Accueil du site > Connaître l’ISLAM > La chari’a et l’actualité
      

La chari’a et l’actualité

Publication en ligne : lundi 14 janvier 2013

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

La chari’a et l’actualité

Avant propos

La résurgence de la chari’a dans l’actualité et sa présence active dans les revendications des musulmans aujourd’hui doivent être considérées comme une donnée majeure de notre époque. Dans les sociétés modernes où le retour au religieux semble être la norme, pourquoi ne pas alors s’interroger sur cette nouvelle situation où la laïcité est en vigueur. Les revendications des peuples musulmans de par le monde répondent à un besoin de se retrouver dans un espace où la loi est l’expression de la volonté générale. C’est dans ce contexte que la référence à la chari’a en vertu des motivations sincères apparaît actuellement comme l’une des constituantes du discours social dans le monde musulman. C’est pourquoi les constitutions et les proclamations officielles tenant compte de ce facteur confèrent une légitimité aux revendications dans le sphère de la loi de nos états laïcs. Ainsi, le sujet de cette publication demeure actuelle surtout à un moment où l’Islam est à la croisée des luttes tant en Occident que partout ailleurs dans le monde. La Chari’a est encore actuelle à notre époque où la globalisation du vice tente d’étouffer une mondialisation de la vertu, car son efficacité tient au fait qu’elle associe la morale et la coercition irrésistible et incompressible aux respects de cette morale. La Chari’a dès lors doit jouer un rôle planétaire qui ne faiblit point et qui commande aux musulmans eux-mêmes et à leur Foi « une inventivité à la mesure de leur responsabilité. » Depuis les origines de l’Islam, la chari’a apparaît comme une nouvelle version de la vérité du monde. Et le but de cette publication est de restaurer le vrai visage de la législation divine qui participe de l’équilibre social et individuel à toutes les époques de l’Histoire.

Chapitre1- La Chari’a : cible de la laïcité

Il ne se passe pas un jour sans que les musulmans ne soient victimes de violences meurtrières quelque part dans le monde. Du Soudan au Nigeria, de l’Algérie à l’Egypte, de la Turquie aux Philippines en passant par le Kosovo, la Tchétchénie, le Cachemire, l’Indonésie, partout la guerre fait rage contre l’Islam. Après Zanfara, Kano et Sokoto, les émeutes contre l’instauration de la Chari’a gagnent du terrain au Nigeria. Kaduna fut le théâtre de violentes manifestations ayant fait plus de 400 victimes, outre les énormes dégâts matériels et l’exode massif des populations en février dernier. Une infime minorité s’oppose à la volonté d’une majorité représentant 90% de la population. Mais en fait, qui est derrière ces manifestations ? Il y a sans doute des manipulateurs qui ont pour objectif de déstabiliser le pouvoir, comme l’a bien fait observer l’Archevêque d’Abuja.

Il n’est pas étonnant que les émeutiers soient pour la plupart des prostituées, des toxicomanes, des délinquants, bref, une foule de gens sans aveu, craignant que la Chari’a mette fin au désordre et à la débauche dont ils tirent profit. Rien ne permet d’assurer que les instigateurs soient des chrétiens, compte tenu du faible taux de leur participation aux troubles. D’ordinaire, on accuse les musulmans de fanatisme et d’intolérance, alors que ces événements viennent de prouver le contraire. Ces derniers n’ont même pas réagi aux violences dont ils furent victimes. Décidément, il y a lieu de déclarer avec conviction que toutes les méchancetés colportées contre l’Islam et les musulmans ne sont que des inventions de malveillance sans aucun rapport avec la vérité. Il y a une multitude de témoignages anciens et actuels qui corroborent notre assertion.

Le Docteur Vaglieri fait remarquer : « On peut sans exagération affirmer que l’Islam ne se contenta pas de prêcher la tolérance religieuse, mais qu’il fit de la tolérance une partie de sa loi religieuse. »[1]

Sir William Muir affirme : « Leur indulgence envers les populations conquises, leur justice et leur intégrité contrastaient vivement avec la tyrannie et l’intolérance des Romains... Les Chrétiens syriens bénéficiaient d’une plus grande liberté civile et populaire sous les envahisseurs arabes que cela n’avait été le cas sous le règne d’Héraclius, et ils n’avaient nul désir de retourner à leur situation antérieure. »[2]

Si les juifs ou les chrétiens décident de légiférer conformément à la Bible, si les Bouddhistes adoptent les lois du Dharma ou les Hindouistes appliquent les Veda, eh bien ! Les musulmans n’y voient aucun inconvénient, ils ne peuvent que s’en réjouir. Etant donné que la Chari’a ne s’applique qu’aux musulmans, il n’y a pas de quoi s’irriter. Une communauté qui veut s’organiser conformément aux principes et aux exigences de sa religion, il n’y a aucune raison de s’y opposer. Ce serait une grave atteinte aux libertés fondamentales et aux droits de l’homme, une ingérence intolérable dans la vie des autres. Manipulés par les forces du mal, les émeutiers ont agi à contresens du bien, du droit et de la justice. Ils se meuvent dans l’univers du mal, au service de Satan et de sa sacro-sainte alliance laïque.

Rien ne justifie ni juridiquement ni logiquement un tel comportement, pour le moins contraire au droit des peuples à l’autodétermination. La laïcité n’est pas une loi céleste dotée de la force obligatoire, et même dans l’hypothèse où elle le serait, elle ne s’imposerait qu’à ceux qui y croient. Si les lois divines ne s’imposent qu’à ceux qui y adhèrent librement et sans contrainte, il est à fortiori absurde d’imposer arbitrairement des opinions ou des idées humaines à tout le monde, sans exception. Nous avons maintes fois signalé que la laïcité est incompatible avec les principes de la religion musulmane et qu’il est illégitime de la mettre en oeuvre dans les pays à majorité musulmans. La laïcité n’est plus une doctrine neutre telle qu’elle fut conçue initialement. Les événements prouvent qu’elle n’est pas exempte de partialité. Tandis qu’elle s’ingénie à combattre l’Islam sans pitié, elle s’est montrée favorable à d’autres religions.

L’Islam, littéralement soumission à Dieu, implique nécessairement la soumission à ses lois, soit la Chari’a. La profession de foi engage le musulman à appliquer la Chari’a de manière absolue et indiscutable. L’attestation qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et Mohammed est son Messager, est l’acceptation formelle de soumission à la Chari’a.

La Chari’a : choix du peuple

En effet, le musulman ne peut vivre pleinement sa foi sans la Chari’a. C’est la raison pour laquelle les musulmans de Kaduna, après s’être rendu compte que la laïcité dans son acception actuelle les mette pratiquement dans une situation de rupture avec Dieu, voire de ‘‘chirk’’ et d’incroyance, ont décidé d’adopter la Chari’a. C’est leur droit le plus absolu de choisir le système juridique qui leur convient.

Nonobstant le principe de l’union qui caractérise le système fédéral, les Etats fédérés sont des entités indépendantes, dotées de constitutions et d’organes législatifs propres. Même si la laïcité était le fondement de la constitution fédérale du Nigeria, une telle disposition devrait être modifiée du fait qu’elle est contraire à la volonté de la majorité. L’Etat de Kaduna dispose d’une autonomie qui lui permet de conduire ses affaires et d’édicter ses lois, hors de toute ingérence de l’Autorité fédérale. Ce qui explique d’ailleurs l’incapacité du gouvernement fédéral des Etats-Unis d’Amérique de mettre fin à la ségrégation scolaire ou d’abolir la peine de mort pratiquées par certains Etats fédérés. Malgré des efforts conjugués, l’administration américaine n’a pas obtenu que le vote soit étendu aux noirs dans l’ensemble des Etats.

L’unité et l’indépendance sont les deux caractéristiques essentielles du régime fédéral, ce qui exclut toute notion de contrôle hiérarchique ou de tutelle de l’un sur les autres.

A propos de la constitution, celle-ci doit refléter la volonté du peuple, faute de quoi elle doit subir des modifications de manière à s’y adapter. Une constitution est tel un vêtement, s’il ne convient pas à l’acheteur, c’est le vêtement qui doit subir les retouches et non le corps du client.

On sait que la laïcité est inscrite d’office dans certaines constitutions au mépris des règles de procédure de consultation populaire. C’est le cas notamment des constitutions octroyées, souvent en désaccord avec la réalité sociale des pays concernés. Cette lacune ne va pas sans mettre en cause leur autorité. Sans l’approbation du peuple, la constitution n’a point de valeur juridique.

La loi est l’expression de la volonté générale, c’est-à-dire la volonté du peuple. C’est le peuple qui produit la constitution et la loi et non l’inverse. La laïcité n’a jamais été et ne saurait jamais être un modèle parfait, universellement reconnu.

Les systèmes républicains et nationalistes qui l’ont adoptée comme idéologie soi-disant unificatrice n’ont pas réussi leur projet intégrationniste. On a beau essayé de gommer les différences culturelles, on a tenté de fondre dans le même moule les minorités ethniques, religieuses et linguistiques mais sans succès.

La politique assimilatrice a complètement échoué ; les minorités n’ont abandonné ni leurs langues ni leur culture ni leurs religions.

Ces vaines tentatives n’ont eu pour résultats que des actions de violence et de contre violence qui ont démasqué tant de dictatures à visage démocratique dans les pays musulmans. Erigée en système totalitaire, la laïcité est la principale cause des conflits sanglants dans le monde musulman.

Le pouvoir l’utilise comme prétexte pour justifier la répression de l’opposition et l’intimidation des masses. De la sorte, les thuriféraires de cette sacro-sainte idéologie se sont mués en fossoyeurs des libertés, spoliateurs des richesses, violateurs des droits, bourreaux d’enfants du peuple.

Cette doctrine est de surcroît une survivance de l’ère coloniale, qui n’a plus sa raison d’être depuis la décolonisation. L’indépendance n’a aucun sens si les lois coloniales demeurent en vigueur dans les anciennes colonies.

La chari’a : gage d’indépendance, de stabilité et de paix

La revendication des musulmans au Nigeria, en Algérie, en Tunisie en Egypte, en Tchétchénie et ailleurs traduit, entre autres aspirations, leur désir de parachever le processus de décolonisation. Ils veulent leur indépendance totale au lieu d’une indépendance partielle, étriquée. Cela n’est possible qu’au moyen de l’application de la Chari’a.

La Chari’a est un facteur d’indépendance dans la mesure où elle procède de Dieu, ayant un caractère neutre, exempte de passions, de tendances, d’idéologies et de cultures humaines. Dépendre de Dieu, c’est la vraie liberté, toute autre liberté en dehors de la soumission à Dieu n’est en réalité que servitude.

La Chari’a est un élément de stabilité et de paix qui permet aux musulmans de s’épanouir, de vivre en harmonie avec eux-mêmes, avec Dieu et avec les autres.

En sus des règles de conduite morale et juridique qu’elle leur offre, ils y trouvent d’autres ressources quant à leur manière de vivre et de se comporter dans tous les domaines. Elle permet d’assurer l’équilibre entre les droits et les devoirs, favorise le progrès et le développement, incite à l’effort de recherche et de production, au travail, au savoir et à la bienfaisance.

Elle fait régner la justice, l’ordre et la sécurité de sorte que la criminalité, la délinquance, la toxicomanie, la corruption finissent par disparaître.

Elle crée une atmosphère de spiritualité où se développent les vertus de l’altruisme, de la solidarité et de l’entraide sociales. Elle contribuera à édifier une véritable société de croyants active. Les bonnes mœurs, la piété, la droiture et l’honnêteté seront les traits caractéristiques de la vie sociale sous l’empire de la Chari’a.

Elle réduit le mal à néant, celui-ci n’aura point de prise sur les gens là où elle s’applique. Elle enseigne la bonté et la bienveillance, inculque la crainte de Dieu de manière à en faire un critère, une ligne de conduite dans les relations humaines. Ces valeurs seront doucement introduites dans les mœurs sans contrainte ni oppression, contrairement à ce que l’on veut faire croire.

En bref, les bienfaits de la Chari’a sur le plan spirituel, économique et social sont innombrables. S’ajoute à cela une immense faveur en ce sens que Dieu leur a promis de leur ouvrir les portes de Sa Miséricorde, de les combler de Ses Bienfaits :

« Si les habitants des cités avaient cru et avaient été pieux, Nous leur aurions certainement accordé des bénédictions du ciel et de la terre. Mais ils ont crié au mensonge. Nous les avons emportés à cause de leurs mauvaises actions. » Coran 7.96

« Et s’ils se maintenaient dans la bonne direction, Nous les aurions abreuvés, certes d’une eau abondante. » Coran 72.16

La Chari’a et les non-musulmans

En quoi cette situation pourrait nuire aux non-musulmans ? Bien au contraire, ils doivent se réjouir d’avoir affaire à des gens remplis de bonté et de bienveillance. A moins que les opposants soient des malfrats ou des criminels trouvant leur plaisir dans les ténèbres et les eaux troubles pour continuer leur sale besogne.

La Chari’a garantit aux non-musulmans leurs droits et leurs libertés sur tous les plans. Faute d’espace, on se contentera de mentionner sans développements quelques exemples de droits et de libertés garantis à ces derniers.

On peut affirmer sans risque de se tromper que les non-musulmans ont plus de droits et moins d’obligations que les musulmans eux-mêmes. Il existe de nombreux cas dans l’histoire politique de l’Islam où des non-musulmans ont occupé des hautes fonctions au sein de l’Etat. Le premier ambassadeur du Prophète au Négus d’Abyssinie était le Chrétien Amr Ibn Umayya Ad-Damri.

Le second Calife Umar ibn al-Khattab, nomma un Chrétien grec comme comptable principal de Médine. D’illustres juristes comme al-Mâwardi et Abû Yala al-Farrâ, n’ont pas hésité à appuyer l’opinion selon laquelle « la loi permet au Calife de nommer des ressortissants non-musulmans comme ministres ou comme membres des Conseils Exécutifs. »

Arnold rapporte de nombreux exemples de Chrétiens et de Juifs nommés par les Califes en tant que gouverneurs, secrétaires d’Etat ou même premiers ministres. (The Preaching of Islam, pp.63-65)

Les non-musulmans ont le droit de voter et d’être membres du parlement. La Chari’a leur garantit l’enseignement de leurs langues, le développement de leur culture et le respect de leurs religions.

D’après Ibn Hishâm, Bayt al-Midrâs était un centre d’éducation actif pour les juifs de Médine. Le Prophète avait coutume de s’y rendre pour répondre à de nombreuses questions sur l’Islam. Lorsqu’on lui amena un homme et une femme juifs dans un cas d’adultère, il demanda aux rabbins de Bayt al-Midrâs de consulter la Torah quant à la punition applicable en pareils cas.

Il faut signaler que la Chari’a est le seul code juridique à avoir prescrit une autonomie juridique totale pour ce qu’on appelle aujourd’hui ‘‘les minorités’’. Ainsi que l’écrit A. von Kremer : « Les communautés non musulmanes bénéficiaient d’une autonomie quasi totale, car le gouvernement plaçait entre leurs mains la gestion indépendante de leurs affaires internes, et leurs chefs religieux exerçaient les fonctions juridiques dans les cas ne concernant que leurs coreligionnaires. »[3]

Partant du principe du respect de la dignité humaine, compte tenu du fait que l’inviolabilité de la personne humaine est le fondement de la justice que Dieu exige pour tous les êtres humains, la Chari’a garantit à tous les citoyens, qu’ils soient musulmans ou non-musulmans, la liberté d’opinion, orale et écrite, la liberté de culte, la liberté d’association, la liberté de manifestation, la liberté de choix d’une profession, la liberté de création d’un mouvement ou un parti politique, le droit à l’opposition. La différence d’opinion est décrite dans le Coran comme un trait constant de la vie humaine et même comme un but de la Création :

« Et si ton Seigneur l’avait voulu, Il aurait certes fait de l’humanité une seule nation. Or, ils sont en divergence continuelle, sauf ceux auxquels Dieu fait miséricorde ; et c’est pour cela qu’Il les a créés. » Coran 11.118-119

La chari’a et le droit d’asile

La Chari’a reconnaît et accorde le droit d’asile à toute personne opprimée ou persécutée à cause de ses convictions religieuse et politique. Ce droit est garanti à tout homme sans discrimination de race, de religion, de nationalité, de couleur ou de sexe et sans tenir compte des considérations politiques.

Une des caractéristiques essentielles de la Chari’a est la reconnaissance de l’autonomie juridique aux non-musulmans. Ils peuvent s’ils le désirent se faire régir par leurs propres lois, sauf en ce qui concerne l’ordre public que chaque citoyen doit respecter.

En dehors de cela, ils ont le choix entre les lois de la Chari’a et leurs propres lois, devant le juge musulman ou devant leur juge particulier. A l’égard des non-musulmans, la Chari’a n’interdit pas les choses permises par leurs religions respectives. Par exemple : le porc et les boissons alcoolisées.

La jizya est un impôt payé par les non-musulmans de la même manière que les musulmans payent la zakât. Le montant de cette dernière est beaucoup plus élevé que la jizya. Compte tenu du fait que l’Etat les protège contre les agressions alors qu’ils sont dispensés du service militaire obligatoire, ils payent la Jizya au titre de cette dispense et de cette protection.

C’est pourquoi la jizya est appelée ‘‘l’impôt de protection’’. Les femmes, les enfants, les pauvres, les moines et tous ceux qui n’en ont pas les moyens sont exemptés du payement de la jizya. En outre, les ressortissants non musulmans qui font faillite sont non seulement exemptés de la jizya, mais ils ont droit à une subvention du Trésor Public. D’aucuns pensent à tort que la jizya serait une punition pour ceux qui ne croient pas à l’Islam. Il ne peut jamais en être ainsi pour la simple raison que la punition serait contraire au verset : « Pas de contrainte en religion. » Coran 2.256

A ce sujet, Thomas Arnold a écrit : « Cette taxe n’était pas imposée aux Chrétiens, comme certains voudraient nous le faire croire, en punition de leurs refus d’accepter la loi musulmane, mais ils la payaient , de même que les autres dhimmî ou ressortissants non musulmans de l’Etat dont la religion empêchait qu’ils fassent partie de l’armée, en échange de la protection que leur assuraient les armes des Musulmans. Lorsque la population de Hirah versa la somme convenue, ce fut en mentionnant expressément que cette jizya était payée à condition que ‘‘les Musulmans et leur chef nous protègent contre ceux qui voudraient nous opprimer, qu’ils soient musulmans ou autres.’’ Dans le traité conclu par Khâlid avec certaines villes des environs de Hirah, il écrit encore : ‘‘Si nous vous protégeons, la jizya nous est due ; dans le cas contraire, elle n’est pas due. »[4]

Chapitre 2- La Chari’a : une immunité universelle

Notre époque est celle de tous les maux : le sida, la drogue, la criminalité, la corruption, les vols, les viols, les sectes, les suicides, la mafia, les guerres, les massacres et j’en passe. Les tragédies se comptent par milliers chaque jour. Les mots macabre, sanglant, dramatique, meurtrier deviennent les épithètes et les attributs de presque tous les événements, de tous les sujets d’actualité .

Le continent africain semble le plus affecté par ces fléaux. En Ouganda, on vient de découvrir plus de mille cadavres, poussés au suicide ou assassinés, parmi les adeptes de la secte des dix commandements. Le banditisme au Cameroun terrorise la population, s’amplifiant de jour en jour, utilisant des procédés nouveaux et gagnant des espaces nouveaux...

Les guerres fratricides sont toujours d’actualité au Rwanda, au Burundi, en RDC ex-Zaïre, en Angola, en Ethiopie, en Erytrée, au Soudan, etc. L’Afrique du Sud détient le record de criminalité parmi la centaine de pays recensés par Interpol. 70 personnes sont assassinées chaque jour. Un million de femmes sont violées chaque année ! 75% des femmes noires sont victimes de viol. Un cambriolage chaque minute. Dans la seule région de Johannesburg, on enregistre 36 agressions par jour, blessant ou tuant un automobiliste au volant de sa voiture.

Pourtant, force est de constater que certains pays musulmans, précisément ceux qui appliquent la Chari’a, sont peu ou pas touchés par ces calamités. D’une manière générale, les pays musulmans sont relativement moins atteints que les autres pays.

Et dans le monde musulman, les situations ne sont pas les mêmes non plus. On peut facilement percevoir la différence entre les pays qui appliquent la Chari’a et d’autres pays laïcs comme l’Algérie et la Turquie ; entre l’Iran au temps du Shah et l’Iran aujourd’hui.

Il est difficile de faire croire qu’il existe des pays où les bijoutiers et les commerçants n’éprouvent même pas le besoin de baisser les rideaux de leurs boutiques quand ils vont prier à la mosquée.

Cela est pourtant vrai en Iran et en Arabie Saoudite.

Au vu de ce constat, il est permis de proclamer haut et fort que la Chari’a est l’immunité contre ces maux, le meilleur remède et l’unique solution. L’efficacité de la Chari’a tient au fait qu’elle allie la morale et l’autorité nécessaire au respect de cette morale. Sans la Chari’a, l’Islam est réduit à un simple code moral sans effets importants sur les comportements. La foi étant une notion abstraite, fluctuante, une affaire de minorité qui n’est pas donnée à tout le monde, par conséquent et surtout en l’absence d’éducation appropriée, la foi à elle seule ne peut garantir le respect des droits et des devoirs, soit des commandements divins.

Or, le recours à la loi est nécessaire, tant pour le respect de ces commandements que pour l’éducation de la multitude qui n’a pas la foi ou dont la foi est faible. Seulement, les lois humaines s’avèrent insuffisantes en matière d’éducation et de coercition . Alors que la loi divine a l’avantage d’éduquer, d’expier la faute, de racheter le pécheur, d’être mieux respectée, donc plus effective et plus dissuasive, de restaurer la foi et enfin d’inspirer confiance en raison de sa justesse. Comment ne pas faire confiance à des lois parfaites qui émanent de l’Etre parfait ?

La Chari’a : condition de l’équilibre sociale et individuelle

Il suffit de réfléchir un instant sur quelques-unes des dispositions de la Chari’a pour se rendre compte de son excellence, de sa justesse et de sa pertinence. Si notre époque souffre de déséquilibre, la Chari’a permet de rétablir l’équilibre dans tous les domaines. Le corps, l’esprit, l’individu, la famille, la société, chacun y trouve la satisfaction de ses besoins.

La Chari’a partage le bonheur et le chagrin de l’individu, de la famille et de la société.

Elle prend soin des personnes âgées, des malades, des handicapés, des veuves, des orphelins, des enfants de la rue, des émigrés, des sans-abri, et pourvoit à leurs besoins au nom d’une justice divine qui doit profiter à tous les membres de la communauté humaine. A cet égard, elle agit au nom de Dieu auquel appartiennent toutes les créatures.

Tous les êtres humains ont des droits égaux sur les ressources mises à leur disposition par leur Créateur. Son action ne s’inscrit pas dans le cadre étroit d’une entité étatique dominée par l’égoïsme et la passion.

Là, où de multiples facteurs d’ordre social, politique, racial, géographique entrent en compte dans les rapports entre gouvernants et gouvernés. En outre, son intervention au profit des nécessiteux et des gens en difficulté n’est pas une simple faveur accordée au gré des circonstances, mais un acte obligatoire et un devoir de justice consistant à attribuer à chacun ses droits.

Le bénéfice de ces droits n’est soumis à aucune condition. Sur ce point, les partisans et les adversaires de la Chari’a sont placés sur un pied d’égalité, tous ont les mêmes droits, bien qu’ils n’aient pas les mêmes devoirs.

La justice divine veut que même les mécréants, les polythéistes et les idolâtres profitent des largesses de leur Créateur. La justice de la Chari’a embrasse tout le genre humain, toutes les activités et tous les aspects de la vie. Avant d’imposer les devoirs, elle distribue les droits.

Elle est au-dessus des partis et des systèmes et partant, à l’abri de leurs manipulations et de leurs influences. Les abus de pouvoir sont sévèrement sanctionnés par la Chari’a.

Sa rigueur est telle qu’elle ne fait guère de cadeau aux dirigeants. Au regard de la Chari’a, l’Administration est seule responsable des délits et des fautes occasionnés par ses manquements et ses insuffisances et c’est elle qui doit réparer les dommages causés.

Si nous prenons comme exemple le cas de la mendicité, nous constatons que malgré son interdiction, elle demeure non punissable tant qu’il ne soit pas procédé à la réinsertion sociale des mendiants ainsi qu’à la satisfaction de leurs besoins.

On peut citer un autre exemple dans le domaine du commerce : la Chari’a s’abstient de réprimer toute espèce de fraude imputable à une pénurie générée par un système économique défaillant.

En conséquence, elle se fait un devoir de changer le système. En matière pénale, la Chari’a se désiste en faveur de la victime dans bon nombre de cas. Tout en privilégiant la réconciliation et le pardon, elle se borne à exécuter la volonté, la décision de la victime. Cette dernière serait en quelque sorte le juge de son agresseur. Ainsi, cette position de force réservée au faible l’amène souvent à pencher pour le pardon plutôt que pour la vengeance.

Chapitre 3- La Chari’a : ses avantages social et politique

Dieu a fait de la soumission à Ses lois une condition sine qua non de la foi en Lui. Le qualificatif de croyant ne s’applique qu’à celui ou à ceux qui acceptent volontiers d’être régis par la loi de Dieu et qui l’appliquent (Coran 4.65 ; 5.44, 45, 47).

En effet, si nous croyons sincèrement en Dieu, si nous sommes convaincus de Sa Toute-Puissance, de Sa Grandeur, de Sa Justice, de Son Infaillibilité, nous devons indiscutablement mettre en pratique Ses lois.

Car le Créateur connaît mieux que quiconque ce qui convient à Ses créatures. Tel le fabricant d’une machine qui connaît mieux que tout autre le mode d’entretien, de fonctionnement, les mécanismes et les conditions de durabilité de son produit.

Nous avons des preuves visibles et palpables -et les savants sont persuadés- que Dieu a créé toute chose dans la perfection. Chacun de nous peut constater cette perfection dans la création et les créatures : humaines, animales et végétales.

En particulier, dans l’harmonie des systèmes cosmiques où toutes les choses fonctionnent dans l’ordre et selon des lois parfaites. Les galaxies, le soleil, la lune, les étoiles, tous les corps célestes obéissent à des lois immuables sans le moindre défaut.

Ces lois infaillibles qui régissent l’univers sont les mêmes que celles que Dieu a établies pour régir les sociétés humaines. L’homme fait partie intégrante de l’Univers. Il constitue un élément de ce grand ensemble cosmique dont la loi divine est la force qui assure l’unité, la cohésion et la régularité du fonctionnement.

La Chari’a définit les rapports entre l’homme et ses semblables, l’homme et Son Créateur, l’homme et son environnement. Elle consiste en des règles qui régissent ces rapports de manière à assurer l’équilibre et l’harmonie nécessaires au maintien de la vie et à la sauvegarde des espèces.

L’homme, la planète, le système solaire, la galaxie sont les rouages d’un mécanisme géant, faisant lui-même partie d’un mécanisme plus immense ; le tout forme un ensemble d’éléments structurés et interdépendants de sorte que la défaillance ou la déviation d’un seul élément peut détraquer tout le système.

La terre ne peut dévier de sa trajectoire ni changer sa vitesse de rotation.

Le soleil ne peut réduire la quantité d’énergie qu’il fournit à la terre. Ce serait le désordre.

En reniant la Chari’a, l’homme s’aventure à renier sa propre nature, Son Créateur et l’univers qui le contient. N’est-il pas absurde, voire dangereux de se renier et de renier le milieu où l’on vit et dont il est impossible de se séparer ?. Qui plus est, les lois de Dieu sont conçues par la Justice et pour la Justice.

Il ne peut y avoir, en tout cas, de lois meilleures ni de justice meilleure. Quelle puissance serait-elle capable d’égaler Dieu dans la science, la création et la perfection ?

Absolument aucune ! Alors pourquoi ne pas accepter Ses lois ? Autant sortir de l’Univers et créer un nouvel espace indépendant ! L’expérience montre et chacun de nous peut constater que la dérive de l’humanité a pour cause sa désobéissance aux lois divines. Le désordre, les guerres, la famine, le chaos, les épidémies, les fléaux dévastateurs, les cataclysmes sont les conséquences logiques de notre rébellion.

Le rejet des lois divines par les négateurs s’explique certes par leur incroyance, étant entendu que les preuves en question n’emportent pas leur conviction, soit ! Libre à eux de penser ce qu’ils veulent, ils n’ont de compte à rendre qu’à Dieu.

En revanche, rien ne justifie ce rejet par ceux qui se disent croyants. C’est le cas des musulmans qui n’appliquent pas les prescriptions du Coran.

C’est aussi le cas des Juifs et des Chrétiens qui n’appliquent pas les prescriptions de la Torah et de l’Evangile. Pire, ces derniers s’évertuent à empêcher les musulmans d’appliquer la Chari’a.

Ils se rebellent contre Dieu et s’efforcent d’entraîner les autres dans leur rébellion, faisant ainsi le jeu de Satan : « Ils aimeraient que vous soyez mécréants tout comme ils sont mécréants : alors vous seriez tous égaux » Coran 4.89

Revendications légitimes

Les revendications des musulmans relatives à l’application de la Chari’a sont à tous points de vues légitimes. S’agissant d’un droit naturel portant sur une question de foi et de conviction, ils n’ont pas à tergiverser là-dessus ni à justifier leurs revendications. Ils veulent être des croyants entiers, vivre pleinement leur foi.

On constate malheureusement que le mot Chari’a évoque chez beaucoup de gens, ignorants ou malintentionnés, l’amputation de la main du voleur ou la flagellation du fornicateur, comme si toute la Chari’a se réduit purement et spécifiquement à un épouvantable dispositif pénal. En réalité, c’est faux parce que l’aspect pénal en cause est pratiquement le dernier souci de la Chari’a.

L’histoire témoigne qu’en dix siècles de règne islamique, cette sanction ne fut appliquée que six fois sous l’empire de l’Etat ottoman, ce qui prouve que la Chari’a n’est pas faite uniquement pour couper la main du voleur.

Il est vrai qu’elle a un pouvoir de dissuasion efficace, mais elle le tient de sa respectabilité liée à son caractère sacré et aussi de ses vertus éducatrices. Pour preuve : le Calife Abû Bakr désigna Umar ibn al-Khattab comme juge à Médine.

Ce dernier a chômé toute l’année, il ne reçut ni plainte, ni plaignant si bien qu’il se sentit inutile et démissionna. Lorsque le Calife l’interrogea sur les raisons de sa démission, il lui dit : une société de croyants comme celle-ci n’a pas besoin de juge :

‘‘chacun d’eux connaissant son droit n’en a pas réclamé plus, et connaissant son devoir n’a pas failli à son accomplissement. Chacun d’eux a aimé pour son frère ce qu’il aime pour lui-même ; lorsque l’un d’eux s’absente, ils s’enquièrent de lui, s’il tombe malade ils lui rendent visite, s’il est dans le besoin ils lui viennent en aide, s’il est éprouvé ils le consolent. Leur religion est le conseil sincère, et leurs mœurs : l’incitation au bien et l’interdiction du mal, pourquoi se disputent-ils ?’’ C’est cette culture et ces valeurs morales que la Chari’a s’attache à enseigner et à promouvoir avant toute autre préoccupation.

De plus, la Chari’a est inégalable en fait de clémence, elle porte l’empreinte de la miséricorde divine. Elle ne doit s’appliquer en matière pénale que dans des conditions où tous les besoins seraient satisfaits.

C’est pour cette raison qu’elle ne s’applique pas à ceux qui ont été poussés à l’infraction par la précarité, la faim, le besoin ou la souffrance, contrairement aux systèmes actuels qui pénalisent les petits larcins de fruits ou de volailles, tout en fermant les yeux sur les détournements de deniers, de biens et de matériels dont le montant en dollars peut atteindre des millions et des milliards.

Au regard de la Chari’a, l’égalité devant la loi est un principe sacré et inviolable. Le préfet et le planton, le ministre et son domestique, le chef de l’Etat et le plombier, devraient tous comparaître, si besoin est, devant le même tribunal et subir la même loi, au nom d’une justice divine qui s’applique à tous, sans passe-droit ni favoritisme ni discrimination.

La Chari’a permet également de résoudre de multiples problèmes sur le plan économique et social. La gratuité de l’enseignement est l’une des priorités de la Chari’a, dans une perspective de lutte contre l’ignorance et l’analphabétisme. Grâce à des méthodes d’enseignement et d’éducation appropriées, elle favorise l’intégration et l’unité de la communauté.

Or, une communauté unie est une communauté où se développent des relations intenses de fraternité et de solidarité sociale.

La Chari’a, facteur de bonne gouvernance

Les fonctions publiques, notamment les plus importantes, seront attribuées selon des critères d’intégrité et de compétence, ce qui contribue à accroître le rendement et réduire la corruption, le vol, le gaspillage et la mauvaise gestion. Le caractère religieux de la loi ainsi que sa rigueur et sa justesse contribuent à raffermir son autorité, donc sa respectabilité.

La bonne gestion des affaires de l’Etat, le sérieux, l’honnêteté des fonctionnaires et des responsables exercent une influence très favorable sur la population. Le gouverné est l’image du gouvernant ; et réciproquement.

Dès lors, les rapports entre gouvernants et gouvernés seront des rapports de sincérité et de confiance, et non point des rapports d’hostilité et de défiance comme c’est le cas de la plupart des pays aujourd’hui.

La confiance qui s’établit entre l’administration et les administrés comporte des avantages multiples. Les gens seront enclins au travail, à l’effort, au sérieux, plutôt qu’à l’oisiveté, à la fraude et à la délinquance.

Celui qui aura des impôts ou des taxes à payer n’attendra plus la visite ou l’avertissement du percepteur. Il payera de plein gré, poussé par le sentiment d’accomplir un devoir envers Dieu.

L’entrepreneur, le maçon, l’ouvrier, l’employé de bureau, chacun accomplit son devoir de manière sincère. De même que la pratique de la justice renforce cette confiance, réconforte les gens et cultive en eux le sens du devoir et de la justice.

La Zakât coulera à flots, compte tenu de son caractère religieux d’une part, et du fait qu’elle est versée entre de bonnes mains, d’autre part.

Sans compter les dons et les œuvres de bienfaisance qui se multiplient automatiquement dans une atmosphère sociale pareille, le système de prêt sans intérêts permettra d’encourager l’activité, de créer des emplois nouveaux et ainsi progressivement tout le monde se met au travail, le savoir se répand, les mentalités évoluent, le pays se développe, l’Etat et le peuple s’enrichissent tant sur le plan matériel que spirituel.

La Chari’a : Justice absolue

La Justice de la Chari’a prend sa source de la Justice divine. Allah, par Sa science infinie, sait mieux que quiconque comment et avec quel moyen se réalise la justice absolue. Gloire à Lui, Il est le Seigneur de tous et le Dieu de tous,

Il est donc mieux placé pour appliquer et distribuer cette justice à tous, sans faiblesse ni passion ni oubli ni ignorance ni discrimination. Aucune législation humaine n’est parfaite en raison de l’ignorance, des faiblesses, des sensibilités et des passions des hommes qui l’édictent.

En outre, ces législations sont instables, elles varient en fonction des générations, des circonstances, des idéologies, des sensibilités et des opinions humaines. De ce fait, elles sont déficientes et lacunaires. L’instabilité et la déficience contribuent à dévaloriser ces lois et à réduire par voie de conséquence leur efficacité. Tandis que les lois de Dieu sont universelles et immuables. Certaines de ses règles sont dotées d’une souplesse qui leur permet de s’adapter à tout milieu et à toute époque.

Elles sont parfaites en raison de la Perfection de leur Auteur et de sa connaissance illimitée de tout ce qui existe dans le passé, le présent et le futur.

La Chari’a vise à instaurer la justice à tous les niveaux et dans tous les domaines. Elle garantit l’équité dans les rapports sociaux, le respect des droits et de la justice sans considération de couleur, de race, de religion, de langue, d’opinion ou de toute autre situation.

Une justice qui traite de la même façon les riches et les pauvres, les gouvernants et les gouvernés, les blancs et les noirs, les étrangers et les nationaux, les patrons et les employés, les musulmans et les non-musulmans. Une justice où l’inimitié, la haine et la rancune ne doivent pas entrer en compte.

Il n’y a point de doute qu’une justice pareille n’existe nulle part dans le monde :

« ô vous qui croyez ! Soyez fermes comme témoins devant Dieu en pratiquant la justice. Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à commettre des injustices. Soyez justes ! La justice est proche de la piété. » Coran 5.8

Cela signifie que l’animosité, la haine ou le complexe de supériorité ne doivent pas servir de motif de vengeance, de déni de droit ou de justice.

De même que les liens de parenté ou d’amitié ne doivent pas influer sur l’impartialité du témoignage et la bonne justice :

« Soyez justes même s’il s’agit d’un proche parent » 6.52

« Observez strictement la justice et soyez des témoins véridiques comme Allah l’ordonne, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. Qu’il s’agisse d’un riche ou d’un pauvre, Allah a priorité sur eux deux. Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice. » 4.135

Cela implique la reconnaissance de son tort, de sa culpabilité ou celle de son ami ou de son proche, quelles qu’en soient les conséquences.

Dans la vie, il y a une minorité de riches et une majorité de pauvres. Dieu a prescrit que les riches doivent donner une partie de leurs biens aux pauvres. Cette quote-part dans les biens des riches revient de droit aux pauvres.

Il s’agit d’une solidarité obligatoire tendant à faire reculer la pauvreté qui pourrait mettre en danger la sécurité et la fortune des riches. Un des objectifs de la Chari’a est d’écarter tout ce qui pourrait représenter une menace pour la paix et la sécurité parmi les hommes.

Chapitre 4- La Chari’a : Obligation à caractère impératif

Indépendamment des avantages matériels et spirituels cités plus haut, l’application de la Chari’a est une obligation fondamentale pour les musulmans. Gouvernants et gouvernés, s’ils n’appliquent pas la Chari’a, ils perdent auprès de Dieu la qualité de musulmans.

On peut se dispenser de certaines pratiques cultuelles comme le pèlerinage en cas d’incapacité ou d’empêchement, de même qu’on peut abréger la prière en cas de voyage ou rompre le jeûne en cas de maladie, mais la soumission des musulmans à la Charia et sa mise en application par les détenteurs de l’autorité découlent de dispositions impératives auxquelles on ne peut déroger sans mettre en cause sa qualité de croyant et de musulman.

Allah qualifie de mécréants, d’injustes et de pervers ceux qui ne mettent pas en pratique les lois qu’Il a fait descendre. Ces trois qualificatifs : mécréants, injustes, pervers, rendent compte de la gravité de la situation.

Ils démontrent qu’il s’agit d’une rébellion planétaire contre Dieu, d’où le risque d’une riposte par un cataclysme planétaire.

D’ailleurs, c’est le seul cas de figure où le Coran applique trois qualificatifs réunis ; il n’existe aucun crime ni aucun péché ni aucun sacrilège ni aucune offense dont le ou les auteurs ont été qualifiés ainsi.

Alors qu’un seul qualificatif rend le coupable passible du châtiment éternel de l’Enfer, sans compter le malheur qui pourrait lui arriver ici-bas.

Ne pas appliquer les lois de Dieu équivaut à ne pas reconnaître Sa Divinité. Si nous comparons cette situation aux traditions et aux règles de discipline humaines, nous constatons que la moindre désobéissance à l’ordre ou à l’instruction d’un supérieur entraînerait des sanctions graves, parfois l’éviction du groupe ou du corps constitué.

L’existence même de l’humanité peut être mise en danger à cause de cette désobéissance parce qu’elle accentue le déséquilibre au détriment de la foi et de la vertu. Étant donné que le maintien de la vie nécessite au moins un minimum d’équilibre entre le vice et la vertu, entre la foi et la négation, bref entre le bien et le mal, faute de quoi, la vie cesserait d’exister. Autrement dit, si toute l’humanité basculait dans l’incroyance, Dieu mettrait fin à son existence.

Parce que le principe de vérité ‘‘haq’’ qui fut à l’origine de la création des cieux et de la terre n’aurait plus sa raison d’être. Ainsi une mondialisation de la négation pourrait entraîner une mondialisation du châtiment.

C’est pourquoi le Prophète Mohammed a dit : « la fin du monde n’aura lieu que lorsqu’il n’y aura plus personne sur la terre pour confesser la divinité d’Allah ». Mais la confession de la divinité d’Allah n’est pas une simple proclamation verbale, elle doit être prouvée par la reconnaissance et l’application de Ses lois.

Cette désobéissance met donc les musulmans dans une situation de mécréance, en porte-à-faux avec leurs convictions et avec leur religion. Il est inconcevable d’adhérer à un système et d’enfreindre ses règles, de croire en Dieu et de rejeter Ses lois.

Dieu informe qu’Il n’a créé les Djinns (génies) et les humains que pour qu’ils l’adorent et que le pivot de cette adoration est l’obéissance à Ses lois.

Il informe également qu’Il a fait descendre des Livres contenant des lois et envoyé des Messagers avec des preuves évidentes pour que les gens établissent la justice sur la base de ces lois.

Il ordonne aux juifs d’appliquer les lois de la Torah, aux chrétiens d’appliquer les lois de l’Evangile et aux musulmans d’appliquer les lois du Coran (Coran S 5, V 44-47).

Il précise en outre qu’il n’y a point d’excuse en cela et qu’il s’agit ni plus ni moins d’une question de foi ou d’incroyance et qu’il n’y a guère de position intermédiaire entre les deux. Les croyants sont ceux qui appliquent les lois de Dieu strictement et sans hésitation ; en revanche, ceux qui ne les appliquent pas sont les mécréants, les injustes, les pervers.

Cette question est d’autant plus cruciale qu’elle concerne la Divinité et la Suprématie de Dieu. La reconnaissance de la Divinité de Dieu et de Sa prédominance sur Ses créatures implique la soumission à Ses lois. Or, l’insoumission est l’expression de la négation de Sa divinité et de Sa prédominance, d’où la sévérité des trois qualificatifs ci-dessus.

En effet, nul autre qu’Allah, Gloire à Lui, ne possède les attributs de la divinité et donc les mérites de l’obéissance. Il est le Créateur de l’homme et de l’Univers et Il a mis au service de l’homme tout ce qu’il y a dans les cieux et sur la terre. Il n’a pas d’associé dans la création, qui serait digne de partager avec lui ce respect et cette obéissance.

En tant que Créateur, Lui seul possède la pleine et entière propriété de ce qu’Il a créé, sans qu’il y ait l’ombre d’un doute sur l’existence d’un copropriétaire, qui serait en droit de se prévaloir d’une partie de ladite propriété.

Il est le Dispensateur de toutes nourritures, de tous bienfaits et de toutes grâces à Ses créatures. Personne ne peut se nourrir lui-même ni nourrir les autres indépendamment de Dieu. Personne ne peut fabriquer l’eau quand bien même nous en connaissons la composition : H2O.

Il dirige l’Univers et tout ce qu’il contient. Il veille sur le bon fonctionnement de cet Univers, sur l’équilibre de ses systèmes, le contrôle et la régulation de ses phénomènes. Les anges, les cieux, les galaxies, les astres, les planètes, tous sont soumis à Son Autorité et tous obéissent servilement à Ses ordres.

Étant donné que c’est Lui qui détient l’Autorité et le Pouvoir sur cette existence, Il est donc Seul digne de notre soumission et de notre obéissance qui doivent se traduire par l’application de Ses lois. Le contraire est le reniement pur et simple de toutes ces vérités, de tous ces pouvoirs et de tous ces attributs.

Ainsi, pour échapper au statut d’impie, il ne suffit pas d’appliquer la Chari’a, il faut accepter de plein gré le jugement qui en découle Sur ce point, les versets du Coran et les enseignements du Prophète (psl) sont formels et il n’y a pas de désaccord entre les savants et les exégètes sur leur interprétation.

Allah jure par Sa Majesté et Sa Gloire que la qualité de croyant dépend de la condition de se soumettre à la Chari’a et d’en accepter le jugement sans gêne ni murmure (Coran 4.65).

Dans son commentaire du Coran, Sayd Qotb en donne l’explication suivante : « Allah dit à la communauté musulmane : les Messagers ont été envoyés, non seulement pour transmettre et convaincre, mais pour être obéis par ordre de Dieu : ‘‘Nous n’avons envoyé de Messager que pour qu’il soit obéi, par la permission d’Allah’’. Et Il lui dit : Les gens ne seront pas d’abord croyants jusqu’à ce qu’ils aient recours à la Justice de Dieu, incarnée par le jugement du Prophète (psl) de son vivant et après lui- dans ses deux sources : le Coran et la Sunna.

Et il ne suffit pas de le prendre pour juge - pour qu’ils soient considérés comme croyants - il faut qu’ils acceptent son jugement volontiers et de plein gré. Et Il lui dit : ceux qui veulent recourir à la justice du taghût - c’est-à-dire à une législation autre que celle de Dieu - bien qu’ils prétendent avoir cru à ce qui a été révélé au Messager et à ce qui a été révélé avant lui, sont menteurs et leurs prétentions fausses.

‘‘N’as-tu pas vu ceux qui prétendent croire à ce qu’on a fait descendre vers toi et à ce qu’on a fait descendre avant toi ? Ils veulent prendre pour juge le taghût, alors que c’est en lui qu’on leur a commandé de ne pas croire. Mais le diable veut les égarer très loin dans l’égarement’’ .

Cheikh Abdullah Azzâm affirme aussi : « Quiconque refuse de recourir à la Chari’a d’Allah et lui préfère n’importe quelle autre législation ou associe à la législation d’Allah d’autres législations édictées par les hommes et leurs passions et quiconque accepte de remplacer la législation d’Allah par une autre loi, est sorti du cercle de l’Islam, rompant tout lien et acceptant d’en sortir mécréant. »

Faisant le commentaire de ce verset du Coran : « Quelles que soient vos divergences, le jugement appartient à Allah », Ibn Qathir affirme que ceux qui ne règlent pas leurs litiges et leurs contentieux sur la base du Coran et de la Sunna du prophète, ne croient pas en Allah et au Jour dernier. Le même exégète, dans son livre : le commencement et la fin, déclare : « Celui qui délaisse le Char’ (ensemble des lois divines) explicite, révélé au sceau des Prophètes, Mohammed ibn Abdullah et ose avoir recours à des législations abrogées, devient mécréant. »

Cheikh Ali Ben Hadj, dit : « Tout musulman ou gouvernant prétendant l’Islam ou se manifeste comme tel et qui ne s’en remet pas à la justice de la loi divine, ses actions ne pèsent aucun poids même s’il a fait la prière, jeûné et prétendu être musulman ; l’Islam, c’est des réalités et non des simples slogans avec lesquels on trompe les peuples musulmans pour éviter leur résistance et gagner leur satisfaction ». [5]

Dans le même ouvrage, l’auteur cite Mohammed Hamed al Faqyy (Fath al Majid p.406) qui dit : « Celui qui prend les dires des Francs pour des lois qu’il applique en matière de sang, de sexe (mariages et divorces) ou de biens, les préférant à ce qu’il a pu savoir du Livre d’Allah et de la Sunna de Son Messager (psl), est sans doute un mécréant et un apostat s’il y persiste et ne revient pas à la loi qu’Allah a fait descendre. Le titre et les oeuvres extérieures comme la prière, le jeûne, le pèlerinage et autres, ne lui seront d’aucune utilité. » [6],

Dans son livre : ‘l’Islam et nos situations juridiques’, le professeur juriste Abdelkader Aouda, écrit à la page 72 : « Celui qui refuse d’appliquer ce qu’Allah a fait descendre ou ne juge pas sur la base de la loi révélée ou qui fonde son recours sur une autre législation, est un mécréant, n’ayant pas dans son coeur un atome d’Islam, même s’il a un nom musulman, s’il est né de parents musulmans et se disant musulman. »

Le Professeur Hassan el-Hodhaïbi, écrit : « Et celui qui croit, après avoir reçu la vérité, que l’usage de la Chari’a d’Allah exalté dont l’application a été ordonnée par Allah exalté, est subordonné à l’autorisation d’une personne, d’une institution, d’un groupe ou d’une entité quelconque, a fait de ceux-ci des décideurs au-dessus Allah, leur pouvoir limite le pouvoir d’Allah.

Il a fait d’eux des associés à Allah, Allah est beaucoup plus Haut que cela... Et celui qui croit devoir recourir, après que la preuve lui eût été administrée, à une législation autre que la Chari’a d’Allah qui lui est parvenue, ou croit qu’il n’est pas obligatoire d’y recourir, même s’il ne fait rien, même si réellement il n’a pas eu recours à un jugement, il est tout de même associateur, mécréant, niant l’ordre d’Allah qui lui est parvenu. »[7]

Cheikh Chanqiti, assure : « Il ressort très clairement des textes que nous avons cités que ceux qui suivent les lois édictées par Satan, par la voix de ses acolytes, contrairement à ce qu’Allah a légiféré par la voix de Ses Messagers, paix et salut sur eux, il n’y a aucun doute sur leur mécréance et leur associationnisme, sauf celui auquel Allah a effacé la clairvoyance et aveuglé pour ne pas voir la lumière de la révélation comme eux. » [8]

Dans son livre ‘la laïcité (al-Almaniya) et ses mauvais fruits’ p.18, Mohamed Chaker Acharif écrit : « La laïcité dans ses deux aspects précédents est une impiété manifeste sans aucun doute ni soupçon et celui qui croit à n’importe lequel de ses aspects et l’accepte, est sorti de la religion de l’Islam, qu’Allah nous en protège...

Et les preuves légales sont très nombreuses sur l’évidence de l’impiété et de l’égarement de celui qui rejette une chose certaine, connue en tant qu’élément de la religion de l’Islam, serait-ce très minime.

Que dire donc de celui qui rejette toutes les dispositions de la Chari’a relatives à la conduite des affaires de ce monde - tel le cas des laïques- Celui qui le fait, il n’y a aucun doute sur son impiété. »

Le Mufti du Hijaz, Mohamed ibn Ibrahim déclare : « Il est impossible qu’Allah gloire à Lui qualifie d’impie celui qui juge avec des lois autres que celles qu’Allah a fait descendre et ne soit pas impie.. Il est absolument impie, soit une impiété d’action, soit une impiété de conviction.... »[9]

Rappelons enfin la réponse du prophète Mohammed (psl) à l’objection de Adyy ibn Hatim concernant ce verset du Coran :

« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Marie, comme seigneurs en dehors d’Allah, alors qu’on ne leur a commandé que d’adorer un Dieu unique. Pas de divinité à part Lui ! Gloire à Lui ! Il est au-dessus de ce qu’ils lui associent. » 9.31.

Ibn Qathir rapporte dans son commentaire que « le Prophète était en train de réciter ce verset lorsque Adyy ibn Hatim entra, portant une croix autour du cou, et dit : ‘‘Ils ne les ont pas adorés’’.

Le Prophète lui répondit : ‘‘le fait qu’ils leur ont obéi, alors qu’ils leur ont interdit ce qui est licite et permis ce qui est illicite, signifie qu’ils les ont adorés. Ce hadith étant en parfaite concordance avec un autre verset du Coran qui dit :

« Si vous leur obéissez, vous deviendrez certes des associateurs. » 6.121

A ce sujet, il existe de nombreux témoignages, mais le cadre de cet écrit ne permet pas de tout citer. Quoiqu’il ne soit nullement besoin de témoignage tant les versets du Coran sont clairs et sans équivoque.

Il en résulte que la non application de la Chari’a, plutôt la laïcité fait basculer les musulmans dans le camp de l’impiété si bien que leur prière et leur jeûne ne serviront à rien.

Comment peuvent-ils expliquer ou justifier cette situation ? La laïcité ne peut en aucun cas servir de motif légitime, pas plus que l’ignorance ne peut servir d’excuse aux mécréants ni la tentation satanique ne peut servir de prétexte au pécheur. Allah et Son Messager ont ordonné aux musulmans de combattre le ‘‘mounqar’’si minime soit-il. La laïcité est le comble du ‘‘mounqar’’.

Or leur soumission à la laïcité, en tant que système d’impiété, ne fait qu’aggraver leur situation.

Allah les interpellera ainsi : pourquoi n’avez-vous pas lutté pour que Ma Parole soit la plus haute ? Pourquoi avez-vous accepté des lois autres que les miennes ? Pourquoi vous êtes-vous soumis à un système d’impiété, d’incroyance ? N’avez-vous pas entendu Ma parole : « Si vous leur obéissez, vous deviendrez certes des associateurs » ?

Il est vrai, en plus, qu’une telle situation est caractéristique d’associationnisme dont la gravité n’est plus à démontrer :

« Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe quoi que ce soit. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. » Coran 4.48

Nous avons associé à Sa divinité une autre divinité, à Sa souveraineté une autre souveraineté, à Ses lois d’autres lois contraires qui permettent ce qui est illicite et interdisent ce qui est licite.

Il n’y rien dans le Coran ni dans la Sunna ni dans le consensus qui puisse justifier cette situation. Tous les savants sont unanimes pour dire que l’application de lois autres que les lois divines fait sortir de l’Islam à la mécréance.

Dieu enjoint aux musulmans d’ordonner le convenable et d’interdire le blâmable afin de faire primer Sa Parole, Ses lois et Sa justice, non seulement chez eux, mais partout ailleurs. Or, il est inconcevable d’admettre que, chez eux et dans leurs propres demeures, les lois de Dieu soient bafouées et Sa Parole méprisée, c’est-à-dire la plus basse et celle des mécréants la plus haute .

La profession de foi qui consiste dans cette déclaration solennelle : Il n’y a de Dieu qu’Allah entraîne nécessairement le refus de se soumettre à d’autres lois que les siennes, à toute divinité autre que celle d’Allah, à tout pouvoir en dehors du pouvoir d’Allah.

Une des exigences les plus élémentaires de la foi consiste à renier la négation de Dieu, ce qui implique en d’autres termes la négation de la négation et ainsi par un raisonnement mathématique, on aboutit à l’affirmation de la divinité de Dieu qui doit se traduire concrètement par la mise en oeuvre de la Chari’a. Rien ne justifie le silence des musulmans. Chaque minute qui passe de leur vie est une minute de mécréance ajoutée à leur passif...

Comment remédier à cette situation ?

La solution envisagée peut varier d’un pays à l’autre selon que les musulmans sont majoritaires ou minoritaires.

• En principe, dans les pays entièrement ou à majorité musulmans, le problème ne devrait guère se poser. La Chari’a doit être appliquée si l’on veut se mettre en conformité avec la volonté et les aspirations du peuple. Dès lors que le pouvoir soit dans ses trois composantes : exécutive, législative et judiciaire, l’émanation du peuple et au service du peuple, il n’y a aucune raison de ne pas agir conformément à la volonté du peuple qui en est la source et la raison d’être.

Il y va de la légitimité des dirigeants et des conditions même d’existence du pouvoir. Les musulmans ne doivent accorder leurs suffrages qu’à ceux qui adhèrent à leur projet de société et qui s’engagent à exécuter leur volonté par la mise en oeuvre de la Chari’a.

A cet effet, le vote est un moyen efficace pour changer la nature du régime ou l’orienter dans le sens de la volonté des électeurs. Si un coup de force venait empêcher la réalisation de cet objectif comme c’était le cas en Algérie et en Turquie, dans ces conditions il n’y aurait pas d’autre solution que le soulèvement, au demeurant le seul moyen de se disculper auprès de Dieu et d’éviter Son courroux.. En réalité, la révolte se justifie à plus d’un titre ; d’abord par la légitimité de défendre leur choix, leurs convictions et leur droit à l’autodétermination, ensuite par la nécessité de supprimer les obstacles qui s’opposent à la réalisation d’un tel projet vital qui traduit leurs aspirations les plus profondes.

• En revanche, dans les pays où les musulmans constituent une minorité, la solution doit être recherchée dans la création de juridictions autonomes chargées de juger les litiges entre musulmans sur la base de la Chari’a.

Dans un premier temps, elles auront à connaître des affaires relatives au mariage, au divorce, aux successions, en attendant que leurs compétences s’étendent progressivement à d’autres domaines.

Il convient de rappeler que le système de double juridiction s’est avéré très efficace durant la période coloniale, malgré les difficultés et les insuffisances davantage inhérentes au personnel de la justice qu’à l’institution elle-même.

Face à l’évolution des sociétés humaines, le monopartisme et son corollaire la centralisation, produit de la pensée unique des systèmes totalitaires sont en voie de disparition car inadaptés aux réalités sociales dont la prise en compte est une des exigences des libertés démocratiques.

Aujourd’hui, les Etats unitaires se rendent de plus en plus compte de l’utilité de la décentralisation pour satisfaire les aspirations des populations qui entendent prendre en mains leurs propres affaires et s’administrer elles-mêmes compte tenu de leur originalité, de leur culture, de leur histoire, de leur droit. La décentralisation tend de plus en plus à s’amplifier du fait qu’elle se révèle la plus efficace et la mieux adaptée aux aspirations des masses.

L’institution de juridictions de droit musulman doit s’inscrire dans le cadre d’une large décentralisation judiciaire, à l’exemple de la décentralisation administrative, étant donné que la justice, plus que tout autre service public, s’accommode mieux de l’autonomie qui constitue l’un de ses fondements essentiels.

Des juridictions de première instance doivent être instituées au niveau de chaque région ou province dans le cadre d’une décentralisation complète qui permettrait, à l’instar de l’autogestion administrative, une autogestion judiciaire.

Une juridiction d’appel doit avoir pour siège la capitale. Afin de conserver leur indépendance, les juges doivent être élus par la communauté du ressort de chaque juridiction pour une durée déterminée. Ces magistrats doivent être assistés par des conseillers choisis parmi les intellectuels et les personnes compétentes ayant un niveau suffisant en droit et en jurisprudence islamiques.

Dans le souci de renforcer leur indépendance, la rémunération des magistrats doit être à la charge de la communauté .

Sans doute, la satisfaction de ces revendications ne va pas de soi ; elle nécessite des efforts de la part de la communauté consistant à faire pression sur le pouvoir pour se faire entendre..

Pour commencer, il faudra adresser aux pouvoirs publics une pétition collective qui fera l’objet d’une large médiatisation. Le projet et la pétition doivent être portés à la connaissance des fidèles lors de la prière du vendredi.

Cette pétition doit être suivie d’une campagne d’explication et de débats dans des meetings, des conférences, des réunions au niveau des associations et autres structures. A défaut de réponse, on passe à l’étape suivante.

La deuxième étape devra connaître la naissance d’un mouvement de protestation regroupant les associations, les syndicats, les foules de fidèles comprenant élèves et étudiants, commerçants, ouvriers, hommes, femmes et enfants des villes et des campagnes.

Ce mouvement devra organiser, sous la conduite d’un collectif composé de personnalités notables parmi les responsables des associations et autres dignitaires de la communauté, des marches et des manifestations pacifiques sans barricades et sans violence pour appuyer la revendication.

Les femmes et les enfants devront entreprendre des marches séparées. Plus la mobilisation sera importante, plus fortes seront les chances d’aboutir.

Une troisième étape devra être marquée par les sit-in sur les places publiques, puis les grèves sectorielles et à courte durée.

Une quatrième étape verra entamer les grèves générales et prolongées.

La cinquième étape sera celle de la désobéissance civile : organiser des opérations ville morte, boycotter les services de l’Etat, les cérémonies officielles, les élections, etc. Chaque action doit faire l’objet d’une large médiatisation.

Une sixième étape connaîtra la création de juridictions de fait au sein de la communauté ; cette initiative mettra les pouvoirs publics devant le fait accompli et les contraindra à les entériner.

Conclusion

Cet exposé est loin d’être exhaustif. Il a seulement pour but de rappeler aux musulmans la gravité de la situation qui est la leur.

Certains d’entre eux, hantés par la peur et l’hypocrisie, d’autres ayant des relations d’intérêts avec le pouvoir, cherchent des faux-fuyants et des prétextes fallacieux pour se dérober à leur devoir d’ordonner le bien et de combattre le mal, ignorant que Dieu connaît le fin fond de leurs intentions. Ils attendent qu’ils connaissent d’abord l’Islam ou la prière avant de s’engager dans le combat. Rappelons à leur intention que personne ne connaît entièrement l’Islam, y compris les compagnons du Prophète (psl) qui, de leurs propres aveux, ne connaissaient pas tous les hadiths.

Le Prophète (psl) et ses compagnons n’avaient pas attendu la fin de la révélation du Coran pour combattre. A la première bataille de Badr, le Coran n’était révélé qu’à moitié ou un peu plus de la moitié. Il est important de noter ceci :

D’une part, l’amour du bien et l’aversion pour le mal sont des qualités naturelles de l’homme. Il n’est même pas besoin d’être musulman pour combattre le mal ; beaucoup de non-musulmans ont accompli et continuent à accomplir ce devoir tout simplement parce qu’ils ont une nature saine, qui n’est souillée ni par la peur ni par l’hypocrisie.

D’autre part, il n’y a aucun verset du Coran ni un hadith du prophète qui autorise cette attente, ou qui soumet ce devoir sacré à une condition quelconque. Il se pourrait que les attentistes passeront toute leur vie à apprendre sans atteindre l’objectif qu’ils recherchent. Ils est possible également que le mal qu’ils se complaisent à laisser sévir sans le combattre, soit lui-même l’obstacle à la réalisation de leurs rêves.

Et ils mourront dans l’hypocrisie. Puis ils tomberont sous le coup de ce verset :

« Les hypocrites seront certes au plus bas fond du Feu, et tu ne leur trouveras jamais de secoureur. » Coran 4.145

Cet écrit se veut être une preuve et il n’a été rédigé que dans le souci d’accomplir le devoir de transmission.

Le combat qu’il préconise est un combat politique, donc plus facile et moins risqué que le Jihad de la lutte armée. Un combat qui s’inscrit dans le cadre de la lutte pour le bien (ma’rouf) et contre le mal (mounqar).

L’application de la Chari’a étant le sommet du ma’rouf. La laïcité est le comble du mounqar. Espérons qu’on ne vas pas trouver encore des échappatoires.

Au moment où les homosexuels multiplient sans vergogne les parades et les manifestations afin d’obtenir plus de droits comme ils ont obtenu la loi sur le Pacte civil de solidarité (Pacs), les musulmans rechignent toujours à manifester non seulement pour leurs droits les plus sacrés et les plus naturels mais aussi pour ce qui constitue leur fierté et leur honneur.

Par leur absence permanente, les musulmans déshonorent la vérité et la laissent seule et sans défense dans son combat contre le faux.

Les alliés de Satan n’ont pas peur et ceux qui se réclament alliés d’Allah continuent d’être habités par la peur. C’est absurde ! Il s’agit d’une question fondamentale et de grande importance. Pour preuve, je me contente de citer quelques versets et quelques hadiths à ce sujet.

« Formez une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable. Ce sont eux qui réussissent. » Coran 3.104

« Vous formez la meilleure communauté que Dieu ait suscitée pour les hommes, vous ordonnez le convenable, vous interdisez le blâmable , vous croyez en Dieu. » Coran 3.110

« Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. » Coran 9.71

« Nous sauvâmes ceux qui interdisaient le mal et Nous frappâmes les injustes d’un châtiment douloureux pour leurs actes pervers. » Coran 7.165

« Qui s’inclinent, qui se prosternent, qui ordonnent le convenable, qui interdisent le blâmable et qui observent les lois d’Allah. » Coran 9.112

« ô mon enfant, accomplis la prière, ordonne le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute entreprise. » Coran 31.17

« Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur nos sentiers. Allah est en vérité avec les bienfaisants. » Coran 29.69

« Quiconque est témoin d’un mounqar (mal quelconque) doit le combattre de ses mains ; s’il ne le peut, par la parole ; et si cela lui est encore impossible, en son for intérieur, et c’est le minimum qu’exige la foi. » Hadith rapporté par Abû Saïd al-Khudri, cité par Muslim

« Chacun des Prophètes que Dieu a envoyés avant moi a trouvé au sein de son peuple des apôtres et des compagnons qui pratiquaient sa sunna et se conformaient à ses ordres ; puis leur succédèrent des générations qui ne mettaient pas en pratique ce qu’il prônaient mais commettaient ce qui leur était interdit. Celui qui combat de tels individus à la force de son poignet est croyant, celui qui les combat par les paroles est croyant, de même que celui qui les combat en son for intérieur. Mais en deçà, il ne reste pas le plus petit atome de foi. » Hadith rapporté par Ibn Mas’ûd, cité par Muslim

« Par celui qui tient mon âme entre Ses mains, vous devez ordonner le convenable et interdire le blâmable sans quoi Dieu S’apprêtera à vous envoyer un tel châtiment que vous Le supplierez (de vous épargner) mais Il ne vous exaucera pas. » Hadith rapporté par Hudhayfa, cité par Tirmidhi

« Soutenir la vérité en présence d’un souverain inique est le meilleur des combats. » Hadith rapporté par Abû Saïd al-Khudri, cité par Abu Dawd et Tirmidhi

« Certes, par Dieu, vous ordonnerez sans relâche le convenable et sans relâche vous interdisez le blâmable ; vous lutterez contre l’oppresseur, vous le contraindrez au respect de la justice en l’empêchant de manoeuvrer à sa guise sans quoi Dieu vous dressera les uns contre les autres puis Il vous maudira comme Il les a maudits. » Hadith rapporté par Ibn Mas’ûd, cité par Abu Dawd

Un bédouin posa cette question au Prophète (psl) : « ô Envoyé de Dieu, de l’homme qui combat en vue du butin, de celui qui combat pour acquérir une renommée de celui qui combat par courage et enfin de celui qui combat par esprit de clan, lequel a combattu pour la cause de Dieu ? » L’Envoyé de Dieu répondit : « Celui qui combat pour faire triompher la parole de Dieu combat pour la cause de Dieu. » Hadith rapporté par Abû Moussa, cité par Bukhari et Muslim.

Mon Dieu, sois témoin que j’ai transmis.

Me Ahmed SIMOZRAG

Ouagadougou, le 19 juin 2000

[1] An Interpretation of Islam, Beirut, 1957, p.25

[2] The Caliphate, Its Rise, Decline and Fall, Londres, 1891, p.128

[3] Kulturgeschichte des Orients unter den Chalifen, Vienne 1875, I, p.183

[4] Arnold, The Preaching of Islam, pp. 60-61

[5] Fasl al-Kalâm, p.120

[6] ibid p.121

[7] dans son ouvrage : ‘Des prédicateurs et non des juges’, p.90-100

[8] dans Adouaa al Bayane, T4, p.92,

[9] Cité par Ali Ben Hadj, ouvrage cité, p. 126