Islam & Laïcité

Publication en ligne : mardi 11 mai 2004, par Maître Simozrag

Exposé du lundi 21 Avril 1997 .

La laïcité est une idéologie qui prône la séparation entre la religion et l’Etat. Elle est complètement étrangère à l’Islam. Cette idéologie est l’aboutissement d’une longue lutte entre l’Eglise et l’Etat, lesquels se sont disputés pendant des siècles le pouvoir avant d’aboutir à son partage comme une sorte de compromis entre eux. L’Etat n’exerce aucun pouvoir religieux et l’Eglise aucun pouvoir politique. La difficulté provient essentiellement du concept même de dualité du pouvoir, temporel et spirituel, conception qui n’existe pas en Islam. Cette dualité procède d’une incompréhension de la parole de Jésus. L’idée est née au moment où les Pharisiens voulaient obtenir de celui-ci une déclaration pour le compromettre. Ils lui posèrent cette question insidieuse : « Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César ? » Mt 22.17

D’une part, Jésus, qui avait déjà la réputation d’être l’agitateur, le messie libérateur du peuple juif, ne pouvait pas conseiller le refus de paiement de l’impôt à César, ce serait suicidaire dans la mesure où il aurait fourni le motif de sa condamnation. D’autre part, en tant que Messager de Dieu, Il ne pouvait pas non plus rompre le lien entre Dieu et le peuple juif, c’est contraire à sa mission. Il devait donc ménager la chèvre et le chou, trouver une réponse propre à concilier les exigences de sa mission et celles du tyran dominateur. Mais Jésus qui connaît parfaitement les intentions de ses tentateurs leur demande de lui montrer la monnaie avec laquelle on paie le tribut et les interroge : De qui sont cette effigie et cette inscription ? ‘‘De César’’ lui répondirent-ils. ‘‘Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu’’. Mt 22.18-22

Dès lors, fut tracée la frontière entre deux pouvoirs : le pouvoir civil et le pouvoir religieux. Ce qui relève de Dieu et ce qui était abandonné aux hommes. Partant de ce principe, de nombreuses théories virent le jour, ayant rempli des centaines de volumes sur l’origine et les formes du pouvoir, qui doit l’exercer, comment et au nom de qui ? Qui détient la souveraineté ? Dieu, le roi, le peuple ou la nation ? En dépit des efforts conjugués, ces théories n’ont débouché sur aucun résultat satisfaisant, elles ne sont pas encore parvenues à trouver l’idéal recherché. On essaiera d’expliquer les raisons de cet échec. Les premiers chrétiens ont poussé les choses à l’extrême. Ils ne s’étaient pas contentés d’appuyer le pouvoir temporel, jadis placé sous l’empire romain, qu’ils considéraient comme l’instrument de Dieu sur terre pour punir les méchants, ils devinrent eux-mêmes plus que des auxiliaires, le bras séculier de ce pouvoir. Le devoir de soumission aux ordres du souverain était lancé comme un mot d’ordre et admis comme un dogme incontestable. Le premier Pape, Saint Pierre, écrit aux fidèles : ‘‘Soyez soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit au roi comme à celui qui possède l’autorité suprême, soit aux gouverneurs comme à ceux qu’il a délégués.’’ 1P 2.18

Cette directive a été reprise avec un zèle passionné par ‘Saint Paul’ dans son Epître aux Romains (13.1-5) : ‘‘que toute âme soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes... Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal crains ; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience.’’

A Tite (3.1), il dit : ‘‘Rappelle, mon fils, aux fidèles le devoir d’être soumis au prince et aux autorités, le devoir de leur obéir.’’

Mais il y a plus, comme si l’obéissance ne suffit pas, il faut prier pour l’Empereur : A Timothée, il écrit : ‘‘J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâce pour les rois, pour tous ceux qui sont élevés en dignité.’’ 1Tm 2.1-2

Cette doctrine, enseignée et appliquée à la lettre par les fidèles, s’est vue peu à peu renforcée par la générosité et la complaisance du Prince en faveur de l’Eglise. Cette dernière lui doit, en échange, amour, obéissance et prière. Ainsi s’établirent au fil des siècles des relations de complicité indéfectibles entre les deux pouvoirs souvent au détriment de Dieu et surtout des hommes. Car la féodalité, l’esclavage, l’Inquisition, le despotisme, les croisades, le colonialisme n’étaient que le produit de cette connivence. En apparence, l’Etat et l’Eglise se meuvent sur deux sphères différentes, antagoniques même, mais en fait leurs relations étaient des plus intimes. Je n’en veux pour preuve que le mariage qui s’est produit sous Charlemagne entre les deux autorités. Ne parlons pas des relations actuelles entre le Vatican et les Etats dits laïcs.

Le 25 Décembre de l’an VIII, Charlemagne fut sacré empereur par le Pape Léon III. Depuis ce couronnement sacramental, le roi des francs est doté de pouvoirs aussi bien religieux que politiques. Mais, il n’est pas indépendant. L’autorité suprême est exercée par le Pape qui a le pouvoir de lier et de délier, d’établir, de juger et de déposer le roi ou l’empereur. Les rois qui ont tenté de contester l’autorité pontificale comme par exemple Henri IV, Henri II, Louis VII, furent excommuniés. Plusieurs d’entre eux furent obligés de faire pénitence de leurs fautes dans des conditions humiliantes.

Plusieurs autres firent don de leurs domaines à la Papauté par crainte d’être chassés ou excommuniés. Ainsi, l’Eglise acquiert une si grande puissance qu’elle faisait peur à tout le monde, y compris aux rois.

Sous le régime féodal, toute l’Europe appartenait à deux classes issues en grande partie de l’Eglise : le clergé et la noblesse. La majorité écrasante des populations était constituée de roturiers et de serfs (tiers état), taillables et corvéables. Leur statut était pire que celui de l’esclave. Eux-mêmes attachés à la terre comme des bestiaux, privés de toute liberté, ils étaient astreints à la corvée et à diverses taxes et redevances telles la taille, la dîme, la capitation, etc.

En un mot, ils étaient exploités de la façon la plus cruelle ; l’Eglise possédait le tiers des terres agricoles de l’Europe et la quasi totalité des châteaux. C’est sur elle que reposait tout le système féodal. Ses méfaits ont laissé des traces indélébiles dans la mémoire collective. Tandis qu’elle enseignait les vertus de la pauvreté et du désintéressement, elle amassait des richesses colossales. Ses dignitaires trempaient dans la concupiscence et la luxure au moment où elle imposait l’abstinence et la chasteté. Pendant que la misère et la famine décimaient des dizaines de millions de vies humaines, les biens et les richesses abondaient et débordaient chez les seigneurs catholiques.

L’Eglise s’est arrogée le titre de la divinité mais une divinité cruelle et impitoyable, qui interdit les bonnes choses et permet les mauvaises.

Forte de l’autorité divine qu’elle prétendait incarner et exercer sans partage, l’Eglise a commis des atrocités barbares dont les lugubres souvenirs font frémir d’indignation. Au nom de la religion, elle faisait régner la terreur. Ses adversaires étaient taxés d’hérétiques et massacrés. Des dizaines de millions d’âmes furent torturés, pendus, décapités, brûlés vifs. Ses décisions avaient un caractère sacré que personne ne pouvait critiquer ni discuter sans courir le risque de se voir envoyer au bûcher. C’est ainsi que des centaines de savants furent torturés et exécutés : « Cinq millions d’hommes furent à cette période envoyés au gibet ou gardés enfermés dans des cachots noirs et humides jusqu’à la fin de leur vie pour dérogation à l’ordre du Pape. Depuis 1481 jusqu’à 1499, dans un délai de 18 ans, sur l’ordre du tribunal d’inquisition, 1020 hommes furent brûlés vifs, 6860 hommes furent fendus en long, et 97023 personnes furent torturés cruellement. »  [1]

Il n’est pas surprenant que tous ces crimes, ces exactions cruelles, ces injustices font naître chez les gens des sentiments de dégoût et d’aversion contre la religion.

Il n’est pas surprenant non plus qu’une révolution viennent balayer cet ordre inhumain et infâme afin d’y substituer un ordre plus juste.

En conséquence, les intellectuels notamment français, allemands, britanniques se mirent à écrire, dénonçant et stigmatisant les horreurs du système, et ainsi une pensée antireligieuse fit école en Europe avant de déboucher sur une révolution généralisée. Le peuple s’est révolté contre cet ordre et remporta la victoire. D’où la naissance de systèmes républicains et nationaux fondés sur les principes de séparation entre le politique et le religieux. L’Eglise fut totalement exclue du champ politique et ses biens confisqués.

L’Etat, plus particulièrement en France, a continué à subventionner le clergé jusqu’à l’année 1905 date à laquelle fut promulguée une loi ayant consacré la rupture totale avec les affaires du ‘culte’. On peut dire que la laïcité à proprement parler est d’invention purement française bien que de nombreux chefs d’Etat français n’aient pas caché leurs convictions religieuses.

Eu égard à ce qui précède, il est possible de résumer ainsi qu’il suit les causes de la laïcité :
- 1-L’incompréhension de la parole de Jésus concernant Dieu et César. Au fond, la réponse de Jésus devait tenir compte des circonstances de l’époque. Jésus savait que le pouvoir de Dieu était usurpé par les païens mais le peuple juif n’était pas prêt à se révolter contre l’usurpateur. Il s’est donc ingénié à répondre en fonction de la situation qui prévalait et compte tenu de l’état d’esprit d’un peuple complice qui se plaisait dans la servitude. Il n’a pas voulu dire qu’il existe deux pouvoirs distincts dont l’un appartiendrait aux hommes.

L’interprétation hâtive et hors de son contexte de cette parole de Jésus a été utilisée par les païens, les athées et les idolâtres comme arme de combat contre la religion. D’abord contre le Christianisme, ensuite contre l’Islam, cette fois-ci, avec la complicité des juifs et des chrétiens. C’est une conception erronée ayant donné lieu à d’autres erreurs en pratique : en effet, le domaine spirituel n’a pas besoin d’intermédiaire entre Dieu et les hommes. Dans les autres domaines, il ne s’agit pas de représenter Dieu ou d’agir en ses lieu et place, il s’agit seulement de mettre Ses lois en application. Or les Chrétiens ont fait l’inverse de ce qu’il fallait faire.

De la sorte,ils ont nui à Dieu en souillant Son image, aux hommes en portant atteinte à leurs droits et à leurs libertés, et à la religion en la rendant ridicule et abominable.

- 2-L’Evangile, qui n’est qu’un supplément de la Torah, n’a aucun caractère législatif. Il est un message de nature spirituelle. Les lois qui devaient s’appliquer sous l’empire de l’Evangile sont les lois de la Torah. Jésus a bien dit : « Ne croyez pas que je suis venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir , mais pour accomplir. » Mt 5.17

En tant qu’additif à la Torah, il ne devrait pas en être séparé. Or, le fait de le considérer indépendamment de la Torah, alors qu’il ne contient pas de lois relatives aux différents aspects de la vie humaine, a fourvoyé les chrétiens et favorisé la laïcité. 3-Les mauvais agissements de l’Eglise ont fait le lit de la laïcité. Les abus qu’elle a commis ont éloigné les gens de la religion.

En ce qui concerne l’Islam, il est non seulement différent du Christianisme mais il n’a rien à voir avec ce qui s’est passé en Europe du moyen âge. Contrairement à l’Évangile, le Coran est un message qui comporte des lois et des règles régissant tous les aspects de la vie humaine.

A la différence du Christianisme, l’Islam n’a ni confisqué les libertés ni combattu les savants et la science. Bien au contraire, l’Islam exalte la science et encourage les savants. Il n’a pas de clergé et il ne fait pas de distinction entre le spirituel et le temporel. L’histoire du monde musulman est également différente de celle de l’Europe. L’islam a édifié une civilisation qui a rayonné sur les trois quarts de la planète à une époque où l’Europe sombrait dans la barbarie et l’obscurantisme. Son règne était celui du savoir, du progrès et des libertés.

L’Islam n’est pas une théocratie, c’est un régime populaire qui applique la loi de Dieu. Il est plus populaire, plus juste et plus humanitaire que les démocraties les plus achevées. Il se distingue par la justice et l’égalité devant la loi. Il s’inspire du modèle du prophète (psl) et des Califes qui exclut toutes formes de pouvoir totalitaire, monarchique ou théocratique. Les théocraties étaient fondées sur le principe du droit divin au nom duquel les rois et les empereurs exerçaient un pouvoir absolu et sans limites. Le monarque se comportait comme un vicaire de Dieu, il incarnait l’Etat et concentrait en lui tous les pouvoirs. En revanche, le système islamique repose sur les principes de la Choura (consultation), de la baï’a (élection ou suffrage) ainsi que sur le Char’ (ensemble des dispositions légales découlant du Coran, du hadith, du consensus) (Ijmâ’) et de la doctrine (Ijtihâd). Il se caractérise par la décentralisation et la séparation des pouvoirs afin de permettre aux mécanismes de la Choura de fonctionner à tous les niveaux et à l’abri de toute influence politique ou autre.

A travers ces mécanismes s’expriment le choix et la volonté du peuple (Oumma) dans la désignation de ses représentants, les orientations et le mode de gestion de ses affaires, soit de l’Etat. La Choura est une obligation pour les gouvernants et un droit pour les gouvernés. Elle est une bride sur le cou de tous dirigeants. Elle incombe au chef de l’Etat, aux responsables de l’administration à tous les niveaux, aux magistrats, aux gouverneurs, aux walis et d’une manière générale à tout détenteur d’une autorité publique. Ce qui implique des conseils et des assemblées élus à tous les échelons : national, régional, départemental et local.

Elle permet d’associer le peuple à l’exercice du pouvoir, de développer l’effort de réflexion, de recherche et d’investigation en vue d’un bon jugement et d’une meilleure justice. De même qu’elle consiste à empêcher toutes formes de pouvoir autocratique, despotique ou dictatorial. C’est aussi un moyen de contrôle de l’administration par les administrés. Ces principes représentent à eux seuls des limites infranchissables à l’exercice du pouvoir en Islam et le distinguent nettement des anciens régimes théocratiques. Une autre caractéristique du régime islamique est la primauté du droit (Char’) sur les intérêts et les considérations politiques. C’est pourquoi, la laïcité ne convient pas au monde musulman du fait de son incompatibilité avec sa culture, sa religion et son mode de vie. D’autant plus que la laïcité tend à envahir aujourd’hui tous les domaines, à savoir : le politique, l’économique, l’éthique, le droit, la culture, le domaine social, l’art et le savoir si bien qu’il ne reste plus rien pour la religion.

Comme on l’a déjà vu, la laïcité a consisté, dans un premier temps, à faire de la religion une affaire privée qui ne doit pas se mêler de la politique et l’Etat n’intervient pas dans le financement des activités ecclésiastiques. Cette notion s’est peu à peu étendue à tous les domaines de la vie de sorte que la religion s’est trouvée enfermée dans les lieux de culte, partant, non seulement incapable d’influencer le comportement des hommes et d’intervenir dans leurs rapports sociaux, mais encore condamnée à disparaître progressivement. En conséquence, elle représente un danger menaçant l’existence même de la religion. Ceci en ce qui concerne la religion d’une manière générale, mais par rapport à l’Islam particulièrement, la laïcité est tout à fait incompatible et antinomique. Il est vrai que la révolution française de 1789 était une révolution légitime, dirigée contre l’oppression et l’injustice ; on dit aussi qu’elle est une révolution contre la bourgeoisie dominante ; celle des pauvres contre les riches ; il n’en demeure pas moins, cependant, qu’elle fût récupérée par des opportunistes athées, dont le seul mobile consistait à détruire la foi (en Dieu) et la morale, en particulier islamiques. Etant donné que le Christianisme, à la différence de l’Islam, n’a pas une dimension politique si importante qu’il faille autant d’efforts et de moyens pour le combattre. L’Islam n’est pas une secte ni une simple religion au sens cultuel du terme, encore faut-il signaler que le sens du mot religion a été dénaturé. En principe, le mot religion ne se limite pas à la foi et au culte, il recouvre aussi les rapports des hommes entre eux de même que leurs rapports avec Dieu. L’Islam est, rappelons-le, un système complet de vie, destiné à organiser, gouverner et régir les institutions et les hommes, leurs activités et leurs relations. Il embrasse tous les aspects de la vie : Economie, Politique, Droit, Culture, Morale, Religion, bref, il est Dîn, Dawla et Dounia (Religion, Etat et Monde). De ce fait, il devient la première cible et la première victime de la laïcité.

« L’intime relation entre la religion et la politique qui caractérise l’histoire musulmane paraît en général étrange à l’Occidental, depuis longtemps accoutumé à considérer les questions de croyance et de vie politique comme appartenant à deux mondes entièrement différents. Or, il est impossible d’acquérir une conception réelle de l’Islam si l’on ne prête pas une attention particulière à ce problème. Il est avant tout indispensable de se rendre compte que l’Islam a pour but d’influencer et de diriger non seulement les relations de l’homme avec Dieu mais également, et avec non moins d’insistance, les relations entre les hommes. Partant de l’hypothèse fondamentale selon laquelle tous les aspects de la vie ont été voulus par Dieu et possèdent de ce fait une valeur morale propre, le message du Coran ne se borne pas à une exhortation spirituelle mais embrasse également tout le champ de l’activité humaine, aussi bien sociale qu’individuelle. Un tel point de vue empêche évidemment la division entre l’aspect ‘‘religieux’’ et l’aspect ‘‘temporel’’ de la vie et par le fait même entre ‘‘ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu’’. Selon le Coran, toute foi véritable a pour but d’influencer la conduite de l’individu et de la société de telle façon que l’idéal de vertu puisse trouver son expression dans toute l’attitude morale de la communauté, dans l’ensemble de sa législation et dans ses institutions socio-politiques. »  [2]

Cependant, la laïcité entend l’exclure de tous les domaines de la vie pour le confiner dans un espace étroit, celui du culte qu’elle s’efforce, de surcroît, à restreindre et à contrôler. Dieu a créé l’homme et lui a prescrit un mode de culte et de conduite. A cette fin, Il a envoyé des Messagers avec des Lois destinées à être appliquées ; l’Islam est l’aboutissement de ce long processus législatif que les hommes doivent mettre en pratique. Dieu entend commander et diriger les hommes par le biais de Ses Lois en dehors desquelles, il ne saurait y avoir ni Justice ni Liberté ni Paix.

Or, la laïcité met Dieu à l’écart et Lui enlève Ses prérogatives pour appliquer ses propres lois et sa propre justice. A cet égard, on peut dire que la laïcité est un putsch contre Dieu et une révolte contre Son idéologie, en l’occurrence l’Islam. Tout au long de son histoire, l’Islam ne s’est jamais confronté à quelque chose d’aussi grave que la laïcité. Elle devient d’autant plus dangereuse qu’elle l’attaque sur son propre terrain.

C’est pourquoi, la plupart des penseurs musulmans voient en la laïcité un complot satanique contre l’Islam. Ils la considèrent comme synonyme d’athéisme, de mécréance et d’idolâtrie, tendant à détruire les valeurs morales et spirituelles des sociétés humaines.

Imâd Ad-Dîn Khalîl, dans son livre ‘Tahafout Al-ilmânya’ affirme que la laïcité tend à conduire l’univers à la destruction et à la malédiction : « La laïcité a perdu de vue la plupart des caractéristiques de l’être humain, donnant ainsi, une dangereuse déviation dont la civilisation occidentale contemporaine a récolté beaucoup de fruits amers. Les données de la laïcité ne sont que les armes de destruction de l’être intime de la personne humaine. »

Mohammed Yahya affirme que « l’idée de laïcité est un des axes de ce vaste plan que nous avons nommé : occidentalisation et colonisation culturelle. En s’en prenant à la religion et en la séparant de tous les aspects de la vie, elle cherche à créer un vide idéologique et intellectuel que viendront combler les philosophies et les théories de l’Occident, puis, en dernière instance, l’idéologie occidentale par excellence : le christianisme. Il n’est donc pas surprenant que le laïcisme soit le bras séculier du prosélytisme croisé. » (Waraqa thaqâfya fi-l Ridda Al-ilmanya).

Mustapha Sabri, tout en qualifiant la laïcité de complot tendant à anéantir la religion, estime que la séparation entre la Religion et l’Etat est une révolte du système contre le peuple, ses valeurs et ses croyances.

La laïcité, affirme Yusuf Al-Qardhawi, est une idée étrangère à l’Islam : « Selon les laïques, le modèle occidental doit demeurer et primer sur nos coutumes, nos traditions et nos us : habitudes alimentaires, vestimentaires, habitat, relation homme/femme. » Il ajoute : « La fonction de l’Imamat est à la fois religieuse et politique, une direction générale des affaires religieuses et temporelles ou une succession au Prophète (psl) dans la sauvegarde de la religion et la conduite du Monde. En Islam, la politique ne se sépare ni de la foi ni de la loi ni de la morale, c’est un tout indissociable... » (al-Islam wa al-ilmanya, wajhan li wajh)

Mohammed Al-Ghazali, dans son pamphlet : ‘le combat du livre’, p.4, écrit : « Allah a réglementé aux hommes leurs affaires morales, sociales et politiques et Il a voulu qu’ils respectent Sa législation non seulement à l’intérieur des lieux de culte mais aussi dans leurs mouvements de jour comme de nuit, en terre et en mer. »

D’aucuns ont tendance à croire que la laïcité serait une doctrine neutre et un terrain propice qui permet aux différentes religions de se développer et de s’exprimer librement. Cette théorie, fondée sur des fausses conceptions de l’homme, sa responsabilité et sa raison d’être, est battue en brèche par la réalité des événements quotidiens qui prouvent le contraire. En effet, la laïcité n’est pas neutre ; si elle permet à certaines religions de se mouvoir et de se propager en toute liberté, elle est, au contraire, intolérante et agressive vis-à-vis de l’islam. Elle devient elle-même une religion anti-islamique. Il suffit de rappeler l’histoire du foulard en France pour se rendre compte de cette vérité. Seul le foulard islamique est frappé d’interdiction, mais la kippa, le sari ou la croix ne sont pas considérés comme des signes religieux. Même dans certains pays musulmans où le problème de pluralité de religions ne se pose pas, le port du foulard et de la barbe est interdit au nom de la laïcité.

Ce qui prouve que seul l’Islam est pris pour cible. On peut citer d’autres exemples très significatifs du caractère discriminatoire de la laïcité. Il existe dans les pays développés des partis politiques qui, même fondés sur la religion (juive, chrétienne, bouddhiste, hindouiste) ont le soutien et la faveur de tout le Monde laïc, alors que partout, excepté un ou deux pays, les partis musulmans sont interdits et sévèrement réprimés. Par ailleurs, il n’est un secret pour personne que les pays soi-disant laïcs ne s’empêchent pas de soutenir les activités politiques du Vatican, de lui faire des largesses sans compter les dons et les contributions financières de partis et d’organismes publics aux activités missionnaires. De là, on s’aperçoit que la laïcité n’est guère celle qui est conçue comme un cadre à l’intérieur duquel toutes les religions peuvent se mouvoir et s’exprimer librement. Il n’est pas inexact d’affirmer que cette doctrine relève d’un processus de désislamisation planifiée.

Allah ordonne aux hommes et particulièrement aux musulmans de mettre en pratique Ses décrets et Ses commandements. Il affirme dans la Torah, l’Evangile et le Coran que l’inobservance de Ses directives est la pire des formes de mécréance, voire une rébellion contre Sa Haute Autorité.

« Ceux qui n’appliquent pas les Lois divines sont ceux-là les mécréants... les injustes... les pervers. » 5.44-47

S’adressant au prophète Mohammed (psl), Allah dit : « Nous t’avons révélé le Livre et la Vérité, confirmant ce qui l’a précédé du Livre et le dominant. Juge entre eux d’après ce que Dieu a fait descendre et ne suis pas leurs passions en t’écartant de ce que tu as reçu de la Vérité. » 5.48

« Recherchent-ils le jugement de l’ignorance ? Et qui a une meilleure justice que Dieu pour des gens convaincus » 5.50

Allah proclame dans plusieurs versets du Coran qu’Il est le Seul Souverain et le Seul Détenteur du pouvoir :

« Le Pouvoir n’appartient qu’à Allah : Il tranche en toute vérité et Il est le meilleur des Juges. » 6.57 ; 12.40

« ...Et Il n’associe personne à Son Pouvoir. » 18.26

« Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, en référer à Allah et à Son Messager. » 4.59

« La seule parole des croyants quand on les appelle au jugement d’Allah et de son Messager, est de dire : ‘‘Nous avons entendu et nous avons obéi.’’ » 24.51

« Sur toutes vos divergences, le jugement appartient à Allah. » 42.10

Il ressort clairement de ces versets du Coran que la Loi divine (Coran et Hadiths) doit régir les affaires des musulmans dans tous les domaines, à tous les niveaux et en tous lieux et c’est de cette façon seulement que puisse s’accomplir la vraie soumission à Dieu ainsi que la reconnaissance de Son pouvoir et de Sa Souveraineté. Car ne pas appliquer la Loi de Dieu équivaudrait à sa négation.

Cela, bien entendu, n’est possible que dans le cadre d’un Etat, d’un système juridique doté de la force publique. Or, comment les musulmans peuvent-ils le faire dans un système laïc ? C’est là tout le problème, d’où les revendications, sans doute légitimes, des peuples musulmans concernant l’instauration d’un Etat islamique. Ces revendications traduisent de la part de la communauté musulmane un triple souci d’identité culturelle, de volonté d’obéissance à Dieu et de résolutions de ses problèmes. N’est-ce pas là un libre choix et une volonté à respecter en vertu du principe universel d’autodétermination ?

Car en fait, l’Etat islamique, depuis qu’il a été fondé par le prophète (psl), a connu, mis à part quelques vicissitudes inhérentes à toute histoire politique, une existence régulière et continue jusqu’à l’année 1924, date de la chute du Khalifat Ottoman. Il n’y a que les musulmans de ce siècle qui se trouvent privés de cette institution indispensable et primordiale. Outre le fait que la laïcité porte gravement atteinte à la Divinité de Dieu et à Sa Souveraineté en y substituant une divinité et une souveraineté humaines, elle engendre des conséquences désastreuses tant sur le plan social que religieux : Il est certain que l’injustice, la corruption, le désordre, la criminalité qui caractérisent notre époque ont essentiellement pour cause la laïcité. Ils sont le résultat d’un manque de spiritualité, d’un matérialisme excessif.

G.Duhamel, Poète et Romancier français, a déjà remarqué ce phénomène de déliquescence, quand il a affirmé, comme beaucoup d’autres d’ailleurs : « Toutes ces pratiques odieuses qui manifestent la démoralisation d’une société... » sont le produit de la laïcité.

Sur le plan religieux, la laïcité place les musulmans dans une position extrêmement grave vis-à-vis de Dieu. Ces derniers se trouvent, en effet, dans un grand dilemme à cause de la laïcité. Soumettre leurs litiges à des juridictions laïques, accepter d’être régis par des lois laïques, cela leur fait courir le risque de faire acte de mécréance et d’idolâtrie. Ne pas se soumettre aux juridictions et aux lois du système, ils s’exposent à des peines sévères pour désobéissance ou atteinte à l’ordre public.

Allah a dit : « Non !... Par ton Seigneur ! Ils ne seront pas croyants tant qu’ils ne t’auront demandé de juger de leurs disputes et qu’ils n’auront éprouvé nulle angoisse pour ce que tu auras décidé et qu’ils se soumettentcomplètement (à ta sentence). » 4.65

Allah jure par Sa Gloire et Sa Sainteté que nul ne peut être croyant s’il ne prend pas le Prophète pour juge dans toutesles affaires et s’il ne se soumet, sans gène, à sa sentence. Tous les exégètes sont d’accord pour ce commentaire, étant donné la clarté et la précision du verset. Il faut noter que l’expression ‘‘Prendre le Prophète pour juge’’ signifie : en référer aux dispositions du Coran et de la Sunna (Tradition).

Sayd Qotb en donne le commentaire ci-après : « Allah dit à la communauté musulmane : les Messagers ont été envoyés, non seulement pour transmettre et convaincre, mais pour être obéis par ordre de Dieu. ‘‘Nous n’avons envoyé de Messagers que pour qu’il soit obéi , par la permission d’Allah.’’ Et Il lui dit : Les gens ne seront pas d’emblée croyants jusqu’à ce qu’ils aient recours à la Justice de Dieu, incarnée -par le jugement du prophète (psl) de son vivant et après lui- dans ses deux sources : le Coran et la Sunna. Et il ne suffit pas de le pendre pour juge -pour être considérés comme croyants- il faut qu’ils acceptent son jugement avec soumission et entière satisfaction. Et Il lui dit : ceux qui veulent recourir à la justice du taghût-c’est-à-dire à une législation autre que celle de Dieu- bien qu’ils prétendent avoir cru à ce qui a été révélé au Messager et ce qui a été révélé avant lui, sont menteurs et leurs prétentions fausses. ‘‘N’as-tu pas vu ceux qui prétendent croire à ce qu’on a fait descendre vers toi et à ce qu’on a fait descendre avant toi ? Ils veulent prendre pour juge le Tâghût, alors que c’est en lui qu’on leur a commandé de ne pas croire. Mais le diable veut les égarer très loin dans l’égarement’’. » (Commentaire du Coran)

Cheikh Abdullah Azzâm affirme aussi : « Quiconque refuse de recourir à la Chari’a d’Allah et lui préfère n’importe quelle autre législation ou associe à la législation d’Allah d’autres législations édictées par les hommes et leurs passions et quiconque accepte de remplacer la législation d’Allah par une autre loi, est sorti du cercle de l’Islam, rompant tout lien et acceptant d’en sortir mécréant. »

Dans son Tafsir du Coran, Ibn Qathir, commentant le verset 42.10 ci-dessus, affirme que ceux qui ne règlent pas leurs litiges et leurs contentieux sur la base du Coran et de la Sunna du prophète, ne croient pas en Allah et au jour dernier. Le même exégète, dans son livre ‘le Commencement et la fin’ déclare : « Celui qui délaisse le Char’ explicite (ensemble de lois divines), révélé au sceau des Prophètes Mohammed ibn Abdullah, et ose avoir recours à des législations abrogées, devient mécréant. »

Cheikh Ali Ben Hadj, dans son livre : Fasl Al Kalam, p.121, cite Mohammed Hamed al Faqyy (Fath al Majid p.4O6) qui dit : « Celui qui prend les dires des francs pour des lois qu’il applique en matière de sang, de sexe (Mariages et Divorces) ou de biens, les préférant à ce qu’il a pu savoir du livre d’Allah et de la Sunna de Son Messager (psl), est sans doute un mécréant et un renégat s’il y persiste et ne revient pas à la Loi qu’Allah a fait descendre. Le titre et les oeuvres extérieures comme la prière, le jeûne, le pèlerinage et autres, ne lui seront d’aucune utilité. »

Dans son livre : ‘l’Islam et nos situations juridiques’, le Professeur Abdelkader Aouda, écrit à la page 72 : « Celui qui refuse d’appliquer ce que Allah a fait descendre ou ne juge pas sur la base de la Loi révélée ou qui fonde son recours sur une autre législation, est un mécréant, n’ayant pas dans son coeur un atome d’islam, même s’il a un nom musulman, né de parents musulmans et se disant musulman. »

Sur ce point, la majorité des exégètes sont d’accord et on peut multiplier indéfiniment les exemples et les commentaires, compte tenu des nombreux versets coraniques relatifs à cette question. Allah seul, de par Ses attributs de Puissance, de Justice et de Créateur, a le pouvoir sur l’univers et les créatures. Il dirige l’univers ; Il gouverne les créatures et pourvoit à leur subsistance. Il est le Seul Détenteur du Pouvoir et à ce titre, Il est Le seul à avoir qualité et compétence pour légiférer, interdire et permettre, décréter le licite et l’illicite. Il a édicté des Lois, des Ordonnances et des Commandements et Il a conféré à l’homme la lourde et noble charge de les mettre en exécution. Or, celui qui, à quelque titre que ce soit et en quelque nom que ce soit, s’arroge le droit de légiférer à la place de Dieu pour autoriser ce que Dieu a prohibé ou interdire ce que Dieu a permis, même s’il agit au nom du peuple, voire au nom de l’humanité toute entière, se rend coupable d’usurpation non seulement de pouvoir mais aussi de la Divinité de Dieu. Il s’approprie, inconsciemment peut être, un des attributs de Dieu. Et celui qui le suit dans cette voie et accepte de se plier à sa volonté, fait acte d’idolâtrie et de mécréance.

Rappelons, à titre d’illustration, la réponse du prophète Mohammed (psl) à la question de Adyy ibn Hatîm concernant ce verset du Coran : « Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Marie, comme Seigneurs en dehors d’Allah, alors qu’on ne leur a commandé que d’adorer un Dieu unique. Pas de divinité à part Lui ! Gloire à Lui ! Il est au-dessus de ce qu’ils Lui associent. » 9.31. Ibn Qathir rapporte dans son commentaire que le Prophète était en train de réciter ce verset lorsque Adyy ibn Hatîm entra, portant une croix autour du cou, et dit : ‘‘Ils ne les ont pas adorés !’’. Le Prophète lui répondit : ‘‘Le fait qu’ils leur ont obéi alors qu’ils leur ont interdit le licite et permis l’illicite, implique (signifie) qu’ils les ont adorés.’’ Ce Hadith étant en parfaite concordance avec un autre verset du Coran qui dit : « Si vous leur obéissez, vous deviendrez certes des associateurs. » 6.121

Dieu étant l’Autorité Suprême, par conséquent Sa Loi doit primer celle des hommes. Il n’est pas normal de placer la volonté d’une créature au-dessus de celle du Créateur. Dieu a un pouvoir de décision ; les hommes ont un pouvoir d’exécution. Dieu a créé les hommes et les Djinns afin qu’ils L’adorent ; l’essence de l’adoration consiste à Lui obéir, reconnaître et appliquer sa Loi. Les non-musulmans peuvent se prévaloir de l’incroyance, du doute ou de tout autre motif de non reconnaissance, mais ce n’est pas une raison d’empêcher ceux qui croient, les musulmans, d’accomplir les obligations de la foi et du culte qui consistent en l’application de la Loi divine ; la laïcité étant l’obstacle majeur qui les empêche d’atteindre cet objectif. L’Islam n’empêche pas les non-musulmans de le rejeter et de pratiquer la foi et le culte qu’ils désirent. C’est lui qui offre en fait, contrairement à la laïcité, les meilleures garanties de neutralité et de tolérance vis-à-vis des autres religions.

Ahmed Simozrag


Notes

[1] Marcel Kash, cité par Seyyed Mojtaba M.L. ouvrage cité, p.32

[2] Muhammad Asad : L’Islam et la politique, in Bulletin du Centre Islamique de Genève n°10

9 Messages de forum

  • > Islam & Laïcité 15 octobre 2005 22:42

    Salam alaykom ,

    Je suis un musulman ,en quete de Vérité et, partant , assoiffé de connaissances . Dans votre article vous dites que les musulmans qui n ont pas recours à la loi islamique risquent d etre des impies ou des associateurs puisqu ils se soumettent au taghout ,c-a-d la loi des hommes...par cela vous mettez au pied du mur presque tous les musulmans puisque les regimes actuels dans les pays musulmans sont anti-islamiques pour la plupart sans parler des musulmans d occidents...Alors, en attendant un changement en faveur d un islam politique et de l eveil de la oumma, que faut il faire ? la hijra comme la préconise les salafistes meme les plus modérés (outhaimaîn), la vie communautaire renfermée qui applique la chari’a et rejette le reste de la societé ?, d autres intellectuels a l instar de Tarik Ramadhan pense, que toute loi formulée par les hommes et qui ne contredit pas l esprit du coran et de la sounnah est tout bonnement islamique . Qu en pensez vous ? merci. Ps/ l islam a besoin d hommes comme vous pour defendre sa cause.

    • > Islam & Laïcité 16 octobre 2005 03:06, par Ahmed Simozrag

      wa alaikum assalam,

      Vous posez une question délicate qui constitue une des préoccupations les plus importantes du mouvement islamique. L’application de la Chari’a est une obligation fondamentale pour les Musulmans. Gouvernants et gouvernés, s’ils n’appliquent pas la Chari’a,ils risquent de perdre auprès de Dieu la qualité de musulmans. Celle-ci, c’est-à-dire la soumission à Dieu est conditionnée par la soumission à Ses lois, en l’occurrence la Chari’a. Allah qualifie de mécréants, d’injustes et de pervers ceux qui ne mettent pas en pratique Ses lois. A mon humble avis, la solution n’est pas dans la Hijra comme "la préconisent les Salafites" car le monde aujourd’hui ressemble à un village planétaire dont la configuration, l’interdépendance, les conditions socio-économiques ne permettent plus de vivre en autarcie ou de s’isoler sans subir l’influence des conditions et des modes de vie des autres sociétés. En plus ce serait une fuite face à l’épreuve ce qui est fortement déconseillé en Islam. Considérer comme des lois islamiques, les lois humaines qui ne contredisent pas l’esprit du Coran et de la Sunnah, est une affirmation simpliste découlant d’une vision réductrice comportant le risque d’une autosatisfaction démobilisatrice occultant les aspects négatifs, plutôt les méfaits ravageurs des systèmes laïcs. Il suffit d’une loi comme celle légitimant l’homosexualité ou l’intérêt usuraire pour ôter toute signification à une telle affirmation. La solution réside dans la lutte pour promouvoir le bien et les lois y afférentes et faire reculer le mal et les lois qui en découlent. En principe, dans les pays musulmans, le problème ne devrait guère se poser. La Chari’a doit être appliquée si l’on veut se mettre en conformité avec la volonté et les aspirations des peuples. Ceux-ci ne doivent accorder leurs suffrages qu’à ceux qui s’engagent à mettre en oeuvre la Chari’a. A cet effet, le vote est un moyen efficace pour changer le régime ou l’orienter dans un sens conforme à la volonté des électeurs. Si un coup de force venait empêcher la réalisation de cet objectif comme c’était le cas en Algérie, dans ces conditions il n’y aurait pas d’autre solution que le soulèvement et/ou les grèves, au demeurant le seul moyen de se disculper auprès de Dieu et d’éviter Sa colère. En revanche, dans les pays où les Musulmans ne sont qu’une minorité, la solution doit être recherchée dans la création de juridictions autonomes chargées de juger les affaires des musulmans sur la base de la Chari’a. Dans un premier temps, ces juridictions auront à connaître des affaires relatives au mariage, au divorce, aux successions, en attendant que leurs compétences s’étendent à d’autres domaines. Il convient de rappeler que le système de double juridiction s’est révélé très efficace durant la période coloniale. Pour être admise, cette revendication nécessite une véritable lutte politique, sociale, médiatique et c’est bien cela le sens du combat ordonné et agréé par Dieu et sur lequel insistent le Coran et la Sunnah.

      Je vous remercie d’avoir posé cette question importante.

  • > Islam & Laïcité 14 avril 2007 09:36, par J’ai signé

    N’incorporez pas Jésus sous la bannière de L’Islam, il n’en a nul besoin. L’Islam a besoin de lui, l’inverse n’est pas vrai.

    « Et Jésus : Remettez donc son dû à César et rendez à Dieu ce qui lui appartient. » (Mt 22, 21), et Jésus ajoute : « et ce qui est mien, rendez-le moi ! » (Thomas 100).

    Vous devez de l’argent à César pour le gestion de l’Etat, donnez-lui son dû. Vous devez votre âme à Dieu, donnez-lui son dû, je suis venu vous montrer le chemin.

    Jésus ne se soucie de la gestion des biens matériels que dans un esprit de justice et non dans un but politique. Il ne mélange pas le spirituel au politique, la religion à l’Etat, les serviettes et les torchons : l’un(e) pourrit l’autre.

    Guy ROGER

    • > Islam & Laïcité 11 août 2009 04:55

      N.Qoriq : de quoi parlez vous mr Roger ? Jésus le Jésus historique n’a rien à voir avec ces textes évangéliques rédigés plusieurs siécles après sa mort, textes allégoriques, symboliques pétris de syncrétisme religieux éloignés de Jésus autant que l’on peut l’être ! cessez de prêter à Jésus une vision chrétienne, c-a-d ROMAINE, du Monde !

  • Islam & Laïcité 6 mai 2012 14:24, par David

    Bonjour J aimerais vous poser une question :Est ce qu un religieux doit faire de la politique ? La politique et la religion ne sont elles pas incompatibles ?

    • Islam & Laïcité 6 mai 2012 23:52, par Maître Simozrag

      Bonjour,

      Tout dépend de ce qu’on entend par politique. Un Musulman ne doit pas être obnubilé, trop préoccupé par la politique certes, mais il existe des droits et des devoirs liés à la vie politique. En d’autres termes, il existe des obligations comme celle de commander le bien et de repousser le mal impliquant des actes de nature politique. Par exemple, demander la construction d’une école, la constitution d’une association pour aider les pauvres ou former ou marier les jeunes ou recueillir les orphelins, c’est de la politique et ce sont des choses nécessaires en Islam. Merci

      • Islam & Laïcité 7 mai 2012 03:17, par David

        Bonjour, J ai saisi partiellement votre reponse a travers celle ci est ce que nous pouvons dire que les prophetes Moise David Salomon et Mahomet que le salut soit sur eux tous etaient des hommes politiques malgre le caractere religieux de leurs missions ? Existe il une politique religieuse ?

        • Islam & Laïcité 7 mai 2012 05:02, par Maître Simozrag

          Oui, ils étaient des hommes politiques. Moïse a déstabilisé un tyran qui persécutait les Égyptiens, Ramsès II. Renverser un tyran, c’est le summum de la politique. David et Salomon étaient des Rois, et à ce titre, ils étaient au centre de la politique. Mohammed était Prophète et chef d’État en même temps. Je pense que vous avez une conception erronée de la "politique". Dans la vie, il n’y a pas de séparation entre la religion et la politique. C’est une vision chrétienne et non islamique de la religion. En principe tout acte politique revêt un caractère religieux et inversement. Par exemple, aller voter est un acte à la fois politique et religieux. La citoyenneté est un contrat envers la nation, la société. Le fait de respecter les termes de ce contrat est à la fois politique et religieux. Payer ses impôts, accomplir le service national, fait partie du respect de ce contrat. Lorsque nous prions Dieu d’aider ou de protéger le Roi ou un dirigeant quelconque, comment pouvez-vous qualifier cet acte, religieux ou politique ? Lorsque le Roi effectue un pèlerinage à Rome, à Lourdes ou à la Mecque, comment doit-on appeler cet acte ?

          • Islam & Laïcité 7 mai 2012 09:38, par David

            Merci Maitre vos reponses sont plus claires desormais