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L’escalade russe au Nord-Caucase

éditorial d’Al-Maidane n° 14 du 1er au 15 novembre 1999

Publication en ligne : dimanche 29 mai 2005, par Maître Simozrag

La Russie met le feu au Nord-Caucase, territoire sous sa propre tutelle.

Le Daghestan et la Tchétchénie sont exposés à des bombardements intenses au motif que ces pays abritent des terroristes.

Des milliers d’innocents, femmes et enfants périssent quotidiennement sous les bombes de l’aviation russe. Des centaines de milliers ont déjà fui leur pays pour se réfugier en Ingouchie.

On se souvient que Boris Eltsine a pourtant violemment condamné l’intervention de l’OTAN en Serbie. Face à ces atrocités barbares, l’ONU n’a pas remué le petit doigt.

Il en est de même de la communauté internationale qui ne s’est pas offusquée comme elle l’a fait pour le Timor-Oriental dont l’indépendance fut arrachée à cor et à cri. Cela s’explique vraisembleblement par la différence qui existe entre une minorité chrétienne et des minorités musulmanes.

L’une a obtenu son indépendance du simple fait qu’il s’agit de chrétiens, quand bien même minoritaires, les autres, même écrasés sous les bombes et même majoritaires, n’ont pas droit à l’indépendance parce qu’ils sont musulmans.

Un lac chrétien a droit à l’indépendance, mais un océan musulman n’y a pas droit. Ce qui revient à dire que si l’Indonésie était gouvernée par des chrétiens, les timorais n’auraient pas réclamé leur indépendance et même s’ils l’avaient fait, ils ne l’auraient pas obtenue.

De même que si les populations du Nord-Caucase étaient de confession chrétienne, ils auraient facilement obtenu leur indépendance grâce à l’intervention de la communauté internationale.

Il y a donc deux poids et deux mesures. La tête de Chamil Bassaïev est aussi mise à prix. Moscou se propose d’offrir une récompense d’un million de dollars à qui le capturera ou le tuera.

Quand des Etats, censés faire respectr la loi et l’ordre, recrutent ouvertement des tueurs à gages, il faut dire adieu au droit, à l’ordre, à la justice, à la présomption d’innocence ; à quoi servent les lois et les tribunaux, dès lors qu’on est parvenu à ce stade de civilisation où tout s’achète et se vend, même les têtes des gens ?

Rien ne prouve, au demeurant, que les attentats terroristes qui ont frappé Moscou et d’autres villes soient le fait des musulmans.

Il est fort possible que ces attentats soient la conséquence d’une guerre de mafia ou de clans au pouvoir. Les musulmans n’y ont aucun intérêt, seul Boris Eltsine en a tiré profit.

Quoi qu’il en soit, la riposte est d’une violence hors de toute proportion.

Sous le prétexte de la lutte anti-terroriste, tout est permis:les tortures, les génocides, les massacres, les bombardements de villes entières avec leurs hôpitaux, leurs écoles, leurs habitations, leurs lieux de culte, leurs infrastructures, voire même une centrale nucléaire et des stations d’épuration d’eau ont été bombardés. Des obus et des bombes largués par les forces armées d’un pouvoir censé garantir la sécurité du pays et promouvoir le développement de son peuple, comme le prévoit la constitution fédérale de la Russie.

Est-il normal de contraindre des victimes à cohabiter avec leurs bourreaux ? De plus, l’injustice bat son plein dans ces pays. Loin de se soucier des besoins des populations en matière d’infrastructure et autres, les autorités de tutelle ne s’intéressent qu’au pillage de leurs richesses.

Le chômage touche 80% de la population ; les salaires sont de trois à quatre fois inférieures à ceux du reste de la Russie. La situation sécuritaire est des plus alarmantes : les affrontements entre les clans mafieux, les trafiquants de drogue, les enlèvements sont des pratiques courantes.

Le régime de tutelle s’avère incapable d’assurer l’ordre et la sécurité dans ces pays. Bien plus, ils sont en proie aux ravages de la contagion mafieuse de Moscou. Ce conflit risque de déstabiliser toute la région.

L’occident endosse une grande part de responsabilité dans cette guerre laquelle n’aurait pu avoir lieu sans le formidable soutien financier du F.M.I. et de certains pays occidentaux.

Plus de cent milliards de dollars se sont évaporés dans les paradis fiscaux et en dépit de cela, l’occident continue à débourser des sommes colossales au profit d’un système mafieux et moribond, pour peu qu’il empêche la montée de ‘‘l’Islamisme’’.

Depuis l’année 1917, date à laquelle les Bolcheviks ont envahi les territoires musulmans du Nord-Caucase, les populations de cette région n’ont cessé de subir la terreur des régimes communistes.

Exposés à des violences inouïes lors des campagnes de désislamisation ininterrompue, quatre millions furent massacrés par Staline et plus de trois millions déportés en Sibérie.

L’Islam était mis sous le boisseau pendant près d’un siècle, les mosquées détruites, la prière interdite, l’enseignement aussi. Grâce à Dieu, puis à la résistance de ce peuple, l’Islam n’a pas pour autant disparu.

Au lendemain de la chute du communisme, il y avait à peine une vingtaine de mosquées et moins d’une dizaine d’écoles islamiques (médersas) au Daghestan. Aujourd’hui, on compte près de cinq mille mosquées et 650 médersas. Plusieurs communes du Daghestan, notamment Chabanmakhi et Karamkhi, ont instauré la Chari’a.

Le parti de la renaissance islamique, Nakhdat, Jamaat-ul-Muslimin et l’Union des Musulmans de Russie ont pris une ampleur considérable ces derniers temps, à côté des centaines de groupes et d’associations islamiques.

Ce n’est pas un Imam stipendié, un allié de Moscou, qui va nous dire le contraire, ou qui va être écouté quand il exprime son désir à lui de rester sous tutelle russe. Il n’est pas habilité à parler au nom du peuple.

C’est l’expression d’un retour en force de l’Islam politique, qu’on l’appelle Wahabisme, fondamentalisme ou intégrisme, peu importe.

L’essentiel est de noter que les caucasiens, après plusieurs décennies de dictature et de misère coloniales, aspirent à un régime islamique considérant qu’il est seul capable de leur garantir la paix, la sécurité, la prospérité, la cohésion et la justice.

Nul ne peut empêcher un peuple de pratiquer et de vivre sa religion comme il l’entend. En tout état de cause, ils sont libres de choisir le régime politique qui leur convient. Ce qui compte pour l’immédiat, c’est l’indépendance.

Après quoi, ils pourront s’organiser comme bon leur semble, mener le mode de vie qui leur plaira et le régime qui leur conviendra.

La sujétion des peuples à une domination étrangère constitue un déni des droits fondamentaux de l’homme, contraire à la charte des Nations Unies.

Lors de chaque réunion, l’Assemblée générale de l’ONU réaffirme que la persistance du colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations est incompatible avec la Charte, la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Déclaration sur la Décolonisation. Compte tenu de ce principe universel, il est instamment demandé aux différentes puissances de prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre aux peuples dépendants d’exercer pleinement et sans délai leur droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance. Les Pactes internationaux affirment :

Article premier

1. Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

2. Pour atteindre leurs fins, tous les peuples peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découlent de la coopération économique internationale, fondée sur le principe de l’intérêt mutuel, et du droit international. En aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance.

3. Les Etats parties au présent Pacte, y compris ceux qui ont la responsabilité d’administrer des territoires non autonomes et des territoires sous tutelle, sont tenus de faciliter la réalisation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de respecter ce droit, conformément aux dispositions de la Charte des Nations Unies.


1 Message

  • L’escalade russe au Nord-Caucase 9 octobre 2010 13:40, par neutralité

    je trouve l’article manichéen et subjectif. Il y a un manque de fond critique : le Kosovo, la Bosnie et l’Afghanistan sont trois pays que l’OTAN a libéré des serbes et des soviétiques. Excusez du peu... trois pays musulmans sauvés par des pays occidentaux.