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Déportation au Burkina Faso : Réactions et conséquences : 4ème Partie

Publication en ligne : mardi 13 décembre 2011, par Maître Simozrag

« NOUS AVONS RENCONTRE L’AVOCAT DU F.I.S »

Nous avons rencontré maître Simozrag : c’était au Centre Islamique qu’il a créé dit-il pour contribuer à l’éradication de l’ignorance.

Dans ce centre en plein chantier, nous avons passé environ une heure écoutant quelque peu séduit, l’un des avocats du célèbre FIS (Front Islamique du Salut) dissout.

Expulsé de la France après 9 mois de détention vers le Burkina, il y a 4 ans. C’est un maître marqué par ce qu’il appelle l’injustice de la France et la complicité du Burkina que nous avons rencontré.

C’est dans des termes souvent durs, que cet exilé qui se dit victime d’injustice a répondu à nos questions.

L’APPEL - Qui est Maître SIMOZRAG ?

MAITRE AHMED SIMOZRAG (MAS) : Maître Simozrag est un serviteur de Dieu qui pense être croyant, qui essaye de servir l’Islam et les musulmans, dans le but de plaire à Allah et de se conformer à Ses commandements. Je suis l’avocat de l’ex Front Islamique du Salut (FIS).

J’ai défendu le FIS en Algérie et j’ai poursuivi sa défense en France où j’étais déjà établi depuis 1977. Cette position, la défense du FIS, m’a coûté l’expulsion au Burkina Faso.

La France, n’a pas voulu que je défende le FIS. Par suite de tractations avec les autorités algériennes et comme il y a des intérêts communs entre des responsables politiques français et des responsables politiques algériens, ils ont conclu que ma présence en France les dérangeait ; et par conséquent, mon expulsion a été décidée de manière arbitraire et illégale au mépris des lois françaises et du droit international.

Voilà, c’est ainsi que je me trouve éloigné de ma famille et de mes enfants et cela fait maintenant 4 ans et demi. Si j’ajoute les 9 mois d’assignation à résidence en France, ça fait 5 ans en Novembre. Cinq ans d’éloignement par rapport à ma famille.

L’APPEL : Comment évolue votre situation et quelle est celle de votre famille ?

M.A.S : Ma famille se trouve dans une situation critique. Ma fille a tenté de se suicider. Elle s’est jetée du quatrième étage à cause de cette situation.

Les enfants ont connu des échecs sur le plan scolaire, sur le plan de la santé ça ne va pas non plus, puisque avec mon absence, ils sont sans soutien, et pour de petits enfants c’est difficile de supporter l’absence d’un père. Donc les enfants sont traumatisés à cause de mon expulsion.

L’APPEL : Y a-t-il présentement un recours quand on sait que les actions entreprises pour votre retour n’ont pas abouti et que votre situation au Burkina est de plus en plus précaire.

M.A.S : Il n’y a plus de recours, le recours a été rejeté. Nous avons épuisé toutes les voies de recours en France.

Il ne reste maintenant que la Cour Européenne des droits de l’homme. Comme c’est une procédure lente, je pense qu’il n’y a pas lieu de l’engager.

Dans la mesure où notre problème est politique, il exige une solution politique. Nous n’avons rien fait pour être expulsés.

Si nous avions commis un délit ou une contravention, nous aurions été traduits en justice comme les Algériens qui sont en train d’être jugés présentement en France. Nous avons été expulsés parce que sur le plan judiciaire, ils n’ont rien à nous reprocher. Nous n’avons commis aucune infraction susceptible de nous faire encourir une telle sanction.

Dans un État de droit où la liberté d’expression est garantie constitutionnellement et légalement, nous pensons avoir le droit de nous exprimer ; le droit de dire notre opinion sur les événements en Algérie. Nous avons dit qu’en Algérie, il y a des exactions, il y a la torture, il y a des injustices qui doivent être dénoncées... C’est cela qui n’a pas plu à certains des responsables français et algériens. C’est cela le point de discorde. C’est cela qui a provoqué notre expulsion.

En dehors de ce fait d’opinion, rien n’explique notre expulsion puisque le délit d’opinion n’existe même pas. Nous n’avons pas voulu garder le silence devant ce qui se passe dans notre pays.

Nous avons dit que la situation qui prévaut en Algérie est grave ; qu’il faut que la communauté internationale et les organisations de défense des droits de l’homme interviennent pour mettre fin à la dérive. Parce que l’Algérie allait à la dérive.

Et c’est aujourd’hui vrai : plus de 100 000 morts. L’Algérie est endeuillée ; les Algériens pleurent nuit et jour leurs morts, leurs disparus, les dégâts humains, matériels et autres depuis 7 ans.

L’APPEL : Pendant ce temps, les expulsés de Folembray sont oubliés par la France et le Burkina ?

M.A.S : Nous avons tiré la sonnette d’alarme, ils nous ont expulsés. Nous avons été volontairement oubliés par la France, le Burkina et tout le monde.

L’APPEL : Combien étiez-vous au départ et que deviennent les autres ?

M.A.S : Nous étions vingt et nous sommes maintenant sept. Les autres sont partis qui à Londres, qui en Suisse, en Europe etc.

L’APPEL : Que vous reproche-t-on au juste ? D’être des islamistes, d’appartenir au FIS ?

M.A.S : On nous reproche vaguement d’appartenir à un mouvement qui prône la violence et le terrorisme sous-entendu le FIS. D’appartenir à un mouvement terroriste, ils veulent dire le FIS. Alors que le FIS n’est pas un mouvement terroriste. C’est un parti politique légalement reconnu et démocratiquement élu. Il a toujours prôné la paix et agi dans la légalité. II n’a pas cessé de réclamer le retour à la légitimité populaire, en insistant sur l’impérieuse nécessité de laisser le peuple choisir librement et démocratiquement ses représentants.

Ce thème constitue avec le respect des droits de la personne humaine l’un des fondements essentiels de son programme.

L’APPEL : Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle en Algérie ?

M.A.S : La situation en Algérie est dramatique. Personne ne peut dire le contraire. Il y a toujours des morts par dizaines, parfois des centaines chaque jour.

Qui est à l’origine de ces tueries ? Je ne peux pas dire que ce sont les islamistes. Il est vrai qu’ils sont partie prenante au conflit, mais il y a des massacres dont les islamistes sont complètement innocents. Je ne pense pas que des musulmans puissent s’attaquer à des innocents surtout à des enfants, à des femmes, à des vieillards.

L’Algérie est plongée dans une guerre atroce, une guerre civile y sévit actuellement, il y a des milices, il y a des agents du pouvoir qui agissent en sourdine, il y a des bandes de criminels de droit commun qui tuent également, donc le pays est dans une situation lamentable.

L’APPEL : Le départ annoncé du président Zeroual est-il un début de solution au problème algérien. Si non par où passe la solution ?

M.A.S : Je pense que c’est un signe positif qui peut se traduire par un début de solution. La solution passe par la réhabilitation du FIS étant donné que le FIS est un parti légal, démocratiquement et légalement reconnu par le peuple algérien, plébiscité par ce peuple dans sa majorité. On n’a pas le droit de le dissoudre.

On ne peut pas effacer l’histoire. Le FIS, c’est l’histoire de l’Algérie, c’est l’identité du peuple algérien. Il traduit la réalité du peuple algérien. Ce n’est pas la loi qui l’a créé, il est né d’un mouvement profondément enraciné dans l’histoire du peuple algérien, la loi n’a fait que constater son existence ; par conséquent, ce n’est pas la loi qui peut le faire disparaître. Ce n’est pas la loi qui crée l’histoire. Ce sont les faits qui créent la loi et non l’inverse.

En effet, la solution en Algérie passe d’abord par la réhabilitation du FIS. Il faut rendre au FIS ses droits, son droit à l’existence d’abord. Comme il existe réellement, il faudrait homologuer officiellement, légalement cette existence.

Malheureusement, on ne veut pas lui reconnaître ce droit, pourquoi ? Parce qu’on sait que le retour du FIS à la scène politique signifie l’échec, voire l’extinction de plusieurs partis, on sait qu’il va recouvrer son score, sa victoire grâce au soutien massif du peuple algérien.

Le FIS, c’est sa victoire qui lui attira les foudres de l’armée et de certains partis. Il faut engager un dialogue avec le FIS si on veut vraiment la paix en Algérie. C’est un parti pacifique, un parti ouvert au dialogue, un parti qui ne veut pas prendre le pouvoir par la force ou par la violence... Dès le début, il a opté pour la voie pacifique, démocratique, électorale... Ce sont là les alternatives de la crise.

L’APPEL : La désorganisation actuelle du FIS permet-elle un dialogue avec le pouvoir en place.

M.A.S : Il n’y a pas de désorganisation du FIS. Je dirais qu’il y a eu plutôt une purification dans ses rangs. Le FIS a maintenant ses rangs purifiés. On distingue aujourd’hui les gens sincères, engagés, fidèles à la cause islamique des autres.

Il y a eu une espèce de décantation naturelle. Ceux qui sont morts, Dieu les a choisis comme martyrs. En dépit des coups mortels qu’il a subis, le FIS demeure toujours debout. Aucun parti ne pourrait survivre à une telle tragédie : prisons, camps de concentration, massacres, tortures, poursuites, exil, etc. Pourtant le FIS est toujours là, sa base est plus soudée qu’auparavant.

L’APPEL : Mais le parti peut-il vraiment s’organiser avec des responsables en détention ou assignés à résidence ?

M.A.S : Je crois que le FIS est malgré tout capable de réorganiser sa base, les responsables même en détention ne sont-ils pas des interlocuteurs crédibles ? A travers Abassi Madani, on peut dialoguer avec le FIS. Mais il faut le réhabiliter et ce serait un pas vers la sortie de la crise. Pourquoi d’ailleurs les garder en détention, c’est injustifiable, surtout pour un fait d’opinion ; le peuple algérien a fait beaucoup de sacrifices pour sa liberté.

Aujourd’hui, avec les progrès scientifiques et techniques, nous sommes entrés dans l’ère des libertés. Il n’y a guère de place pour la dictature. Les sociétés ont évolué et compris le sens et la valeur de la liberté au sujet de laquelle aucune concession ne saurait être désormais admise.

L’APPEL : Seriez-vous prêt à rentrer en Algérie ? Est-ce d’abord possible ?

M.A.S : Je ne pense pas à moins que les conditions que j’ai citées ne soient remplies. L’Algérie est avant tout mon pays, et qui n’aime pas son pays ? L’espoir d’y rentrer ne m’a jamais quitté, j’attends seulement que la situation s’améliore.

Pour y parvenir, le pouvoir doit abandonner l’option sécuritaire, sa politique éradicatrice et engager un dialogue avec le FIS. Cela suppose la réhabilitation de ce parti et la libération de ses prisonniers sans oublier l’arrêt de la répression. Si ces conditions sont réalisées, je rentre, car en rentrant je peux avec l’aide de Dieu et le concours des hommes sincères contribuer peut-être au changement.

L’APPEL : Le reproche qui est fait aux islamistes, c’est qu’ils sont violents. Est-ce à dire que l’Islam est violent ?

M.A.S : L’Islam, c’est le contraire de la violence. L’Islam est aux antipodes de la violence.

L’APPEL : Qui est donc responsable de la violence en Algérie ?

M.A.S : L’Islam, c’est la miséricorde, la « rahma », la paix « as Salam », la tolérance, la solidarité qui ont été les maîtres mots du message du prophète.

Aujourd’hui en Algérie, il y a des injustices. La situation est catastrophique et des musulmans sont victimes de ces injustices. Ils réagissent en tant qu’êtres vivants brimés et opprimés. Cette réaction n’est pas à mettre systématiquement à l’actif de l’Islam.

Tout ce que font les musulmans n’est pas à mettre au compte de l’Islam de même que tout ce que font les juifs et les chrétiens n’est pas imputable au judaïsme ou au christianisme. Même un animal réagit en cas d’agression.

Il ne faut pas croire que les non-musulmans se laissent faire quand l’oppression dépasse certaines limites. L’histoire est jalonnée de révoltes, d’insurrections et de soulèvements populaires contre l’injustice et la tyrannie.

Il n’y a pas que des musulmans qui réagissent en Algérie contre l’injustice du régime. Mais tout est malheureusement mis à l’actif de l’Islam, l’éternel accusé.

L’APPEL : Finalement, le système islamique peut-il être une alternative pour l’humanité ?

M.A.S : Je pense que c’est la seule alternative. C’est le seul remède aux maux dont souffrent les sociétés humaines. Nous avons des preuves, des preuves théoriques à travers les enseignements de l’Islam. Mais aussi des preuves pratiques.

L’Islam a gouverné pendant des siècles et il n’y a pas eu cette pagaille, ce désordre, cette famine, cette pauvreté meurtrière, cette débauche.

Lorsque l’Islam était au pouvoir, il n’y avait pas de dictature ni de banditisme ni de criminalité ni le spectre d’une mafia tentaculaire parce que l’Islam a des lois dissuasives et des enseignements d’ordre moral capables d’instaurer la paix, la concorde, la fraternité islamique et humaine entre les musulmans et les non-musulmans.

Les voies du chaos sont des sens interdits en Islam. C’est la laïcité qui nous a conduit au chaos avec l’exaltation des voies de l’impiété, de l’individualisme, de l’égoïsme, du matérialisme, de l’amour de l’argent, du mépris et de l’oubli de l’autre.

Dans un régime islamique, la moindre des choses, c’est la rahma, la clémence, la compassion, la solidarité, c’est pourquoi il ne doit pas y avoir de pauvres dans une société islamique en principe.

Comment l’Islam ne serait-il pas le remède, l’alternative dans ces conditions ? C’est la seule. La preuve après avoir essayé tous les systèmes, nous avons essuyé un fiasco. Pourquoi ne pas faire l’expérience de l’Islam ? L’Islam est un mode de vie proposé par Dieu lui-même.

L’APPEL : Le moment est-il venu d’instaurer des États islamiques ?

M.A.S : Ca dépend des régions. Mais l’avenir appartient à l’Islam. Il vaut mieux donc se familiariser avec lui que de le combattre.

L’APPEL : Et pourtant que ce soit au Soudan, en Afghanistan, ou ailleurs dans le Golfe le véritable État islamique n’est pas encore une réalité.

M.A.S : C’est parce que le monde occidental n’en veut pas et se bat pour cela. Il y a des obstacles qui empêchent le libre choix des musulmans.

L’influence occidentale, c’est l’obstacle majeur. Il y a l’ignorance des musulmans eux-mêmes. L’Occident ne veut pas d’un Islam au pouvoir. C’est pourquoi, il impose la laïcité, la séparation entre religion et pouvoir.

Alors que l’Islam est venu pour régir tout l’homme, toute sa vie, sa vie économique, politique, sociale... Malheureusement les adeptes de la laïcité dans le monde musulman lui font barrage au mépris du choix électoral, démocratique des peuples.

Chaque fois qu’un peuple choisit des représentants islamistes, il est surpris par un malencontreux événement au sommet de l’État qui bouleverse ou annule son choix.

L’APPEL : Comment venir à bout de ces obstacles à l’instauration d’un État islamique ?

M.A.S : L’obstacle de l’ignorance, on peut le surmonter par la formation et l’information des musulmans.

C’est ce que L’APPEL fait par exemple. C’est un travail louable. Il faut enrayer l’ignorance. Il ne faut pas ensuite céder au chantage et aux pressions de l’occident. Il faut plutôt suivre la voie de Dieu au lieu de flatter ou de suivre l’occident. On ne peut pas discuter les ordres de Dieu, il faut donc défendre et promouvoir l’Islam.

L’APPEL : Comment appréciez-vous l’Islam au Burkina ?

M.A.S : J’ai connu l’Islam au Burkina à travers des mosquées que je fréquente et à travers le mouvement des étudiants musulmans.

A mon avis, il manque beaucoup de choses au Burkina en matière de connaissance islamique.

L’Islam au Burkina se trouve être entaché de certaines pratiques étrangères comme la sorcellerie, la superstition, le maraboutisme. Il y a une sorte de syncrétisme dans l’islam du Burkina, un mélange de religions. Un Islam incomplet. C’est un Islam qui s’installe. Il manque beaucoup de choses mais l’un des atouts, c’est que les gens sont sincères. Il leur faut la formation et la responsabilité incombe aux intellectuels y compris vous-même.

L’APPEL : Est-ce pour venir à bout de cette ignorance que vous avez créé au Burkina, un Centre islamique ? Quels sont les objectifs de votre Centre ?

M.A.S : L’objectif, c’est de faire connaître le vrai visage de l’Islam au moyen de la formation, de la diffusion des enseignements de l’Islam, par les colloques, les conférences, les cours, la distribution des livres etc. Le centre est là pour faire connaître l’Islam à tous ceux qui sont intéressés. C’est aussi pour venir en aide aux nécessiteux sur le plan scolaire, vestimentaire, sanitaire, alimentaire et ce, sans contrepartie et sans discrimination aucune.

L’APPEL : Lisez-vous L’APPEL ? Si oui comment appréciez-vous ce journal ?

M.A.S : C’est un journal animé par des intellectuels. C’est ce qui frappe d’abord. Il a apporté beaucoup aux musulmans du Burkina, même aux non-musulmans.

Malgré les difficultés qu’il rencontre, je pense que c’est un grand pas, un travail gigantesque. Je n’ai pas de critique à formuler contre ce journal. Seulement je trouve qu’il met trop à nu les problèmes de la communauté.

C’est l’exemple du Hadj. Je pense qu’il faut laver le linge sale en famille et éviter de faire la part belle aux ennemis de l’Islam qui en profitent. Vous avez la justice et d’autres moyens, poursuivez les prévenus en justice, passez-les devant un conseil de discipline et prenez des sanctions, c’est plus discret et plus juste dans la mesure où le présumé coupable aura l’occasion de se défendre et de s’expliquer. La présomption d’innocence est un principe fondamental en Islam. On ne peut pas accuser sans preuves, avant de vérifier et d’entendre le prévenu, celui qui est mis en cause.

De ce point de vue je trouve qu’il n’était pas opportun de trop critiquer, mais il se pourrait que je me trompe car je ne connais pas le fond du problème. Vous êtes bien placés pour l’apprécier.

L’APPEL : Votre dernier mot.

M.A.S : Je remercie L’APPEL dont j’apprécie les articles. Que Dieu vous récompense. Allez de l’avant. Dieu Inch’Allah est avec nous si nous persévérons. Il ne faut jamais se satisfaire du peu qu’on a fait et croiser les bras.

Le travail que nous faisons profite à toute l’humanité et il faut donc continuer sur la voie de la défense de l’Islam. L’Islam n’est pas le terrorisme, c’est la miséricorde, c’est la paix, la tolérance, la fraternité, la solidarité, l’humanisme, la religion la plus humanitaire.

L’Islam recommande de visiter les malades, d’être bon envers les animaux et l’environnement, de prendre soin du voisin et du vieillard, de nourrir les pauvres, les prisonniers, de vêtir celui qui est nu, d’instruire l’analphabète, de soigner les malades, de respecter tout le monde. C’est à cela que j’invite mes frères.

Réalisée par Sharif Souley parue dans l’Appel N° 24, de Novembre-Décembre 1998


Un tourbillon de faux papiers et d’escroquerie

Le 31 août 2000, cela faisait six ans jour pour jour que 20 Algériens et un Marocain avaient été débarqués manu-militari à l’aéoroport de Ouagadougou.

A l’époque, ces indésirables assignés à résidence dans une prison à Folembray (nord de la France) avaient bénéficié d’un « accueil humanitaire » au Burkina Faso. Le ministre des relations extérieures de l’époque, M. Ablassé Ouédraogo avait même dit que les déportés étaient libres de leurs mouvements.

Cependant, cette liberté s’est traduite dans les faits par une réclusion qui ne dit pas son nom : ils sont en résidence surveillée et toute personne qui veut les voir doit laisser sa pièce d’identité à un militaire qui monte la garde devant leur domicile. Six ans après, le préjudice subi par ces Algériens en exil forcé est incalculable, irréparable.

Des 21 personnes accusées d’accointance avec le Front islamique du salut (FIS), un parti « intégriste » algérien et expulsées au Burkina via la France où ils résidaient avec leurs familles, il en reste sept. Six Algériens : Mohamed Doumi, Ahmed Simozrag, Mechkour Abdelkader, Naâmi Soufiane, Rachid Tounsi et Omar Saker ; et un Marocain : Chellah Mohamed. Les 14 autres ont eu un peu plus de chance. Elles ont pu regagner l’Europe même si elles ne sont pas en France. Au moins, elles sont en contact avec leurs familles restées au pays de Jacques Chirac.

Pour les 7, c’est l’incertitude totale. L’horizon d’une vie meilleure s’assombrit d’année en année et le désespoir commence à gagner du terrain. Pour deux d’entre eux, Mohamed Doumi et Naâmi Soufiane, la situation est plus catastrophique.

En 1996, le pouvoir de Blaise Compaoré avait fait comprendre aux ‘‘barbus’’ de Folembray qu’ils avaient la possibilité de quitter le pays avec des faux papiers. A ce propos, voici le récit complet de Mohamed Doumi : « J’ai été contacté par un officier de la sécurité présidentielle à savoir M. Honoré Barry le 17 août 1996 au restaurant la ‘‘farigoule’’ à Ouagadougou qui après plusieurs contacts nous proposait des modalités de départ clandestin avec des faux documents de voyage. Notamment, il nous a proposé une prime de départ de 4 millions.

Moi personnellement et au nom de mes frères, j’ai posé la question de savoir ce qu’on allait devenir si la tentative échouait ; il m’a répondu qu’on pouvait revenir au Burkina, qu’on serait pris en charge mais sans la prime mensuelle. J’ai contacté mes frères et nous avons accepté parce qu’on voulait partir. Le 20 août 1996, le responsable concerné nous a remis la prime à deux frères et moi. J’ai payé 7 passeports de différente nationalité et 7 billets d’avion… » De Mohamed Doumi à Sidi Mohamet

Sur le premier passeport, Mohamed Doumi né en 1947 à Koléa en Algérie, devient Rachid Jojo, né le 9 février 1949 en Afrique du Sud. Avec le document, il tente un premier voyage Ouaga-Moscou le 24 novembre 1996. Mais il est bloqué à l’aéroport de Moscou où il passe 13 jours avant d’être réexpulsé vers Ouagadougou le 5 décembre 1996.

Avec ce même passeport « Rachid Jojo » tente un deuxième voyage sur Lomé dans le but de contacter un officier d’immigration pour pouvoir bénéficier de son aide et sortir du Togo. Le Togolais atteste que ses documents de voyage sont faux et le conseille de refaire un autre passeport.

Le déplacement à Lomé lui coûte 195.000 frs sans qu’il n’ait eu la possibilité de quitter l’Afrique. Il revient à Ouaga et achète un autre faux passeport sud africain chez un faussaire de nationalité camerounaise du nom de Bya. Prix du passeport 400.000 frs. Le jour de la transaction, l’officier de la sécurité présidentielle, M. Honoré Barry est présent. C’était à la Farigoule.

Dans ce deuxième document Rachid Jojo devient Garvin Van Der Merwe, né le 15 août 1953 en Afrique du Sud. Avec ce nouveau passeport, il tente une sortie par le Ghana par l’intermédiaire d’un officier d’immigration du nom de Lassane. Celui-ci lui extorque 150.000 F avant de lui faire comprendre qu’il ne pourra pas quitter le Ghana. L’infortuné voyageur reste 10 jours à Accra, dépense 310.000 F avant de regagner le Burkina.

Escroqués par des officiers burkinabé

Mohamed Doumi alias Rachid Jojo, alias Garvin Van Der Merwe laisse tomber la nationalité sud-africaine et devient Nigérien. Sur le premier passeport qu’il a acheté avec M. Naguibou Tale, un autre faussaire à Ouagadougou, il s’appelle Salifou Abderrahmane, né le 4 janvier 1948 à Tchinta Baraden dans le Ténéré.

Il est commerçant à Niamey. Prix du passeport : 400.000 francs. Mais l’opération se révèle être une escroquerie et M. Salifou Abderrahmane est toujours au Burkina. Il tente une seconde chance avec un nouveau passeport nigérien.

Dans ce dernier document, il se nomme Sidi Mohamed, né le 4 janvier 1948 à Niamey, il est commerçant au plateau à Niamey. Il n’aura toujours pas de chance avec ce nouveau passeport. La preuve, il est toujours à Ouagadougou, sans ressource puisqu’il a dilapidé ses 4 millions auprès des faussaires et des officiers d’immigration des pays voisins. Mohamed Doumi affirme avoir été escroqué par certains officiers de l’armée burkinabé « pour qu’ils m’aident à sortir de cette situation déplorable ».

Aujourd’hui, Doumi vit à Wemtenga avec son épouse qu’il a rencontrée au Burkina. Leur situation sociale n’est pas des plus enviables.

Après plusieurs appels à l’aide sans succès, Doumi a fini par craquer. Le lundi 29 août la présidence du Faso a reçu un visiteur pas comme les autres. Son nom : Mohamed Doumi. Il avait une banderole sur laquelle on pouvait lire ceci : « M. Blaise Compaoré halte à la déportation des Algériens déportés de France arbitrairement. Le mauvais traitement infligé suffit. Y en a marre de l’arbitraire et de l’injustice qui nous frappent ».

Le même jour à 11 heures, Mohamed Doumi et sa femme sont interpellés par la brigade de recherche de la gendarmerie de Ouagadougou. Ils seront relâchés par la suite.

Mais le pire est à craindre si le pouvoir ne trouve pas une solution rapide à Doumi et à son camarade Soufiane. Peut-on prévoir la réaction d’un homme qui a tout perdu dans la vie ? Sa mère est morte en Algérie sans qu’il n’ait pu avoir la possibilité d’aller assister aux obsèques.

Les militaires algériens ont tiré sur la jambe droite de son petit frère qui a finalement été amputé. Au mois de juillet dernier, son épouse a subi une intervention chirurgicale sans qu’il ne lui soit possible d’aller la voir. Sa fille de 8 ans a également été opérée sans la présence de papa.

Michel Zoungrana


En 1994, un charter de Pasqua débarquait vingt Maghrébins (dix-neuf Algériens et un Marocain) à Ouagadougou. Six y vivent encore.

Correspondance particulière.

Le 31 août 1994, Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, expédiait à Ouagadougou, au Burkina-Faso, 19 Algériens et 1 Marocain. À l’occasion du dixième anniversaire de cette opération, le 31 août 2004, Me Ahmed Simozrag, un des vingt et leur porte-parole, déclarait : « Nous en voulons à Pasqua, pas à la France. » Des vingt « pestiférés », ils ne sont plus que six au Burkina.

Mais leur ressentiment est toujours nourri du souvenir de leur détention à la caserne désaffectée de Folembray, dans l’Aisne, dans des conditions très éloignées de la légalité républicaine, et de leur déportation dans la plus totale illégalité et sur des bases pour le moins suspectes.

C’est pourquoi ils ont décidé de rester à Ouagadougou. « Quitter le Burkina voudrait signifier que nous laissons le dossier inachevé. Or nous tenons à ce que justice nous soit rendue et que soit prononcée notre réhabilitation », affirme Me Ahmed Simozrag.

Les quatorze autres sont repartis en Europe, en grande partie en Grande-Bretagne et tous ont évité la France, alors que six d’entre eux y ont toujours leur famille. Leur arrestation, leur internement et leur déportation vers le Burkina se sont faits au nom de l’« atteinte à l’ordre public ».

Ce qu’ils nient farouchement. Ils n’étaient pas des terroristes, les actions d’éclat n’étaient pas leur apanage, tous leurs actes s’inscrivaient dans la dénonciation du « régime des généraux » en Algérie, et dans le strict respect des lois françaises (meeting et conférences).

Pour eux, les attentats perpétrés en France visaient à discréditer la mouvance islamique et à permettre au régime algérien d’avoir les faveurs et le soutien de l’Europe.

Mais les services de Charles Pasqua ont accusé les vingt déportés (trente ans de vie en France pour le plus ancien et vingt-trois ans de vie pour le plus jeune) de collusion avec l’islamisme algérien.

En Algérie, l’arrêt brutal du processus électoral, alors que le Front islamique du salut (FIS) s’apprêtait à remporter les élections législatives, n’était pas du goût des islamistes. Le pays plongeait dans la terreur.

En France, Charles Pasqua pressé d’avoir des résultats face à la vague terroriste, se lançait dans une lutte féroce contre ceux qu’il soupçonnait de complicité avec les terroristes. D’où de gigantesques opérations de contrôle dans les quartiers sensibles voire difficiles.

Sur fond d’amalgame et de chasse aux sorcières. En l’espace de deux semaines, près de 27 000 vérifications d’identité furent opérées. Et la caserne désaffectée de Folembray réquisitionnée pour parquer 26 islamistes jugés dangereux.

« Nous devenions trop encombrants pour Pasqua, cette séquestration lui posait de gros problèmes juridiques. Pour preuve, nous n’avons rencontré aucun juge. Pour éviter le désaveu judiciaire et se sortir de cette impasse, en accord avec le Burkina, Pasqua nous a expulsés ici », explique Me Simozrag.

Les « expulsés » ont écrit au président Chirac, qui n’a pas donné suite. Ils perçoivent une allocation mensuelle de 400 000 francs CFA (650 euros) versée par la présidence du Burkina. Aujourd’hui, ils souhaitent que la justice française finisse par ouvrir leur dossier afin de les rétablir dans leurs droits.

Serge-Henri Malet


Le militaire dégoupilla une grenade

Al-Maidane : Bonjour maître, merci d’avoir accepté cet entretien : ma première question : vous êtes combien de personnes au Burkina en ce moment ?

Nous sommes sept personnes en ce moment au Burkina.

2-Combien de personnes ont-elles été arrêtées et internées à Folembray ?

Les personnes internées à Folembray étaient au nombre de 27. Vingt d’entre elles étaient expulsées au Burkina Faso, tandis que les sept autres furent assignées à résidence dans divers endroits en France.

3-Sur quelle base les personnes ont elles été arrêtées, que leur reprochait-on ?

Les personnes arrêtées étaient membres d’associations islamiques ou taxées d’islamistes, sur la base de renseignements policiers.

La première vague d’arrestations a eu lieu le 9 novembre 1993 à la suite d’une rafle effectuée dans les milieux islamistes sur tout le territoire français. Cette première opération qui s’est répétée plusieurs fois par la suite, a donné lieu à l’arrestation de 88 personnes.

Le 9 novembre 1993, à cinq heures du matin, la police française a envahi les sièges d’associations islamiques et les domiciles de personnes soupçonnées d’activité islamique. Les perquisitions ont débouché sur la saisie d’une quantité importante de livres, d’archives et de matériel informatique.

Plusieurs associations telles que Fraternité Algérienne en France (FAF), Centre Abaâd Islamique de Recherches et d’Etudes (C.A.I.R.E), ont été dépouillées de leurs archives et de leur matériel. Les personnes arrêtées furent conduites aux sièges des préfectures de police pour interrogatoires et établissement d’un fichier anthropométrique.

Les procès-verbaux d’enquête furent rédigés à la hâte sous l’inculpation sommaire d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

De nombreux prévenus ont protesté contre cette qualification qu’ils considéraient comme une fausse accusation. Ils furent brutalisés et contraints de signer les procès-verbaux dont certains contenaient des déclarations approximatives, peu conformes à leurs propos.

Après une garde à vue plus ou moins prolongée, l’opération s’est terminée par des expulsions, des mises en examen et des assignations à résidence. Sept personnes ont été l’objet de cette dernière mesure. J’en faisais moi-même partie et fus assigné à résidence pendant 9 mois dans un hôtel à Florac (Lozère), avant d’être transféré à Folembray, puis expulsé vers le Burkina Faso.

4-Etaient-elles membres d’un parti et organisées en France ? Si c’est une initiative algérienne quels étaient alors les critères pour le choix des personnes ? Y a-t-il une justification officielle pour cet acte (politique, juridique) ?

Certains, comme le couple Ressaf, venaient d’arriver d’Algérie et ont demandé l’asile politique. D’autres étaient membres d’associations de droit français qu’on dit proches du FIS. Mais en fait, rien ne prouve l’existence d’un lien quelconque entre ces associations et le FIS.

A titre d’exemple, le Centre Abaâd que je présidais, a été créé en 1985 en France et il n’a rien à voir avec le FIS. C’est une association loi de 1901 qui avait pour objet de faire des études sur la pensée islamique contemporaine ainsi que sur les droits de l’homme en Islam.

Le centre Abaâd, qui regroupait une vingtaine de membres de différentes nationalités, existait avant le FIS et ses activités avaient un caractère purement scientifique. Sans doute, en tant qu’avocat ayant défendu les dirigeants du FIS, a-t-on fait le lien entre ma responsabilité au sein de l’association et ma profession.

Selon l’arrêté d’expulsion, le Ministre de l’intérieur prétend que je représente un danger pour la sûreté de l’État en raison de mes liens avec les dirigeants du FIS.

5-Qu’est ce qui vous fait croire que la déportation est une affaire algérienne et non pas française ? Qu’est ce qui vous fait dire que l’enlèvement des agents consulaires était un prétexte pour vous expulser ?

Il existe une coopération policière très étroite entre l’Algérie et la France. Cette coopération prend quelquefois la forme de complicité flagrante des services français, au mépris des lois françaises et des principes des droits de l’homme.

Pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, l’assassin de maître Ali Mecili, le capitaine Abdelmalek Amalou, dit capitaine Hassane, a pu échapper à la justice française grâce à la complicité de Charles Pasqua. Deux jours après l’assassinat, perpétré le 07 avril 1987, l’auteur a été embarqué dans un avion à destination de l’Algérie.

La France ne tolère guère une opposition algérienne sur son sol. On se souvient de l’expulsion du leader du mouvement pour la démocratie en Algérie, Ahmed Ben Bella. Les campagnes d’interpellations et d’expulsions d’algériens depuis 1993 s’inscrivent incontestablement dans le cadre de cette coopération, renforcée par une politique commune de lutte antiterroriste.

Il est indéniable que la France a des intérêts importants en Algérie. Elle considère le pouvoir des généraux comme un rempart contre « le danger islamiste » qui menace ses intérêts.

Pour ce faire et sous le prétexte de la lutte antiterroriste, certains responsables français, partisans d’une politique dure à l’égard des étrangers, n’hésitent pas à prendre des mesures draconiennes pour satisfaire la demande de leurs homologues algériens.

C’est ainsi que Charles Pasqua, ancien ministre de l’intérieur, a mis en exécution le plan de notre expulsion initié par les généraux algériens. Il se trouve que sous le même prétexte, l’opposition ferme les yeux face à de tels abus.

Selon les témoignages d’anciens officiers de la sécurité militaire, les Algériens ont remis aux autorités françaises une liste nominative comprenant plus de 600 personnes soupçonnées d’activisme islamique.

Parmi ces noms, précise le témoignage, il y avait des gens inconnus des services français, des étudiants, des commerçants, des citoyens algériens en situation irrégulière et des réfugiés politiques.

Les agents de la DST qui étaient en relations avec moi, avant mon arrestation, m’avaient sans cesse affirmé l’existence d’une coopération algéro-française assez développée, et que, dans ce cadre, le gouvernement algérien pourrait exiger des mesures contre moi qu’ils ne pouvaient en aucun cas empêcher sauf si j’accepte de coopérer avec eux.

Pendant mon assignation à résidence à Florac, j’étais entouré de six policiers en civil chargés de ma surveillance. L’un d’entre eux m’avait confié que j’allais être expulsé vers un pays qu’il ne connaissait pas encore à l’heure où il me parlait et ce, à la demande des autorités algériennes.

Cet agent m’avait, lui aussi, proposé de coopérer avec eux afin d’échapper à l’expulsion. J’ai appris par la suite que je ne suis pas le seul à qui on fait ce genre de proposition. On a fait la même proposition à Naami Soufiane et certainement à beaucoup d’autres.

Lorsque je reçus la visite d’un diplomate algérien qui voulait m’entretenir de la concorde civile, c’était en juillet 1999, il m’avait assuré au sujet de mon expulsion que la France a agi dans le cadre de ses liens de coopération avec les autorités algériennes et qu’en fait je n’aurais plus de problèmes avec la France une fois réconcilié avec mon pays. Cela signifie que l’expulsion serait levée d’office.

Mon épouse s’est rendue plusieurs fois au consulat algérien en France pour demander son passeport. Elle a entendu du vice-consul que c’est l’Algérie qui est à l’origine de mon expulsion.

Quant à l’enlèvement des agents consulaires, vous pouvez demander à l’un des trois otages quels sont ses impressions sur les auteurs du rapt.

Le rapport du mouvement algérien des officiers libres (maol), intitulé : ‘‘l’affaire des otages du consulat français’’, contient des informations précises sur le montage et l’exécution de cette opération par le DRS, l’ancienne sécurité militaire algérienne.

Cette affaire, ainsi que le versement d’une somme de quelques millions de francs à un proche collaborateur de Charles Pasqua, faisait partie des conditions exigées par ce dernier pour notre expulsion.

Seuls des agents ayant vécu cet événement peuvent en relater les circonstances avec autant de détails.

Parmi les indices relatifs aux auteurs de l’enlèvement, le rapport révèle que ces derniers ne s’empêchaient pas de prendre du Whisky devant leurs otages. Or, le moins que l’on puisse dire est que les islamistes ne boivent pas d’alcool.

6- Dans quelles circonstances s’est faite votre arrestation ? Les autres aussi ont été arrêtés avec une telle violence ? Avez-vous remarqué la présence d’agents algériens lors de cette opération ?

Les arrestations se sont faites dans des circonstances diverses. Certains furent arrêtés à leurs domiciles, généralement le matin entre cinq heures et six heures.

D’autres furent pris en filature et braqués en rase campagne, d’autres étaient convoqués et arrêtés lors de leur présentation au commissariat.

Bien entendu, ces opérations ne se sont pas déroulées sans violence, surtout lorsque les personnes arrêtées manifestent une résistance ou si elles cherchent trop à savoir le motif de leur arrestation.

Oui, nous avons remarqué la présence d’agents algériens au cours de ces rafles et pendant les interrogatoires. Personnellement, je n’ai pas été interrogé par des agents algériens, mais d’autres personnes avec nous l’ont été tant à Folembray que dans certains commissariats de police.

7-Où avez vous été détenus d’abord ? Que s’y est-il passé ? Interrogatoire ? Étiez-vous seul à cet endroit ou y avait- il déjà d’autres qui subiront le même sort ? Vous êtes restés combien de temps ?

Les internés de Folembray ont été arrêtés au cours de deux rafles : la première eut lieu le 9 novembre 1993 et la seconde début août 1994.

Les gens arrêtés durant la première rafle, ont été conduits aux sièges des préfectures de Police, tandis que ceux qui ont été arrêtés début août, ont été emmenés aux commissariats de police, avant qu’ils aient été conduits à Folembray.

Dès qu’on arrête quelqu’un, on lui passe les menottes sur le champ. Les perquisitions étaient effectuées sans mandat de justice. Certains ont subi l’interrogatoire, les mains liées.

D’autres étaient attachés avec des menottes fixées au mur ou au radiateur pendant quarante huit heures. Les interrogatoires s’étaient déroulés dans une atmosphère de violence, de menaces et d’irrespect. Les inculpations étaient préparées à l’avance, les procès-verbaux rédigés à la hâte.

A Paris, nous étions quelques dizaines ensemble. Mais en province, il y en eut qui furent gardés à vue individuellement ou par petits groupes, dans des cellules aux sièges des commissariats.

A l’issue des interrogatoires qui se sont prolongés plus de 48 heures pour certains, il y avait des mises en examen, des expulsions assorties d’assignation à résidence et enfin des mises en liberté.

Pour ce qui me concerne, l’interrogatoire a duré une journée ; le soir aux environs de 20 heures, j’étais emmené par huit policiers à bord de deux véhicules, en direction de Florac au sud de la France.

Arrivés à destination vers trois heures du matin, j’étais assigné à résidence dans l’hôtel de la poste. Gardé en permanence par six policiers en civil qui se relayaient chaque semaine, j’occupais la chambre 25 au deuxième étage qui était entièrement réservé aux policiers et de ce fait, inaccessible aux clients.

L’hôtel était gardé la nuit par trois gendarmes. Je devais pointer tous les jours y compris le week-end à la gendarmerie. Je pouvais sortir pour faire du sport ou me promener en ville, mais toujours accompagné de deux à trois policiers.

Les premiers temps, je ne pouvais pas rencontrer les journalistes, mais après maintes protestations, l’interdiction a été relativement levée. Je recevais de temps à autre la visite de mes enfants ; quant aux autres visites, c’était difficile.

Un jour, j’étais en train de dîner avec mon épouse au restaurant de l’établissement, les policiers étaient attablés en face de nous, quand un taxi s’immobilisa devant l’hôtel. Deux personnes en descendirent et se dirigèrent vers la réception pour se renseigner si j’étais là.

La réceptionniste vint m’informer de la présence de deux visiteurs qui attendaient à la réception. Je demandai à ma femme de regagner la chambre.

Les visiteurs, après s’être assurés de la bonne adresse, ont dû ressortir pour régler le taxi et prendre leurs bagages. Ces mouvements, suspects aux yeux des policiers, les ont mis en état d’alerte. Ils sortirent les armes et se mirent en position de tir.

Les visiteurs étaient soupçonnés de terroristes. Il fallait beaucoup d’efforts pour calmer les policiers et les convaincre qu’il s’agit de proches venus d’Algérie pour me rendre visite. Ce n’est qu’après avoir fouillé leurs bagages et contrôlé leur identité que la situation s’est détendue.

Après neuf mois d’assignation à résidence à Florac, le 5 août 1994 j’étais transféré à Folembray.

8-Vous êtes restés combien de temps à Folembray. Pouvez-vous décrire un peu l’endroit, les circonstances, la nourriture ? Les visites permises ? Des membres de services français et/ou algériens venaient-ils vous voir ? Que se passait-il sur le plan juridique à ce moment ? Que faisaient les avocats, quelles étaient les réactions des services publics ?

A Folembray, on peut dire qu’il s’agissait d’une détention et non d’une assignation à résidence. Nous étions détenus dans la vieille caserne Gaston Billotte, une caserne désaffectée d’où partirent les premiers fantassins français pour la conquête de l’Algérie en 1830.

Des gendarmes montaient la garde nuit et jour à l’intérieur et à l’extérieur de la caserne. Nous étions privés de liberté. Nos déplacements étaient limités à l’intérieur du périmètre de la caserne. Un fonctionnaire de police nous rendait visite chaque matin pour recevoir nos doléances ; il était également chargé de notre courrier ; un intendant était chargé de nos menus achats.

Le manger était correct ; un cuisinier nous préparait des repas sur commande. Il a été convenu qu’on pouvait demander des sauf-conduits pour aller chez un médecin, chez le coiffeur ou faire des achats ; des demandes ayant été faites, mais aucun sauf-conduit n’a été délivré. Deux machines à laver ainsi qu’un téléphone à carte ont été installés au 1er étage du bâtiment.

Une salle et des chambres étaient aménagées en dortoirs avec des lits superposés. Les visites étaient permises, mais de manière sélective et sévèrement contrôlée. Outre les vérifications des pièces d’identité, les visiteurs étaient soumis à une fouille à corps.

Pendant tout le temps de notre détention, des curieux, des journalistes, des reporters photographes se pressaient autour de la caserne pour nous regarder à travers les grilles de clôture. Sans doute, ils en savaient quelque chose sur notre prochaine expulsion.

A ce moment-là, nos avocats avaient engagé des recours en annulation des arrêtés d’expulsion et demandé en référé un sursis à exécution des mêmes arrêtés. Malheureusement, nous avons été expulsés avant que la justice se prononce sur ces recours.

La presse s’est fait l’écho de certaines réactions condamnant l’arbitraire de cette mesure contraire aux droits de l’homme.

De nombreux responsables politiques dont Alain Jupé alors ministre des affaires étrangères l’ont désapprouvée. Bernard Kauchner a dit : ‘‘Pasqua est atteint d’une sécuritite aiguë’’. Pierre Debré s’est indigné, demandant qu’il faut ‘‘trouver une solution à ces malheureux’’. Les critiques n’ont pas manqué de souligner notre innocence étant donné que rien d’anormal, ni armes ni explosifs, pas même un pétard, n’a été trouvé au cours des perquisitions. Si c’était le cas, on l’aurait porté à la connaissance de l’opinion.

Une autre preuve d’innocence réside dans la réponse de Pasqua laquelle n’exprime rien d’autre qu’une mauvaise volonté de faire un procès d’intention aux expulsés : je les ai expulsés, dit-il, avant qu’ils se mettent à poser des bombes.

9-Quand vous avez été pris de force de Folembray ? Vous dites que vous avez été transportés dans des voitures banalisées, quel genre et combien ? Vous étiez 20 personnes. Ce sont les 20 qui étaient a Folembray ? Madame Ressaf était la seule femme ? Pourquoi a-t-elle été internée et déportée aussi ?

Nous avons été pris de force de Folembray le mercredi 31 août 1994. Je vous ai déjà raconté les circonstances de la déportation.

Ce sont les vingt personnes de Folembray qui étaient déportées. Madame Ressaf était la seule femme. Son mari était recherché en Algérie, il s’est réfugié en France, sa femme devait le suivre naturellement.

Elle a été internée et déportée soit du simple fait qu’elle était avec son mari, soit parce qu’elle figurait sur la liste des indésirables remise aux autorités françaises.

En tous cas, deux jours après notre arrivée au Burkina, elle a été contactée par un conseiller de l’Ambassade de France qui lui a proposé de regagner la France si elle voulait, mais elle a refusé l’offre, ne voulant pas y retourner sans son mari.

Il y avait plusieurs types de voitures : des fourgons, J5, Renault Master, des voitures légères, la plupart de marque Peugeot et Renault. On ne les a pas comptés, mais on peut évaluer le nombre à une vingtaine.

De Folembray à Reims, la route était coupée à la circulation ; nous n’avons croisé aucun véhicule : des policiers étaient postés aux bords de la route tout le long du trajet.

10-Pouvez vous décrire un peu les conditions au début dans l’hôtel à Ouagadougou ? Et ensuite vous avez été transféré ailleurs n’est ce pas ? Quelle est la vie que vous pouvez mener ? Y a-t-il un règlement ? Avez-vous des contacts sur place ? Lorsque votre famille vient, dans quelles conditions cela se passe-t-il ?

A notre arrivée au Burkina Faso le 31 août 1994, nous avons été accueillis par les autorités de ce pays, notamment le ministre chargé de mission à la Présidence et le directeur général de la sûreté.

Ces derniers nous ont fait savoir que le motif de notre accueil s’inscrit dans un but purement humanitaire et afin de nous éviter une expulsion vers l’Algérie où notre vie serait en danger. Ils nous ont donné des garanties sur les conditions de sécurité et de séjour. Ils nous ont promis :

1- Que notre séjour au Burkina ne saura se prolonger au-delà de l’élection présidentielle en France, soit mai 1995.

2- Que nous aurions comme interlocuteur un ministre d’État en l’occurrence Monsieur Salif Diallo

3- Que des lignes téléphoniques internationales seront mises à notre disposition pour communiquer avec nos familles et nos avocats.

4- Que nos familles peuvent nous rejoindre à tout moment avec prise en charge des frais de voyage et de séjour.

5- Que nous serons entièrement libres de nos mouvements.

On saura plus tard que ces promesses n’ont malheureusement pas été tenues.

Nous étions logés et nourris à l’hôtel ok Inn. Les militaires qui nous gardaient logeaient avec nous. Ils surveillaient de très près nos mouvements.

Nous ne pouvions pas sortir de l’hôtel ni individuellement ni en groupe sans l’autorisation du responsable de sécurité. Les sorties en groupe étaient plus faciles que les sorties individuelles. Nous avions à notre disposition un minibus pour nos déplacements.

Il est vrai que les premiers temps, nous avions les possibilités de téléphoner à nos familles et à nos avocats, nos interlocuteurs se préoccupaient de nos besoins, de notre état de santé, le ministre nous rendait visite de temps en temps, on pouvait avoir des billets d’avion pour nos femmes, mais tout cela n’a duré que cinq ou six mois. Après, tout a changé.

Et quand on leur demande pourquoi n’ont-ils pas respecté leurs engagements ? Ils se contentent de nous répondre : ‘‘les Français nous ont roulés’’

Nous étions restés deux mois à l’hôtel OK inn. Ensuite, nous étions séparés en deux groupes, faute de pouvoir loger tout le monde dans un même endroit.

Un groupe de 8 personnes a été hébergé dans un hôtel baptisé ‘‘le Provence’’, moins cher que le premier ; le couple Ressaf a été installé dans une villa, et un groupe de 10 personnes dans une autre villa voisine. Une troisième villa dans le même quartier était prête un mois après pour abriter le groupe de l’hôtel le Provence.

Dans les premiers temps, lorsqu’une famille vient, on s’arrangeait pour héberger les époux, soit chez le couple Ressaf, soit à l’hôtel. Moi, dès le début j’ai demandé à être logé seul du fait que ma famille devait souvent me rendre visite et surtout pour ne déranger personne car je veille beaucoup la nuit.

J’étais installé dans un appartement, mais avec une surveillance renforcée et une liberté de mouvement restreinte.

Entre temps, plusieurs ont tenté de fuir mais sans succès, ils étaient refoulés de Genève, de Paris, de Lyon, de Rome, de Moscou, d’Accra.

Un seul a réussi à s’enfuir le 16 décembre 1994. Sa femme, et ses trois enfants, était confrontée à des problèmes sérieux en France, il devait trouver une solution : s’installer quelque part en Europe en vue d’un regroupement familial.

Une fois, le 15 mars 1995, sept membres du groupe ont tenté de fuir la nuit.

Des mouvements inhabituels ont attiré l’attention des gardes qui sont intervenus violemment pour les empêcher de sortir.

Cet incident a failli prendre une mauvaise tournure. En tant que porte-parole du groupe, j’étais contacté à trois heures du matin par le capitaine Kéré, l’aide de camp du Président, qui me signala l’incident en menaçant de faire intervenir l’armée.

J’ai essayé de le raisonner en lui rappelant leur promesse concernant notre liberté de mouvement. Le lendemain, sans doute après avoir consulté les Français, le capitaine se ravise, il vient nous annoncer : ‘‘celui qui veut partir est libre de le faire’’.

Du coup, les autorités ont fermé les yeux sur ceux qui voulaient partir. Bien plus, elles ont décidé d’accorder une aide – de 30 à 60 000 ff – à ceux qui veulent s’en aller.

C’est ainsi que beaucoup sont partis, en particulier ceux qui n’ont pas de familles en France ou dont les familles y avaient des problèmes matériels urgents.

En ce qui me concerne, pour des raisons que j’ignore, je n’ai eu ni l’autorisation, ni les facilités pratiques de le faire. Contrairement aux autres membres du groupe, je suis toujours en résidence surveillée, mes déplacements et mes visites demeurent sévèrement contrôlés.

Actuellement nous n’avons plus de problème de logement ; ceux qui sont partis ont vidé les lieux au profit de ceux qui sont restés.

Parmi les sept qui restent, quatre seulement sont pris en charge en matière de logement et de nourriture. Ils touchent une allocation de 400 000 Fcfa (environ 1200 Dm) par mois. Les trois autres ont cessé d’être pris en charge du fait qu’ils ont pris les primes de départ et signé une décharge.

Mais leurs projets ont échoué ; un d’eux était refoulé de Russie, les deux autres attendent des conditions meilleures pour partir. Ils vivent présentement à leur compte au Burkina.

11-Que s’est-il passé lors du sommet franco-africain d’Ouagadougou ? Il paraît qu’on vous a enfermés, racontez-nous ce qui s’est passé ?

Le 19è sommet France-Afrique s’est tenu à Ouagadougou du 4 au 6 décembre 1996. Quelques jours avant le sommet, les militaires ont multiplié les va-et-vient, nous avons senti qu’il allait se passer quelque chose.

Deux jours avant le sommet, ils nous ont annoncé que nous ne pouvions plus sortir, et qu’ils allaient nous enfermer pendant la durée du sommet.

Quant à moi, je n’ai pas accordé beaucoup d’importance à cette mesure, du fait que j’étais déjà assigné à résidence, avec des gardes devant la porte.

Cependant, il allait se passer des choses inhabituelles : ils ont renforcé la surveillance et nous ont enfermés dans les lieux où nous logions en gardant les clés.

Nous n’avions pas accepté qu’ils gardent les clés car, en cas d’incendie, on aura du mal à s’échapper.

On avait commencé par la villa où logeaient quatre expulsés. Les intéressés ont refusé qu’on leur retire les clés, ce qui a causé une altercation. Dans un premier temps, les expulsés avaient empêché les militaires (probablement des gendarmes) de condamner la porte de l’extérieur et de garder les clés.

Les occupants s’y étaient formellement opposés. Après un bref accrochage verbal et pendant qu’un arrangement venait d’être trouvé, un des gendarmes arracha les clés, ce qui provoqua la réaction spontanée d’un frère qui l’immobilisa et lui enleva les clés.

Le militaire voulut faire usage de son arme mais il n’aura pas le temps de le faire, l’expulsé lui retira l’arme également, non pas pour l’utiliser mais de crainte que le militaire panique et lui tire dessus.

Puis, sans tarder, l’expulsé s’engouffra dans la villa avec les clés et le pistolet. C’est là que le problème va s’aggraver. Le militaire dégoupilla une grenade et menaça de faire sauter la villa.

Pendant ce temps, le chef du groupe, nommé Honoré Somé, vint solliciter mon intervention pour résoudre le problème et récupérer le pistolet.

Le chef en question, un homme d’une gentillesse exceptionnelle et toujours souriant, mérite qu’on l’aide quelque soit le motif du conflit. Heureusement, le problème fut réglé sans incident, le pistolet fut restitué au militaire, et un compromis a été trouvé pour les clés dont on a fabriqué des doubles de sorte que chacun pouvait garder un exemplaire.

12- Que pouviez-vous faire sur le plan juridique ?

Nous avions comme seule voie de recours les tribunaux administratifs. Ces derniers, ou du moins certains magistrats, ne sont pas totalement indépendants ; ils peuvent subir l’influence du pouvoir politique.

Nous avions engagé des recours en annulation des arrêtés d’expulsion devant les juridictions compétentes. Un seul recours a abouti, celui intenté devant le tribunal administratif de Versailles lequel a annulé l’arrêté d’expulsion, ce qui a permis au demandeur de regagner la France.

Cependant quelques temps après, l’intéressé a été arrêté et incarcéré, sous un faux prétexte, juste pour lui montrer que la raison d’État est au-dessus de la justice.

Il faut noter également que la défense n’a pas été organisée de manière concertée, soutenue et suivie. Beaucoup ont abandonné le procès en raison de leur projet de départ. Il y a aussi d’autres raisons qui expliquent cet échec :

D’une part, la conjoncture politique n’a pas favorisé le déroulement des procès, d’autant plus que certains avocats ont agi avec une certaine désinvolture, sans doute pour des raisons d’insuffisance d’honoraires.

D’autre part, le débat contradictoire, la présence des parties à l’audience sont des conditions nécessaires d’un procès équitable. Or, de par notre absence, nous avons été privés d’un procès équitable.

Il reste la Cour européenne des droits de l’homme ou des pressions des organisations humanitaires dans le but de faire annuler les arrêtés d’expulsion. Interview réalisée par Samira

NB. Cette interview, initiée par le CADIS, a fait l’objet d’un numéro spécial préliminaire du journal Al-Maidane.