Le sens du bien

éditorial d’Al-Maidane n° 11 du 16 au 30 septembre 1999

Publication en ligne : dimanche 29 mai 2005, par Maître Simozrag

La foi en Dieu et l’espérance en Sa miséricorde amènent le croyant à oeuvrer dans le seul but de plaire à son Créateur.

Selon l’Islam, la réussite ici-bas et dans la vie future dépend des bonnes oeuvres accomplies pour l’amour de Dieu. Ainsi, la bienfaisance n’a de sens que si elle émane d’une foi sincère visant ce noble objectif qu’est la satisfaction de Dieu.

Le Coran et les hadiths du Prophète (s) regorgent de préceptes et de recommandations dans le sens de l’accomplissement du bien en faveur de toutes les créatures.

Le Prophète répondit à un compagnon lui demandant ce qu’était le bien :

« Tu es venu t’instruire sur le bien ? -Oui, répondit Wâsiba- Consulte ton coeur, dit le Prophète, car le bien est ce qui apaise ton âme et calme ton coeur. Le péché est ce qui te trouble intérieurement et suscite dans ton coeur de l’embarras, de la gêne et ce, même si les gens te livrent toutes les justifications possibles. »

« Empressez-vous d’accomplir des bonnes oeuvres avant que vous ne rencontreriez les sept obstacles suivants : Attendrez-vous que la pauvreté ne vous préoccupe au point de tout vous faire oublier, ou que la richesse ne vous corrompe, la maladie ne vous réduise à l’impuissance, la vieillesse ne vous rende sénile ou que la mort brutale ne vous surprenne ? Ou l’Antéchrist, avec les épreuves que comporte sa venue inéluctable ? Ou le jour du jugement qui est un fléau encore plus douloureux. » Hadith rapporté par Tirmidi

« Rivalisez dans l’accomplissement du bien » Coran 2.148 Ces enseignements cultivent en l’homme croyant le sentiment de faire le bien, d’aimer ses semblables et de se dévouer pour les aider et les servir, et ce pour se rapprocher de Dieu et obtenir Sa satisfaction.

De ce fait, son coeur sera rempli de piété, de bonté et d’amour de sorte que les maladies de l’âme tels que l’égoïsme, l’orgueil, la jalousie, la haine, la cupidité, le mépris de l’autre finissent par disparaître de sa pensée, car le bien ne saurait cohabiter dans un même coeur avec le mal.

Par la parole et les actes, le Prophète (s) enseignait ces vertus à ses compagnons ainsi qu’à la communauté. C’est ainsi qu’il priait pour ses adversaires qui l’agressaient et s’opposaient à son message : ‘‘Seigneur, dirige mon peuple sur la bonne voie, car il est dans l’ignorance’’. Sa compassion ne se limitait pas seulement à son peuple, elle englobait toutes les créatures.

Il défendait à ses compagnons de malmener les animaux, de les affamer ou de les apprivoiser. Il leur raconta l’histoire d’un homme qui obtint le pardon de ses fautes pour avoir abreuvé un chien assoiffé. De même qu’il leur cita l’exemple de la femme qui entra en Enfer du fait d’avoir enfermé un chat sans l’avoir nourri ni libéré pour chercher sa nourriture dans la nature.

Aujourd’hui, nous assistons à des actions de bienfaisance inspirées par la recherche d’intérêts au lieu d’être accomplies dans le sens du bien pour la cause de Dieu.

C’est pourquoi l’Islam recommande la discrétion, voire l’anonymat dans les oeuvres de bienfaisance afin d’éviter tout autre objectif que celui de plaire à Dieu. Ce faisant, Allah multiplie la récompense à ceux qui font le bien. Il leur accorde Sa protection dans ce bas monde, Sa miséricorde et le Paradis dans la vie future. Le Coran cite l’exemple de ceux qui offrent la nourriture aux pauvres, aux orphelins et aux prisonniers, disant : « C’est pour le visage d’Allah que nous vous nourrissons : nous ne voulons de vous ni récompense ni gratitude. » 76.8-9

De nos jours, les oeuvres de bienfaisance désintéressées deviennent de plus en plus rares. La plupart des actions humanitaires, aussi bien celles menées par les Etats que par les ONG ou les missions chrétiennes, ne sont pas totalement dépourvues de motivations politiques et autres.

L’aide au développement accordée aux pays pauvres est souvent dictée par un désir mercantile, entre autres la mainmise sur les ressources des pays bénéficiaires.

L’octroi de l’aide permet de créer des emplois pour les spécialistes et les experts des pays donateurs, dont les salaires élevés sont à la charge des pays bénéficiaires. De même que cette aide permet de créer des marchés pour les fabricants des pays donateurs qui demeurent les principaux fournisseurs de matériel et de pièces de rechange.

Par ailleurs, le fait d’imposer aux pays bénéficiaires des projets souvent superflus ne peut être qu’à l’avantage du donateur, sans compter l’atteinte à leur souveraineté de par les conditions et les lignes de conduite qui leur sont imposées...

Qui profite de l’aide que la France octroie apparemment si bénévolement à l’Afrique, s’interroge le cinéaste Nigérian O.Balogun en mai 1990 ?

« Lorsqu’on sait que l’aide en question est presque toujours assortie de l’obligation de faire travailler des entreprises françaises avec les fonds théoriquement mis à la disposition des gouvernements africains dans le cadre de cette aide, et lorsqu’on sait qu’une grande partie de cette aide sert principalement à imposer des produits industriels français, on est en droit de poser des questions sur sa finalité. Ne s’agirait-il pas plutôt d’une aide à la productivité de certaines industries françaises ? »