bêtes. » [12]

« Le fer rouge ne coûtait pas cher. On posait sur ces visages tant de marques en plus du fer du roi, tant que toute la face en était écrite, puisque chaque acheteur posait ses initiales. C’est pour cela que cette huitième plaie ne valait pas mieux (que les autres). » [13]

Le fer rouge du roi avec lequel on marquait leurs faces a été dessiné par Bernal Diaz dans sa chronique ( Bernal Díaz del Castillo, HISTORIA VERDADERA DE LA CONQUISTA DE LA NUEVA ESPAÑA, Mexico 1955, page 319) : C’était une petite marque que le "fer de Sa Majesté", qui indiquait la qualité d’esclave en général, son destin sans retour. Chaque propriétaire d’esclaves (et qui ne l’était pas ?), une fois en possession de l’"objet" acheté- ils changeaient souvent de propriétaires - marquait sur la face de l’infortuné ses initiales, comme on faisait avec le cheptel.

Témoignage sur Don Antonio de Mendoza, sous ses ordres directs et en sa présence :

« Après la capture de la Colline de Mixton, grand nombre d’Indiens faits prisonniers furent mis à mort en sa présence et sous ses ordres. Quelques-uns furent placés en file et mis en pièces à coups de canon, d’autres furent déchiquetés par des chiens. D’autres étaient livrés à des Noirs pour être mis à mort, et ceux-ci les tuèrent à coup de couteaux pendant que d’autres étaient pendus. Ailleurs également des Indiens étaient jetés à des chiens en sa présence. » [14]

De là on comprend pourquoi le saint Coran insiste sur le concept de miséricorde. Le terme ‘‘miséricorde’’ et ses dérivés est mentionné 313 fois dans le Coran.

Vraisemblablement, Allah n’a pas inscrit la miséricorde dans les cœurs de ces gens-là : « Et Ma miséricorde embrasse toute chose. Je la prescrirai à ceux qui (Me) craignent, acquittent la Zakat, et ont la foi en Nos signes. Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu’ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Thora et l’évangile. Il leur ordonne le convenable, leur défend le blâmable, leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises, et leur ôte le fardeau et les jougs qui étaient sur eux. Ceux qui croiront en lui, le soutiendront, lui porteront secours et suivront la lumière descendue avec lui ; ceux-là seront les gagnants. » s7 v156-157

L’Islam recommande la miséricorde non seulement envers les humains mais aussi envers les animaux et les végétaux. « Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’humanité » s21 v107

« Ceux qui sont miséricordieux, Allah sera miséricordieux envers eux. Soyez miséricordieux envers les habitants de la terre, Celui qui est dans le ciel sera miséricordieux envers vous » Rapporté par Abou Dawoud et Tirmidhi

« Celui qui n’est pas miséricordieux envers les gens, Allah ne sera pas miséricordieux envers lui » (Bukhari et Muslim)

« Quiconque tue un oiseau sans raison valable, celui-ci se plaindra à Allah le jour du jugement en disant : ‘‘O mon Seigneur ! Un tel m’a tué sans raison valable, et il ne m’a pas tué pour un profit’’ » Rapporté par An-Naçaï et Ibn Hibbane

Revenons à nos moutons,

Quelle sorte d’autorité ?

L’Islam prône l’édification d’un Etat de droit et de justice quelle que soit la nature du système.

D’aucuns ont tendance à croire que le système islamique serait de nature théocratique où s’exerce, comme on l’a vu plus haut, un pouvoir absolu basé sur le droit divin au sens féodal et moyenâgeux du terme. Cette croyance est, encore une fois, totalement erronée. Le système islamique n’a rien à voir avec les féodalités, les dictatures ou les monarchies absolues du moyen âge.

C’est un système de justice, de valeurs morales et de droit régi sur la base de la Révélation et de la consultation. Dans un système islamique, le chef de l’Etat n’est qu’un simple agent d’exécution de la loi de Dieu et de la volonté de la communauté.

En plus des garde-fous constitutionnels, son pouvoir est limité : 1° Par le contrôle du peuple et des institutions ad-hoc.

2° Par la loi (charia) qui ne laisse que de très faibles marges de manœuvres au chef de l’Etat.

3° Par les élections : le suffrage populaire.

4° Par la consultation suivant l’importance de chaque question, il est tenu de consulter soit le peuple, c’est le cas du référendum, soit les assemblées : Parlement, Sénat, Conseil de la Nation ou de la Oumma, etc. Le chef de l’Etat n’a aucun pouvoir discrétionnaire ; il est responsable devant Dieu, et cela n’est pas négligeable par rapport à un homme pieux. De même qu’il est responsable devant la communauté et devant les assemblées nationales, sans compter le fait que chaque citoyen peut mettre en cause le chef de l’Etat.

La non-application des lois divines

La non-application des lois divines a plongé le monde musulman dans la corruption, l’injustice et l’insécurité. Au-delà de son caractère dissuasif, la loi de Dieu contribue à créer un climat de piété qui favorise la justice et partant la paix et la sécurité. La justice est le corollaire de la crainte de Dieu, ces deux notions sont difficilement dissociables. Celui qui aime la justice est un homme d’une nature saine, un croyant malgré lui.

Or, cette ambiance de crainte de Dieu n’existe que peu chez les uns, et pas du tout chez les autres ; les gens ont tendance à dissimuler cet état d’esprit qui devient, ainsi que la foi en Dieu, un signe d’attardement et de faiblesse. On a moins honte d’aller au bar que d’aller à la mosquée ou à l’église. Ce climat irréligieux et immoral a favorisé le développement de la corruption et du vice qui, à leur tour, ont engendré des injustices elles-mêmes génératrices d’autres fléaux dont l’insécurité.

Il apparaît ainsi que l’absence de religion entraîne la déliquescence de la société. Dans le monde musulman, il est souvent question d’une situation assimilable à l’absence de religion, c’est la religiosité d’apparence ; cette situation est pire que l’absence de religion, parce qu’elle fait figure d’une société d’apparence religieuse, alors qu’il s’agit d’une fausse apparence, d’une fausse religiosité qui cache des intentions et affiche des comportements plus pervers et plus dangereux que ceux de la société irréligieuse.

Néanmoins, la religion ne recouvre sa pleine signification que dans l’application de la loi divine.

Autrement dit, lorsque l’autorité et le pouvoir sont exercés sur la base de lois, de règlements et de directives d’inspiration humaine, cela signifie la négation de Dieu, voire la rébellion et la révolte contre Lui, ce qui est contraire à l’islam car le mot islam veut dire soumission à Dieu et la soumission à Dieu implique l’obéissance à ses lois et à ses directives contenues dans le Coran et dans la Sunna du Prophète (psl). Si les insoumis (non-musulmans) refusent de reconnaître, et c’est leur droit, la suprématie de la loi divine ; nous, les musulmans, n’avons pas à en subir les conséquences, à les suivre dans leur incroyance, car nous risquons de sombrer, et c’est bien le cas, dans l’idolâtrie, la mécréance et le chaos. Il n’y a qu’à se référer aux énoncés de certains versets du Coran pour se rendre compte du bien fondé de cette réalité. Ainsi, après avoir ordonné aux juifs et aux chrétiens d’appliquer la Torah et

l’Evangile, Allah dit :

« Et sur toi (Mohammed), Nous avons fait descendre le Livre avec la Vérité confirmant le Livre qui existait avant lui et le primant. Juge donc parmi eux d’après ce qu’Allah a fait descendre. A chacun de vous, Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Ne suis pas leur passion en te détournant de la Vérité qui t’est venue » s5 v48

« Juge alors parmi eux d’après ce qu’Allah a fait descendre » s5 v49

« Ceux qui n’appliquent pas ce qu’Allah a fait descendre, sont des mécréants » s4 v44

« Ceux qui n’appliquent pas ce qu’Allah a fait descendre, sont des injustes » s5 v45

« Ceux qui n’appliquent pas ce qu’Allah a fait descendre, sont des pervers » s5 v47

objectifs de l’Autorité islamique

L’Autorité islamique doit poursuivre les objectifs fixés par l’Islam, à savoir :

1)-L’instauration de la justice

Parmi les gens, il y a des puissants et des faibles, des riches et des pauvres, des coupables et des victimes. Les contestations, les conflits et les litiges entre eux doivent être tranchés et réglés de manière juste et équitable sur la base du Livre de Dieu et de la Tradition de Son Prophète, car il n’y a de justice que celle qui émane des sources divines.

C’est pourquoi l’islam préconise une justice absolue qui n’a pas d’équivalent ni dans l’histoire, ni dans la réalité sociopolitique des systèmes humains.

La justice en Islam est une justice divine ; la magistrature est totalement indépendante de l’exécutif et des autres pouvoirs.

La justice humaine étant toujours défaillante, en raison de l’égoïsme, du racisme, du clanisme, de la corruption et d’autres faiblesses inhérentes à la nature humaine. Nous observons de jour en jour dans les pays dits développés et civilisés toutes sortes de manipulations du judiciaire par le pouvoir politique.

Certes, une justice absolue est impossible sur cette terre, mais les dirigeants vertueux qui seront à la tête de l’Autorité islamique tentent, par crainte de Dieu, d’agir selon la justice et de faire régner la justice.

On m’objectera que la justice divine, quand elle est appliquée par des humains, risque de connaître les mêmes imperfections et les mêmes défaillances que celles des humains. Cela est vrai, certes, mais lorsque les magistrats remplissent un certain nombre de critères et de conditions dont la piété, l’intégrité et la compétence, et aussi quand ils sont indépendants, ils peuvent contribuer à promouvoir la justice à un niveau sinon proche de la justice idéale au moins à un niveau irréprochable.

Dans un système islamique, il n’y a pas de justice à deux vitesses : une justice pour les pauvres et une autre pour les riches. Une justice pour les nationaux et une autre pour les étrangers ; une justice pour les gouvernants et une autre pour les gouvernés.

Les prisons de Guantanamo et d’Abou Gharib et les manières dont sont traités les musulmans d’un côté et les tortionnaires américains de l’autre sont l’illustration parfaite de cette justice à plusieurs vitesses.

L’islam prône l’égalité devant la loi, sans distinction aucune. Le rang social, la couleur, la religion, le sexe n’entrent pas en compte quand il s’agit d’appliquer la loi.

L’islam est à l’opposé de la dictature. La justice est un principe fondamental qui a été appliqué par le Prophète et les compagnons après lui. Les riches et les pauvres, les gouvernants et les gouvernés sont tous égaux devant la loi.

L’histoire nous enseigne que des chefs d’Etat ont comparu comme des simples citoyens devant le juge, que des peines légales furent appliquées à des hauts dignitaires du régime et à des gouverneurs. Comme nous l’avons mentionné plus haut, Dieu multiplie les injonctions aux croyants de pratiquer la justice quels que soient le rang, l’origine ou la couleur des justiciables. La haine ou l’inimitié ne doivent en aucun cas interférer dans la pratique de la justice (Coran s5 v8).

Le Prophète (Paix et salut sur lui) a juré d’appliquer la sanction à sa fille Fatima si elle se rendait coupable d’un vol. Il va de soi que cette caractéristique de justice fait de l’Islam l’ennemi déclaré de l’injustice. Il convient de rappeler que l’obligation d’ordonner le bien et de combattre le mal se situe au sommet de l’édifice islamique.

De ces valeurs sublimes, l’islam tire une autre qualité de haute importance faisant de lui l’agent permanent de lutte contre le colonialisme, la tyrannie et les systèmes d’exploitation de l’homme.

Ainsi, le grand mérite de l’islam est d’être un système libérateur qui s’oppose à toutes les formes d’injustice, d’esclavage, d’oppression et de servitude. C’est pour cela qu’il est considéré comme une menace pour l’ordre mondial. Parce qu’il est seul capable de réaliser le changement attendu et d’apporter une réponse aux aspirations des masses.

2)- La libération de l’homme

L’Islam vise à libérer l’homme des différentes formes d’asservissement, d’oppression et d’exploitation aussi bien matérielle que spirituelle.

La profession de foi : « La ilaha illa Allah » (Il n’y a point de divinité à part Allah) est le rejet de toutes les idoles et de toute soumission à un autre qu’Allah. C’est la négation de toute forme d’aliénation et de domination ; c’est une déclaration d’indépendance totale. Notre soumission à Dieu, le Créateur est naturelle, légitime et n’entame pas notre liberté.

La profession de foi implique la négation de toutes les éventuelles divinités : pouvoir, argent, homme, plaisir, etc. Une fois proclamée la profession de foi, l’homme se trouve libéré de toute sujétion, de toute oppression, de toute charge en dehors de son lien naturel avec Allah auquel il appartient en corps et en âme.

Cette déclaration implique également que les deux composantes du ‘’moi’’ (corps et âme) n’appartiennent à personne et ne doivent servir ni capital ni objet ni individu en dehors de Dieu. Aucun objet, aucun être en dehors de Dieu ne mérite que je m’incline devant lui et encore moins me soumettre à lui. On verra que l’homme n’a pas le choix. S’il n’est pas l’esclave de Dieu seul, il est inévitablement esclave d’autrui, de quelque chose ou de soi-même.

Or, la notion de liberté est fondamentale en islam, elle implique un droit imprescriptible et inaliénable. a- La liberté ne se limite pas, on vient de le voir, au domaine matériel, elle s’étend à d’autres domaines y compris spirituel. b- En islam, l’homme n’atteint sa pleine et entière liberté, répétons-le, qu’autant qu’il est soumis à Dieu. Sa liberté est proportionnelle à son attachement à Dieu, soumission ne veut pas dire fatalité.

C’est dans la mesure où il est pleinement serviteur de Dieu qu’il cesse d’être le serviteur des êtres (les hommes ou les démons) et des objets ; qu’il échappe à la servitude du temporel, à la servitude de ses propres caprices, de ses illusions, de sa passion, bref aux tentations des idoles que ce soit la gloire, les honneurs, la richesse ou les plaisirs.

c- Il n’y a pas d’autre alternative, s’il n’est pas l’esclave de Dieu seul, l’homme est inévitablement esclave d’autrui, de quelque chose ou de soi-même. Et être l’esclave de soi-même, c’est fatalement être l’esclave du démon car c’est au niveau de l’ego (de l’âme) que ce dernier intervient pour agir et manipuler.

Ainsi, la liberté en générale ne peut se concevoir partiellement, sans englober les deux dimensions de l’homme : le corps et l’esprit ; et la liberté du corps n’est possible que dans la mesure où l’esprit est libre. La liberté spirituelle conditionne toutes les autres libertés.

La liberté prescrite en Islam découle de la nécessité de l’épreuve. Elle a pour corollaire la responsabilité. L’homme ne serait pas responsable s’il ne disposait pas d’une pleine liberté. La justice divine ne doit pas juger l’homme pour l’acte qu’il accomplit par contrainte.

C’est pour cette raison que l’islam a commencé par affranchir l’homme des jougs de l’esclavage, du colonialisme et de toutes les formes d’exploitation et d’aliénation du corps et de l’esprit. L’affranchissement de l’homme a pour but de le rendre responsable.

Le prophète (psl) a dit :

« Vous êtes tous des gestionnaires [littéralement : bergers], et vous êtes tous responsables de ce que vous avez à gérer. L’Imâm est responsable et il lui sera demandé comptes sur cette gestion. L’homme gère les affaires de sa famille et il lui sera demandé comptes sur cette gestion. La femme est gestionnaire dans la demeure de son époux et il lui sera demandé comptes sur sa gestion. Le serviteur est gestionnaire du bien de son maître et il lui sera demandé compte sur sa gestion. » Bukhari, Muslim et Ahmed.

Le deuxième Calife Omar ibn Al Khattab disait, rappelons-le : « N’asservissez pas les hommes alors que leurs mères les mettent libres au monde » Moïse disait au Pharaon : « Est-ce un bienfait à s’en vanter d’avoir asservi les enfants d’Israël » s26 v22

3)- L’abolition de l’esclavage :

L’islam a d’emblée déclaré la guerre à l’esclavage. Tout le monde sait que l’esclavage était une pratique institutionnalisée qui existait avant l’islam. Mais l’islam ne pouvait pas l’abolir brusquement afin de ne pas bouleverser l’ordre des choses, il enclencha un processus d’abolition progressive.

a) Il énonça des dispositions faisant de l’affranchissement un acte de piété qui mérite une récompense.

Il fait de l’aumône légale (la Zakat) un des moyens d’affranchir les esclaves (Coran s2 v177 et s9 v60)

Il ouvre les possibilités de réparer les péchés par l’affranchissement d’esclaves. Celui-ci est obligatoire pour le croyant qui serait coupable d’un homicide involontaire, d’un parjure intentionnel ou d’un divorce illégitime : s4 v92 ; s5 v88 ; s58 v3

b) Le Prophète a prescrit la libération d’un esclave à celui qui n’aurait pas observé le jeûne d’un jour du mois de Ramadan.

c) Le mauvais traitement de l’esclave constitue également une cause obligatoire d’affranchissement. Le Prophète dit : « Celui qui inflige à son esclave une correction excessive ou celui qui le gifle peut expier sa faute par l’affranchissement »

d) Outre ces dispositions impératives, le Coran exhorte les musulmans à racheter les esclaves et leur propose en échange une grande récompense : « Et qui te dit ce qu’est la voie difficile ? C’est d’affranchir un esclave ou nourrir, en un jour de famine, un orphelin proche parent ou un pauvre dans le dénuement »s90 v12-16

e) Ainsi, le compagnon du Prophète Othmân ibnu affane prit l’habitude de racheter un esclave chaque semaine. Ces diverses procédures avaient pour but l’abolition progressive de l’esclavage sans bouleverser l’ordre social et économique de la communauté. Et il n’y avait presque pas d’esclave en Arabie à la Mort du Prophète.

4) la Paix, le Bien être et le Salut ici-bas et dans l’au-delà.

Il s’agit d’idéaux qui peuvent être sûrement atteints grâce à l’observation des directives du Coran et de la Sunna. Le Coran peut, à lui seul, assurer la réalisation de ces idéaux. Si l’ont ajoute la Sunna, on se prémunira d’une double garantie d’atteindre lesdits objectifs, car la Sunna a essentiellement pour objet d’expliquer le Coran et de faciliter sa compréhension. Le Coran est une miséricorde divine pour l’humanité. C’est l’un des meilleurs cadeaux du Créateur aux créatures depuis que le monde existe.

Malheureusement, les hommes sont privés des multiples bienfaits de cette miséricorde, de ce sacro-saint Livre qui n’est pas seulement le Livre des Musulmans comme on a tendance à le croire, c’est le Livre de toute l’humanité. Les appels du Coran s’adressent à toute l’humanité, à l’Homme en général, aux hommes, aux gens, aux fils d’Adam !

Les Musulmans sont privés de ses bienfaits en raison de l’insuffisance sinon de l’absence de méditation et de réflexion sur le sens profond des versets de ce Livre, méditation qui leur permettrait d’éviter beaucoup d’erreurs, au moins de ne pas s’entretuer, et de gagner en grades auprès de leur Seigneur.

Les non-musulmans sont privés des nombreuses vérités annoncées dans ce Livre, des vérités essentielles sur l’Univers, sa création et ses mécanismes, sur l’humanité, son passé et son futur, sur la vie et la mort, la tombe, la résurrection, l’interrogatoire, le jugement, le Paradis et l’Enfer, etc.

Il est pour le moins étonnant qu’un simple décret, un communiqué ou le discours d’un chef, d’un dirigeant, tout le monde se presse d’en prendre connaissance.

Mais le Message du Créateur, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, beaucoup de gens ne s’y intéresse même pas. Comme si le Coran va les obliger à y croire ou à devenir musulmans. Le Coran, tel qu’il le proclame haut et fort ‘‘ pas de contrainte en religion’’, n’oblige personne à croire ni à devenir musulman. Libre à chacun de croire ou de ne pas croire. « Dis : La vérité émane de votre Seigneur. Croira qui voudra et niera qui voudra ! » (Coran, s18 v29)

« Si Allah avait voulu, Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. » s5 v48

« Et si Allah l’avait voulu, Il les aurait mis ensemble sur le droit chemin. » s6 v35

« Si ton Seigneur avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre seraient croyants. » s10 v99

« Et si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté. » s11 v118 ; s16 v93 ; s42 v8

Cependant, il est toujours bon, avantageux, intéressant de connaître la vérité, surtout celle concernant notre salut et dont la méconnaissance pourrait se traduire par un malheur terrible, non pas pour quelques temps mais pour une éternité.

Dieu reproche aux hommes leur indifférence, leur peu d’estime et de considération à l’égard du Coran, attirant leur attention sur le fait que si le Coran était descendu sur une montagne, on la verrait s’affaisser et se fendre par crainte d’Allah. En les prévenant toutefois qu’il viendra le jour où ils (les hommes) regretteront leur indifférence.


Notes

[1] Certains commentateurs pensent qu’il s’agit d’Alexandre le Grand de Macédoine (356-323) av. J.C. D’autres parlent d’un roi arabe du nom d’Ifriqsh. D’autres affirment que Dul-Qarnayn serait Cyrus II le Grand qui régna sur les Mèdes et les Perses de 556 à 530 environ avant le début de l’ère chrétienne.

[2] Michel Onfray : Traité d’athéologie

[3] Enrico Riboni : La page noire du christianisme.

[4] Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes, J.C. Lattès, 1983 ; Zoé Oldenburg Les Croisades, Gallimard, 1965 ; Jonathan Riley-Smith, Les Croisades, Pygmalion, 1990 ; Arno Mayer, La "solution finale" dans l’histoire, La Découverte, 1990, page 43-49. Source : http://jacques.morel67.pagesperso-orange.fr/ccfo/crimcol/node67.html

[5] Enrico Riboni : La page noire du christianisme

[6] « La nouvelle inquisition » du théologien renommé, professeur Hubertus Mynarek : http://www.theologe.de/inquisition....

[7] Wilhelm Pressel : "Hexen und Hexenmeister", Stuttgart 1860

[8] Enrico Riboni, op. cité

[9] Jacques Serieys : http://www.gauchemip.org/spip.php?article3485

[10] Témoignage sur l’actuel Pérou par le juge de l’Audience de Lima, le Licenciado Fernando de Santillán, daté du 4 Juin 1559 (Cité par Alejandro Lipschutz dans EL PROBLEMA RACIAL EN LA CONQUISTA DE AMERICA, éd.Siglo XXI, Mexico 1975, page 121)

[11] (Las Casas, BREVISIMA RELACIÓN, Buenos Aires, 1953, page 100), Dans son HISTORIA DE LAS INDIAS ( Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951, tome I, p. 458),

[12] Motolinia, HISTORIA DE LOS INDIOS, éditions Gili, Barcelone 1914, page 17

[13] Motolinia, op.cité, page 18

[14] Arthur S. Aiton, THE SECRET VISITA AGAINST VICEROI MENDOZA, cité par Lewis HANKE dans BARTOLOMÉ DE LAS CASAS, La Haye 1951, page 58