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L’Islam et les gens du Livre

Publication en ligne : jeudi 28 août 2008

Les relations des musulmans avec les gens des livres sont en principe des relations privilégiées, basées sur la bonté et la bienfaisance sauf dans le cas où ces derniers se rendraient coupables d’hostilités déclarées envers les musulmans.

Les gens du Livre ont un statut honorable au sein de l’Etat musulman. Ils sont désignés sous le nom de dhimmis (les gens du pacte, de la garantie et de la protection) ce qui signifie qu’ils sont des citoyens à part entière égaux aux musulmans, qu’ils jouissent des mêmes droits de citoyenneté et qu’ils font partie intégrante, indissociable de la société.

En effet, l’Islam porte un intérêt particulier aux rapports entre les musulmans et les gens du Livre, et ce pour les raisons suivantes :

1- Ce sont des adeptes de religions révélées et de ce fait ils partagent avec les musulmans un certain nombre de valeurs et de croyances.

2- Allah commande la bienfaisance envers eux :

« Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. » s60 v8

3- Allah a édicté des dispositions tendant à favoriser le maintien des bonnes relations entre les musulmans et les gens du Livre. Ainsi par exemple, la nourriture des gens du Livre est licite pour les musulmans, de même que le mariage des musulmans avec les filles des gens du livre, ce qui n’est pas le cas en ce qui concerne les autres religions. Il n’est pas permis aux musulmans de consommer la nourriture des fidèles des religions athées, idolâtres et polythéistes. De même qu’il est interdit aux musulmans de marier les fidèles desdites religions ni de se marier avec leurs filles.

4-L’Islam veille à ce que le dialogue et la discussion avec les gens du livre se déroulent de la manière la plus courtoise. L’Islam ne leur demande qu’une seule chose : le culte de Dieu Seul sans rien lui associer.

« Et discute avec eux de la meilleure façon » s16 v125

«  Ne discutez avec les gens du Livre que dela manière la plus courtoise, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Dites-leur : « Nous croyons en ce qui nous a été révélé et en ce qui vous a été révélé. Notre Dieu et le vôtre est le même et c’est à Lui que nous sommes entièrement soumis. » s29 v46

5- Tout au long de leur histoire, les musulmans ont conclu de nombreux pactes de cohabitation pacifique avec les juifs et les chrétiens, à commencer par le Pacte de Médine avec les Juifs, puis le pacte de Najrân avec les chrétiens, ensuite le pacte de Amru ibnu Al’As avec les habitants de l’Egypte et Celui de Omar ibn al-Khattab avec les habitants d’Elya (Jérusalem), pour ne citer que ceux-là.

a) La Constitution (le pacte) de Médine dispose que « les juifs formeront une communauté avec les croyants ; aux juifs leur religion, et aux musulmans leur religion, qu’il s’agisse de leurs clients ou qu’il s’agisse d’eux-mêmes. »

Le prophète (Paix et Salut sur lui) avait d’excellents rapports avec les gens du Livre. Il leur rendait visite et les honorait. Il était bon envers eux, se rendait au chevet de leurs malades et avait des échanges et des transactions avec eux.

Ibn Ishâq écrit dans la Sîrah : « Lorsque la délégation des chrétiens de Najrân était venue voir le Messager (Paix et Salut sur lui) à Médine, elle le trouva dans sa mosquée après la prière du `asr A l’heure de leur prière, ils s’apprêtèrent à prier dans la mosquée. Les gens voulurent les en empêcher mais le Messager (Paix et Salut sur lui) leur ordonna de les laisser faire. Ils se tournèrent alors vers l’est et accomplirent leur prière. » Ce qui amena le savant juriste Ibn Al-Qayyim à déduire de cet acte des règles juridiques dont à priori l’autorisation pour les gens du Livre de pénétrer dans les mosquées des musulmans.

b) Le pacte conclu entre le Prophète et les chrétiens de Najrân s’énonce ainsi qu’il suit : « Par le Nom de Dieu le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux.

La protection de Dieu et la garantie du prophète Mohammed envoyé de Dieu s’étendent sur Najrân et alentours, soit sur leurs biens, leurs personnes, la pratique de leur culte, leurs absents et présents, leurs familles, leurs sanctuaires et tout ce qui, grand ou petit, se trouve en leur possession. Aucun évêque ne sera déplacé de son siège épiscopal, ni aucun moine de son monastère, ni aucun prêtre de sa cure. Aucun intérêt aux emprunts ne pèsera sur eux, ni le sang d’aucune vengeance antérieure à la soumission. Ils ne seront ni rassemblés, ni assujettis à la dîme. Aucune troupe ne foulera leur sol. Et lorsque l’un d’eux réclamera un dû, l’équité sera mise parmi eux. Ils ne seront ni oppresseurs ni opprimés. Et quiconque d’entre eux pratiquera à l’avenir l’usure, sera mis hors de ma protection. Aucun homme parmi eux ne sera tenu responsable de la faute d’un autre. Donc la garantie de Dieu et l’assurance du prophète Mohammed envoyé de Dieu sanctionnent le contenu de cet écrit, pour jusqu’au jour où Dieu manifestera Son autorité, tant qu’ils (=Najrânites) demeureront dans de bonnes dispositions et agiront en conformité avec leurs devoirs ; sans subir aucun outrage. Ont témoigné : Abû Sufyiân ibn Harb, Ghailân ibn ‘Amr, Mâlik ibn ‘Auf an-Nasri, Aqra’ ibn Hâbis al-Hanzali et al-Mughirah ibn Chu’bah. Les présentes ont été écrites par ‘Abdullah ibn Abi Bakr. (Hamidullah, in le Prophète de l’Islam, sa vie, son œuvre).

c) Le document établi par ‘Amr ibn al-’As à l’intention des habitants de l’Egypte, stipule :

« Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux, Ceci est la garantie donnée par ‘Amr ibn al-‘As aux gens de l’Egypte sur la protection de leurs personnes, leur religion, leurs biens, leurs églises, leurs statues, leurs terres et leur mer. Ils seront à l’abri de toute ingérence et de toute atteinte » (Ibn Kathir : al-Bidaya wan-Nihaya, t7, p.98)

d) Lors de « la conquête » de la Palestine par les musulmans- ces derniers considèrent cette opération comme une délivrance - le Calife Omar ibn al-Khattab établit un Pacte garantissant aux juifs et aux chrétiens la liberté du culte et le respect de leurs statuts. Le Calife prit l’engagement envers les habitants de Jérusalem, dénommée Elya à cette époque, de protéger leur intégrité physique, leurs églises et leurs cultes... »

Au cours de son séjour à Jérusalem, Omar entra dans la Basilique du Saint-Sépulcre pour la visiter. Il resta assis dans la nef de la basilique, puis, à l’heure de la prière, il est sorti prier seul à l’extérieur, sur le parvis. Le Patriarche lui fit la remarque qu’il aurait pu rester prier à l’intérieur de la basilique. Omar lui répondit : « Si j’avais prié à l’intérieur de la basilique, les musulmans qui viendront après moi vous l’auraient enlevée et auraient argué que c’est l’endroit où a prié Omar. Le Calife rédige ensuite un décret stipulant que tout Musulman désireux de prier sur le parvis de la basilique (l’intérieur étant bien entendu exclu) devra le faire seul, c’est-à-dire que les Musulmans ne devront pas prier en assemblée près du Saint-Sépulcre. Ils ne devront pas non plus y appeler à la prière : pas d’adhân près de la basilique. Lorsque Omar s’est rendu à Bethléem, il prit un décret similaire concernant l’Eglise de la Nativité.

A propos des gens du Livre, le prophète (Paix et Salut sur lui) a dit : « Celui qui commet une injustice contre un mu’âhad (un protégé, synonyme de dhimmi), le dénigre, le surcharge ou lui prend une chose sans son consentement, me verra être à sa charge (c’est-à-dire son contradicteur et son adversaire) le jour de la résurrection »

Al-Bayhaqî, rapporte dans sa version la suite du même hadith :

Le Prophète pointa alors ses doigts vers la poitrine et dit « Celui qui tue un mu’âhad qui a la dhimma (garantie, protection) d’Allah et son Prophète, se verra interdire par ALLAH l’odeur du Paradis »

L’Islam constitue un appel permanent au Dialogue

L’Islam est une religion qui favorise le dialogue et appelle au dialogue. Un coup d’œil sur le Coran permet de constater l’existence d’un dialogue entre Dieu et plusieurs catégories de gens : un dialogue avec l’homme en tant que tel. Dieu s’adresse à l’homme pour le convaincre et l’amener à répondre à l’appel de la révélation, à la droiture, à la voie du Salut.

Un dialogue avec les athées, les idolâtres, les polythéistes, les gens du Livre. Le Coran suggère une méthode de persuasion par le dialogue, les arguments et la preuve décisive.

C’est pour cette raison que l’Islam est une religion de tolérance, d’ouverture d’esprit et de respect des différences. C’est Dieu lui-même qui a créé ces diversités et imposé leur respect : « Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre et la diversité de vos langues et de vos couleurs. » s30 v22

Allah a interdit aux musulmans d’insulter les divinités des polythéistes afin que ces derniers n’insultent pas Dieu en réplique.

« N’insultez pas ceux qui invoquent d’autres divinités que Dieu, car ils seraient tentés, dans leur ignorance, d’insulter Dieu par vengeance. » s6 v108

« A vous votre religion et à moi la mienne » est la règle de base de tout dialogue avec les non musulmans.

Il n’est jamais dans l’intention de l’islam d’amener les gens à épouser ses croyances. Ce serait gommer les différences et les diversités voulues par Dieu. C’est d’ailleurs incompatible avec les idéaux de justice et de liberté qu’il entend réaliser. A cet effet, le Coran enseigne : « Nulle contrainte en religion ! » s2 v256

« Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allah. Et quiconque tourne le dos...Tu n’es en aucun cas responsable de leur sort. » s4 v80

« S’ils se détournent...Nous ne t’avons pas envoyé pour te porter garant de leur conduite : tu n’es chargé que de transmettre le message. » s42 v48

Les différentes sortes de calamités qui ont frappé les peuples de ‘Ad, Thamûd, le peuple de Lot, de Chu’aib, les Pharaons ont essentiellement pour cause l’injustice et non pas l’incroyance. C’est l’injustice qui provoque la colère de Dieu. Etant entendu cependant que l’association est une forme d’injustice. Le Coran nous rapporte les sages conseils de Lokman à son fils : «  Ô mon fils, ne donne pas d’associé à Allah, car l’association est vraiment une injustice énorme. » s31 v13