Editorial de Maître SIMOZRAG in Al Maidane N° 040 de août 2004

Les plaies de la communauté

Publication en ligne : mardi 7 septembre 2004, par Fousseni Kindo

L’histoire témoigne que la communauté musulmane a existé en tant que nation politiquement unie et organisée sous une seule et même autorité souveraine et ce pendant plus de douze siècles ; de ce fait il me paraît légitime d’en parler.

Cette communauté traverse actuellement la période la plus sombre de son histoire. En plus des affres de la pauvreté et de l’ignorance, elle est confrontée aux injustices de toutes sortes. Blessée dans sa chair, sa patrie et sa religion, la communauté est en guerre non seulement contre l’ennemi mais aussi avec elle-même. La mondialisation heurte de plein fouet son identité et sa culture.

Aux conflits armés qui la déchirent, s’ajoutent les terribles saignées provoquées par l’évangélisation et la fuite des cerveaux. Ses richesses sont livrées au pillage, ses enfants meurent par centaines, voire davantage chaque jour en Palestine, en Irak, en Afghanistan, au Nigeria, au Soudan, au Cachemire, au Yémen, en Algérie, au Maroc, en Arabie, en Thaïlande, en Tchétchénie, aux Philippines et dans d’autres pays encore. Sa religion est diabolisée, accusée de tous les maux, malgré ses valeurs sublimes, sa tolérance et son indéniable humanisme. Sa division excessive réduit à néant son rôle et sa représentativité sur la scène internationale.

Tandis que sur le plan interne, l’absence d’institutions démocratiques réelles dans la plupart des pays musulmans rend difficile sinon impossible sa participation à la gestion de ses propres affaires. Autrement dit, un large et profond fossé la sépare de ses dirigeants. Dans ces conditions, on peut la comparer à un troupeau de moutons dispersés et sans berger dans une jungle pleine de prédateurs. Comment en est-elle arrivée là ? Peut-elle en sortir ? Existe-t-il un espoir de renaissance ? Le grand sociologue Ibn Khaldoun considère l’injustice comme la cause de tout malheur et de toute décadence. Selon lui, l’injustice est à l’origine de la destruction des nations et des civilisations. Sur ce point, l’auteur s’inspire des nombreux versets du Coran affirmant que plusieurs cités furent détruites à cause de l’injustice de leurs habitants.

Plus nuancée est l’opinion de Abdurrahmane al-Kawakibi qui impute à la dictature tous les malheurs de la communauté. Il pose comme condition de la renaissance la liberté et la démocratie.

Il y a bien entendu d’autres facteurs qui ont favorisé cette situation : il s’agit notamment de l’ignorance, l’acceptation du statu quo, la peur du changement. Quant aux islamistes, ils attribuent la dégénérescence de la communauté à la non-application des enseignements de l’Islam. Ils citent à l’appui de leurs thèses certains versets du Coran et paroles du prophète mettant en garde la communauté contre les dangers de l’injustice, de la tyrannie, de la division, de l’égoïsme, de la cupidité, l’exhortant au respect des principes de la choura ( consultation), à la liberté, à l’unité, à la vertu, à l’acquisition du savoir, au changement et enfin à une perpétuelle recherche de la perfection, exemple : « Dieu ne change pas la situation d’un peuple avant que celui-ci n’opère son propre changement. » s13, v11 « Tout mal qui t’atteint vient de toi-même » s4, v79 « Celui d’entre vous qui voit un mal est tenu de le changer » hadith (propos du prophète) « Attachez-vous tous à la corde de Dieu et ne vous divisez pas » s3, v103 « Et obéissez à Dieu et à Son messager ; et ne vous disputez pas sinon vous fléchirez et perdrez votre force. » s8, v46 « Ne transgressez pas. Dieu n’aime pas les transgresseurs » s2, v190 « Ne causez pas de torts aux hommes dans ce qui leur revient » s7, v85 « Dieu a rendu sacrée la vie humaine, ne tuez personne injustement » s6, v151 ; s17, v33 ; s5, v32 « Cherchez le savoir du berceau jusqu’à la tombe » hadith (propos du prophète) « Comment pourriez-vous asservir des gens alors qu’ils sont nés libres » Omar ibn al-Khattab, « Que ceux, donc, qui s’opposent à Son commandement prennent garde qu’une épreuve ne les atteigne ou que ne les atteigne un châtiment douloureux. » s24, v63 « Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc ! Et ne suivez pas les chemins qui vous écartent de Sa voie. » s6, v153

Il y a enfin d’autres versets du Coran et dires du prophète ordonnant l’accomplissement du bien qui se résume en tout ce qui est utile au bien-être physique et moral de l’homme y compris l’interdiction de tout atteinte aux droits, aux biens et aux libertés des autres et incitant à combattre le mal, c’est-à-dire à lutter contre la pauvreté, l’ignorance, le sous-développement et contre toute forme d’oppression et d’injustice d’où qu’elles viennent. Par ailleurs, le prophète (que la paix soit sur lui) a expliqué la faillite de la communauté par son apathie, son inaction face aux injustices de ses propres membres, des tyrans et des nations.

A la lumière de ces enseignements on peut facilement déterminer les causes du désastre qui frappe la communauté musulmane.

Tout d’abord, les Musulmans sont loin de se conformer à ces principes directeurs. Dieu leur enjoint de s’unir, ils sont divisés ; Il leur enjoint d’éviter les querelles et les disputes, ils s’entretuent. Il leur commande de rechercher le savoir, ils s’y intéressent très peu compte tenu du fait que le monde musulman connaît le taux d’illettrisme le plus élevé et investit le moins dans la recherche scientifique. Israël, qui n’a ni pétrole ni gaz, consacre à la recherche scientifique un budget plus important que celui de tous les pays arabes réunis. Pourtant, le premier verset du Coran ne concerne ni la prière ni le jeûne, il intime l’ordre de lire, mais les principaux intéressés n’en ont cure ; Il leur interdit l’injustice et leur commande de la combattre.

Or, ce fléau n’a de cesse de sévir dans le monde musulman sans que les victimes ne réagissent, à l’exception d’une minorité qui se soulève, souvent au prix d’une répression sanglante. Ensuite, la plupart des musulmans ne semblent manifester que peu d’intérêt pour le changement. L’amour de la vie et la peur de mourir, selon l’expression du prophète (s), leur fait accepter n’importe quelle situation.

En résumé, la communauté musulmane ne remplit plus les conditions et ne joue plus le rôle de meilleure communauté appelée à recommander le bien, à interdire le mal et surtout à témoigner devant Dieu. Elle n’ordonne plus le bien et ne condamne point le mal ou, dans le meilleur des cas, elle se contente de le condamner implicitement, ce qui est un minimum de la foi. Le prophète de l’Islam a dit : « vous luttez contre l’oppression et l’injustice sinon Dieu vous dressera les uns contre les autres » ; dans d’autres versions : « vous inflige un châtiment collectif », « n’exaucera pas vos prières. » Eu égard à ce qui précède, le monde musulman doit lutter contre cette léthargie qui l’empêche de se mouvoir et de progresser.

Ahmed Simozrag

P.-S.

Al maidane est un mensuel islamique d’informations générales et de formation édité par le Centre africain de diffusion islamique et scientifique.


2 Messages de forum

  • > Les plaies de la communauté 15 août 2007 21:18

    "meilleure communauté appelée à recommander le bien, à interdire le mal et surtout à témoigner devant Dieu."---> J’ai un truc a vous apprendre, elle ne l’a jamais été