Editorial de Ahmed SIMOZRAG in Al maidane N° 042 de Octobre 2004

La crise du Darfour

Publication en ligne : samedi 2 octobre 2004, par Fousseni Kindo

Darfour est une région agropastorale habitée par une population musulmane d’origine arabe et africaine. Avant d’être annexée au Soudan, cette province était sous protectorat de l’empire musulman ottoman ; elle était placée sous l’autorité du Sultan Ali Dinar lequel offrait chaque année l’habit de la Ka’ba et la nourriture à un grand nombre de pèlerins. C’est son nom qui a été donné aux gorges de Médine : Abiar Ali (les puits de Ali), là où les pèlerins se rendant à la Mecque doivent se mettre en tenue de sacralisation. A la suite de l’assassinat du Sultan par des agents anglais en 1916, le Darfour fut annexé au Soudan, alors sous condominium anglo-égyptien.

En effet, il n’y a pas de conflit racial. Par contre, il y a un conflit entre nomades et sédentaires qui se disputent les pâturages et les terres cultivables. Les sédentaires veulent garder la jouissance des terres agricoles qu’ils labourent à chaque saison de pluie. Mais ils ne peuvent plus surveiller ces terres comme ils le faisaient quand ils étaient nomades, ce qui rend facile leur piétinement par des troupeaux appartenant généralement à des nomades, d’où les querelles entre les bergers et les agriculteurs. Les aires de pâturages sont également l’objet de disputes entre les uns et les autres. Cependant, tous ces problèmes se réglaient pacifiquement au cours de réunions entre notables. A part ces disputes, il n’y avait pas d’animosité entre les tribus ; celles-ci, en plus de leurs relations de coopération agropastorale, avaient l’habitude d’établir des liens de famille par le mariage, si bien que l’on trouve des arabes et des africains appartenant à une même famille regroupant à la fois des nomades et des sédentaires.

L’ingérence des autorités et des marchands de canons a malheureusement bouleversé les traditions tribales de fraternité et de règlement amiable des conflits. Les tribus se battaient à coups de bâtons, de couteaux et de lances, mais il y avait rarement mort d’homme et le crime de sang était vite réglé par le pardon et le dédommagement ; Maintenant, c’est à coups de Kalachnikov que les tribus règlent leurs différends et il n’y a ni discussion ni pardon ni réparation.

Sans doute, Khartoum a armé les Janjawids, mais qui a armé les mouvements rebelles ? Qui a armé le mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) ? Qui a armé le mouvement pour la liberté du Soudan (MLS) ? Qui s’emploie à attiser la zizanie tribale entre les Massalits, les Arawas, les Noubas d’un côté et les Janjawids de l’autre ? Ce sont les marchands de canons avec la complicité de certains Etats. Les ambitions politiques des uns et la soif du gain des autres ont fait basculer la région dans une guerre civile qui a fait près de 50 000 morts et 1, 2 million de déplacés. Le lobby judéo-protestant ne cesse de faire pression sur Georges W Busch pour une intervention militaire au Soudan. La revue koweïtienne al-Mujtamaa du 21.8.2004 révèle que des hôtes de marque ont rendu visite au président Georges W Bush le lendemain de son élection et lui ont demandé d’intervenir militairement au Soudan. La même revue fait état d’une pétition signée par 35 responsables du mouvement évangélique jugeant insuffisantes les sanctions économiques proposées par Washington contre le Soudan et demandant une intervention militaire dans ce pays. Le congrès américain a voté en juillet une motion taxant de génocide ce qui se passe au Darfour.

Rappelons que le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté le 30 juillet dernier une résolution mettant le Soudan en demeure de mettre fin dans les 30 jours « aux atrocités dans sa province du Darfour sous peine de sanctions. »

La résolution exige que le Soudan arrête et juge les personnes responsables des atrocités.

Dans ce branle-bas médiatique sur la crise du Darfour, on ne parle que des exactions perpétrées par les milices arabes Janjawids. Les exactions et les attaques lancées par les mouvements rebelles, comme celle lancée récemment contre la ville d’Al-Facher qui a fait près de 1100 morts et d’énormes dégâts matériels, sont à peine évoquées. Ces attaques ont poussé le gouvernement de Khartoum à suspendre les négociations.

Outre les attaques à répétition qui constituent un obstacle majeur au retour de la paix, les rebelles compliquent les pourparlers en posant des conditions difficiles à réaliser. Parmi ces conditions, figurent le désarmement des milices arabes, le libre accès à une commission d’enquête internationale sur les assassinats, la poursuite et le jugement des responsables d’exactions, la libération des prisonniers de guerre, le libre accès des organisations humanitaires aux populations du Darfour, la participation de médiateurs plus neutres, estimant que l’Ethiopie n’est pas neutre en raison de ses bonnes relations avec le Soudan.

Ils ont quitté la table des négociations le 17 juillet à Addis Abeba. Ils exigent le désarmement des Janjawids, sans qu’ils soient eux-mêmes désarmés. Logiquement, quand on veut la paix, on doit assouplir ses conditions et modérer son attitude.

Il reste à savoir si le gouvernement de Khartoum est capable de désarmer les milices ?

D’après le président Obasanjo : « Le gouvernement pourrait ne pas être capable de désarmer pacifiquement les rebelles. C’est là que l’aide de l’UA pourrait s’avérer nécessaire. »

Ce dernier ajoute : « L’argument du gouvernement, c’est : « Si nous les désarmons (les milices), nous devons faire en sorte que les rebelles soient désarmés »

On s’ingénie à semer la division entre les musulmans arabes et les musulmans africains, les musulmans blancs et les musulmans noirs, à accréditer l’idée que les Arabes tuent les Africains ; ce qui explique l’isolement, plutôt l’indifférence des musulmans d’Afrique noire par rapport à l’ensemble du monde musulman et en particulier du monde arabe, comme si les problèmes de la Palestine, d’al-Aqsa, de l’Irak, de l’Afghanistan, ne les intéressaient pas. Alors qu’un hadith du prophète (s) dit : « Celui qui ne s’intéresse pas aux affaires des musulmans n’est pas des leurs. » En réalité, le gouvernement de Khartoum et les Janjawids ne sont pas les seuls responsables de cette crise. La responsabilité incombe aussi aux rebelles qui ne cessent de commettre des exactions ainsi qu’à ceux qui les ont armés. Quant à l’accusation de génocide, elle est dénuée de tout fondement. L’objectif derrière tout cela est d’occuper le Soudan, de s’approprier ses richesses et de christianiser son peuple. Plus de trente organisations missionnaires activent au Darfour. Les sionistes s’intéressent au Soudan dans le but de mettre la main sur les eaux du Nil, de vendre les armes et surtout détourner l’attention des crimes d’Israël en Palestine. Dans cette perspective, ils mènent campagne aux Etats-Unis contre ce qu’ils appellent ‘‘le nouvel holocauste africain’’ du Darfour, visant à provoquer une intervention militaire dans la région.

Le ministre soudanais des affaires étrangères déclare être en possession de preuves formelles sur le soutien par Israël des rebelles au Darfour. De fait, ces manœuvres tous azimuts visent à préparer l’opinion à une intervention militaire au Darfour dont les gisements d’uranium et des hydrocarbures font couler beaucoup de salives.

Ahmed SIMOZRAG


3 Messages de forum

  • > La crise du Darfour 15 avril 2005 10:08, par une lectrice révoltée

    Je trouve cela tres interressant de mettre en avant ce probleme du Darfour dont on ne parle pas souvent et dont moi meme je n’avait aucune idée avant de lire votre article. Cependant une chose me tracasse, pourquoi un article aparement bien fait et assez clair devient -il un tas de mensonges et d’inbessilités antissemites vers la fin , juste apres le moment ou on se dit que cet article est finalement bien ecrit, c’est dommage , voir meme désolant,c’est tellement facil de remettre eternellement la faute sur l’Etat d’Israel, vous ne trouvez pas ? au moins on a pas à réfléchir, c’est tout trouver un coté noir un coté blanc , le méchant Israel et les gentils arabes, c’est du tout cuit ! Lorsque un juif ne s’interresse pas à ce qu’il se passe dans le monde on dira qu’il est communautaire , et au contraire quand des juif s’activent pour faire avancer les chose dans un pays en perpetuelle guerre civil on dira qu’ il le font pour détourner l’attention !! j’espere que vous voyez en relisant cela la débilité et la bétise de votre fin d’article, si personne ne fait d’effort pour s’élever au dela des préjugés ,de l’antissemitisme de base ou du racisme de tout les jours>alors la nous serions vraiment mal barrer ! pensez vous vraiment qu’un article servant à dénoncer une situation inadmissible de guerre civil, de massacre soit le meilleur moyen de vehiculer des message de haine>au lieu de faire réagir les gens , vous leur délivrer de faux messages totalement dénués de sens et qui n’ont d’ailleur aucun rapport avec le sujet initial de votre article>si votre but et de dire aux gens qui lisent votre article comment penser, alors j’espere qu’ils seront assez intelligent pour savoir faire la part des choses et qu’ils pourront réflechir par eux meme sans avaler stupidement la moindre petite parole d’une personne qui s’improvise journaliste ..

    • > La crise du Darfour 11 août 2005 21:24, par un lecteur satisfait

      Moi, par contre je dirai qu’Ahmed SIMOZRAG a su donner une interpretation pertinente au probleme du Darfour en soulevant ainsi certaines questions dont on ne parle malheureusement pas beaucoup dans la presse internationale..En effet, cette derniere (la presse internationale) reste tres unilaterale dans son interpretation des faits et agit toujours (exception faite de certains supports de presse) dans le sens qui sied le mieux a l’hegemonie d’idees encourageant les "biens faits" de l’occident "civilisateur" et "liberateur"..Ce fameux occident qui sait toujours ce qui est le mieux pour les autres peuples mais qui en fait, n’agit que comme une facade pour un sionisme imperialiste virulent, egocentrique et travaillant en profondeur. Pourquoi cet interet soudain pour la question du darfour a l’heure cruciale ou se joue le destin du moyen orient ? Pourquoi les neo-conservateurs aux Etats Unis exhortent le clan Bush a intervenir absolument dans le conflit du Darfour au moment ou les militaires americains s’embourbent en Irak dans une guerre qui est loin d’etre achevee ? Peut etre est ce parce que le Soudan est un pays ou le petrole est omnipresent ? Peut etre est ce la geographie du Soudan qui le place comme un pont entre le nord arabo-musulman et l’afrique noire et pouvant servir de plate-forme pour vehiculer et exacerber le sentiment antimusulman en Afrique ? Peut etre aussi parce que le Soudan interesse de nombreux pays du Golfe grace a ses enormes potentialites agricoles ? D’une facon ou d’une autre, le Soudan interesse Israel et cela qu’on le veuille ou non !

    • > La crise du Darfour 21 février 2006 11:16, par SDD

      Les sionistes, l’état hébreux (et leurs alliées impérialistes occidentaux) avides de richesses ne font qu’utiliser les mass-medias à leur gré pour faire de la propagande, justifier leurs crimes sanguinaires, détourner l’attention des faits et des évènements susceptibles de mettre en péril leur fausse image de ’partisans de paix et de liberté’ qu’il tentent de maintenir face à l’opininon mondiale.

      La dernière guerre barbare menée par américains est le meilleure exemple qui illustre ce cas de figure. S’étant basé sur des mensonges clamés haut et fort devcant le conseil des Nations Unies elle a conduit à la destruction de l’Irak et au pillage des ses ressources aux dépends de milliers de civils irakiens injustement massacrés. Ce fut les hébreux et de leurs alliés opportunistes qui profitèrent le plus de cette guerre malfaisante.

      Il est faut préciser également qu’il est inutile d’utiliser le mot sémitisme ou antisémitisme à tort et à travers pour justifier les crimes d’Israel et des sionistes si on ne prend même pas la peine de connaître l’etymologie exacte du mot d’origine, c-à-d du mot sémitisme. La dessus les définitions fournies par les historiens sont en parfait accord et dont voici l’une d’entre elles : "Le mot sémite a été créé au XVIII° siècle pour regrouper, non des races, mais des langues qui avaient une origine commune. Le mot vient du nom propre Sem, désignant un des fils de Noé, duquel, selon la Bible, seraient issus plusieurs peuples (Hébreux, Arabes, Elamites, Araméens, Assyriens et Phéniciens) et dont les représentants modernes principaux sont les arabes, les juifs séfarades et les juifs orientaux."

      Il est également intéressant de méditer sur ces lignes : "Certaines sources émettent l’hypothèse que les juifs ashkenazes (juifs d’Europe et d’Amérique, constituant 85% de la population juive mondiale) ne seraient pas de souche sémitique, donc n’auraient aucun lien historique ou ethnique avec Israël. La polémique a été lancée par Arthur Koestler, un juif ashkénaze hongrois. Selon lui et d’après son livre, la "treizième tribu", les juifs européens ne seraient en fait pas les descendants des israëlites (les descendants des douze tribus d’Israël), mais les descendants des khazars, un peuple turco-mongol converti massivement au judaïsme au moyen-âge, et dont l’empire constitua le plus puissant royaume juif avant la création de l’Israël moderne. Cette thèse est vivement contestée par les sionistes car elle décredibilise toute prétention territoriale sur la Palestine sur la base des droits ancestraux. (http://www.cclj.be/regards/web/doss...)"

      Avant de se lancer aveuglèment à la défense de ceux qui tentent de masquer les réalités par toutes sortes de moyens il faut d’abord connaître, analyser, comprendre et s’informer à partir de plusieurs sources et ne pas se borner à ingurgiter totalement les soi-disant informations émanant de la plupart des médias influents pour la simple raison de leur opinion partiale en faveur des sionistes.