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la nationalité est un devoir

Publication en ligne : lundi 3 septembre 2007, par Maître Simozrag

La règle en droit musulman précise que tout ce qui conditionne l’accomplissement du devoir est en soi un devoir. La nationalité est un devoir du fait qu’elle permet l’accomplissement du devoir. On peut se demander quel devoir le musulman doit-il accomplir ?

Tout ce qu’implique sa mission est un devoir. Sa mission consiste, rappelons-le, à appeler à Dieu, à L’adorer et à témoigner pour Lui, à faire le bien, à lutter contre le mal, à promouvoir la justice, la solidarité, à participer à la construction et au développement du pays. Le musulman est un membre utile à la société, il doit à ce titre jouer un rôle positif partout où il se trouve.

Il suffit de se référer au Coran pour voir combien de fois se répètent les termes : réforme, réconciliation, bienfaisance, charité, magnanimité, sincérité, pardon, et combien y sont condamnés les méfaits, c’est-à-dire ‘‘al-fassad’’, le crime, la corruption, la destruction, le meurtre, le mal, le faux, l’injustice, l’agression, le racisme, l’arrogance, le mépris et les violations des droits d’autrui, etc.

« Sois bon envers les autres comme Dieu l’a été envers toi’ s28 v77 « Et faites le bien car Dieu aime ceux qui font le bien » s2 v195 « Et celui qui pardonne et se montre conciliant trouvera sa récompense auprès de Dieu » s42 v40 « Mais pardonne-leur et ne leur tiens pas rigueur, car Dieu aime, en vérité, ceux qui sont bienfaisants » s5 v13 « Et ne semez pas la corruption sur la Terre après qu’elle ait été réformée » s7 v56 « Et ils s’efforcent de semer le désordre sur la Terre, alors qu’Allah n’aime pas les semeurs de désordre » s5 v64

« Il n’y a rien de bon dans les conversations secrètes qu’ils tiennent, sauf lorsqu’il s’agit d’ordonner une aumône, d’accomplir une bonne action et de rétablir la paix entre les hommes. Celui qui agit ainsi pour plaire à Dieu, Nous lui attribuerons une magnifique récompense » s4 v114

« N’abusez pas du nom de Dieu dans vos serments au point d’en faire un prétexte pour vous dispenser de faire le bien, d’être pieux ou d’établir la bonne entente entre les hommes. Dieu entend entièrement vos propos et connaît à fond vos intentions » s2 v224

« N’obéissez point aux ordres des outranciers qui sèment le désordre sur la Terre et ne font jamais rien d’utile ! » s26 v151

Si la nationalité permet au musulman d’exécuter des tâches inhérentes à sa mission et grâce auxquelles s’affirme son identité et si, corrélativement, l’absence de nationalité rend difficile ou impossible l’exécution d’une partie de ces tâches, la nationalité revêt donc un caractère indispensable et primordial. Tant il est vrai que par la nationalité s’accomplit et s’affirme l’identité musulmane et par elle le musulman peut remplir pleinement sa mission.

Certes, le musulman est plusieurs fois chez lui : il est chez lui en tant qu’humain sur la planète Terre, il est chez lui en tant que membre de la communauté musulmane qui occupe une portion importante de la planète Terre et il est chez lui en tant que citoyen, ressortissant du pays où il réside. Mais il suffit qu’il n’en ait pas la nationalité pour qu’il devienne étranger et qu’il se trouve pratiquement dans l’impossibilité d’accomplir certains devoirs inhérents à sa mission.

C’est la raison pour laquelle le musulman ne peut se passer de la nationalité sous peine de compromettre l’exercice de sa noble mission sur Terre. Il en résulte, en conséquence, que non seulement, il n’y a pas d’incompatibilité entre l’islam et la nationalité, mais mieux encore, la nationalité est une condition de l’exercice des droits et des devoirs. On verra les rares cas où la pratique du culte n’est pas permise par le pays de nationalité.

Aussi, faut-il le rappeler, la patrie du musulman est celle qui lui offre l’opportunité d’adorer Dieu sereinement et de faire le bien conformément au pacte qui le lie à son Créateur, c’est-à-dire le pacte de la foi.

Mais c’est la nationalité qui concrétise l’établissement du musulman de manière stable sur un sol, un territoire, une patrie et qui lui permet d’accomplir dans de bonnes conditions sa mission d’adorer Dieu et de faire le bien.

Le culte ou l’adoration de Dieu est une notion très large qui recouvre la foi et les bonnes œuvres qu’elle commande. Cette expression « la foi et les bonnes œuvres » constitue le pivot autour duquel s’articulent les préceptes coraniques et les appels à l’endroit des croyants.

Le témoignage

Le musulman doit témoigner de sa foi en Dieu et de tout ce qui en découle, à savoir la croyance en Ses anges, Ses Livres et Ses messagers, au Jour Dernier, à la prédestinée du bien et du mal. Cette foi doit générer des actes positifs et constructifs. Car, il n’est jamais question, ni dans le Coran ni dans les Hadiths, d’une foi sans action.

Comment peut-on témoigner d’une foi autrement que par l’action, l’agir ? Les gens ne voient pas ce qui est intime et implicite. Ils ne connaissent pas notre for intérieur. Les gens observent le comportement et les actes et c’est là que le témoignage est opérationnel et valide.

C’est au niveau du comportement qu’intervient le concept d’exemplarité, de symbole que doit incarner le musulman dans la société. Ce musulman que les gens observent et dont ils constatent l’honnêteté, la sincérité, le dévouement à son prochain, la générosité, la serviabilité, le comportement irréprochable, amène les gens à apprécier ses qualités au point où ils se mettent à chercher à connaître les motifs et les sources de cette éducation et de ce comportement qu’ils trouveront enfin dans l’islam. Là est le sens du premier témoignage ou le témoignage ici-bas.

Tout acte accompli par le musulman est un témoignage. Sa Shahada (profession de foi) est un témoignage, sa prière est un témoignage, son pèlerinage est un témoignage, l’aumône, les actes de bienfaisance qu’il accomplit sont autant de témoignages servant à la fois d’exemplarité ici-bas et de preuves qui seront utilisées par Allah au Jugement Dernier.

Le témoin est lui-même soumis à un témoignage, plutôt à une surveillance infaillible pour attester qu’il a ou qu’il n’a pas convenablement rempli sa mission : « Toute âme saura alors ce qu’elle aura accompli et ce qu’elle aura omis » s82 v5 « Il ne prononce pas une parole sans avoir auprès de lui un observateur prêt à l’enregistrer » s50 v17 « Alors chaque âme viendra escortée d’un garde et d’un témoin » s50 v21

Ce n’est pas fini : si nous poussons plus loin l’analyse et la réflexion, si nous plongions dans les profondeurs de l’océan coranique, nous ne manquerions pas de découvrir que nous sommes exposés à des caméras invisibles qui sont là pour filmer nos actions en plus des anges qui écrivent. Et peut être les Anges eux-mêmes sont en train de filmer nos mouvements en même temps que l’enregistrement de nos paroles ?

Que signifient les versets suivants du Coran si ce n’est une allusion claire à quelque chose de semblable à la photographie, à l’image :

« Ce jour-là, Nous scellerons leurs bouches, tandis que leurs mains Nous parleront et leurs pieds témoigneront de leurs actions » s36 v65 « Et au cou de chaque homme, Nous avons attaché son œuvre (taïruhu). Et au Jour de la Résurrection, Nous lui sortirons un Livre qui sera, sous ses yeux, étalé » s17 v13 Ce mot ‘‘tairuhu’’ a été différemment traduit, par exemple : destin, œuvre, oiseau. Je préfère le traduire par puce ou processeur.

Il est des versets du Coran qui parlent carrément de vision de nos actions le Jour du Jugement, par exemple le verset qui suit :

« Quiconque aura alors fait le poids d’un atome de bien le verra. Et quiconque aura commis le poids d’un atome de mal le verra » s99 v7-8 Connaissez-vous la notion de surveillance électronique chez l’homme ? Eh bien, cette surveillance ne peut être que plus performante chez le Créateur de l’homme ! Ne pas croire cette vérité signifie que l’homme qui a inventé la caméra serait plus capable que Dieu qui a créé l’homme !

L’appel à Dieu

L’appel à Dieu n’est pas un acte de prosélytisme au sens judéo-chrétien du terme. Le mot prosélytisme est étranger à l’Islam tant dans la lettre que dans l’esprit. En islam, il n’ y a pas de contrainte en religion. Allah dit : « Dis : « La Vérité émane de votre Seigneur. Croira qui voudra et niera qui voudra ! » s18 v29 « Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il a voulu vous éprouver par le don qu’Il vous a fait » s5 v48 « Et si ton Seigneur l’avait voulu, il aurait fait des hommes une seule communauté » s11 v118

« Si Dieu l’avait voulu, Il les aurait tous réunis et guidés dans la bonne voie » s6 v35 « Rappelle car le rappel profitera aux croyants » s51 v55

Il ressort de ces versets que le musulman est porteur d’un message qu’il doit présenter de la meilleure manière et sans contrainte, c’est le sens du concept de « da’wa » qui signifie : appel. L’appel à la Voie du Seigneur s’inscrit dans la droite ligne de la religion d’Abraham et de tous les prophètes avant et après lui jusqu’au Prophète Mohammed (Paix et Salut sur eux tous).

La Voie du Seigneur est la voie du bien à la différence de la voie de Satan qui est la voie du mal. Appeler à la Voie du Seigneur c’est appeler au bien, car l’objectif final de l’appel à Dieu est d’amener les gens, sur la base de la foi en Dieu, à faire le bien et à éviter ce qui pourrait conduire au mal. Cet appel fait contrepoids aux multiples appels de Satan visant à inciter au mal.

Sans doute, le monde serait corrompu si les gens du bien abandonnent le terrain à Satan. Il n’est donc pas question de convertir les gens à l’Islam puisque l’appel est souvent un rappel à l’attention des croyants.

Il n’est nul besoin de convertir un croyant, il s’agit seulement de l’exhorter au bien en lui rappelant ses devoirs de croyant. Le Coran nous enjoint de prendre le Prophète comme exemple :

« Vous avez, dans le Messager de Dieu, un si bel exemple pour celui qui espère en Dieu et au Jugement dernier, et qui invoque souvent le Nom du Seigneur » s33 v21 Le Prophète a dit : « Transmettez de ma part ne serait-ce qu’un verset »

D’ailleurs il faut se demander pourquoi utilise-t-on le terme prosélytisme contre les prêches musulmans au moment où des apôtres de tous bords font le porte à porte en vue de convertir les musulmans ? Les invites et les harcèlements du prosélytisme sectaire ne sont jamais mis sur le tapis, alors que la laïcité se dresse comme une muraille face à toute velléité d’action islamique.

Quoi de plus normal pour un musulman que d’appeler au bien dans une époque aussi cruciale comme la nôtre où Satan déploie partout ses troupes pour la propagation du mal ? Le musulman doit participer à l’éducation et à l’enseignement de son prochain.

L’appel à la Voie du Seigneur c’est aussi l’enseignement et l’éducation, c’est la lutte contre l’ignorance et l’illettrisme, en un mot c’est l’accomplissement des bonnes œuvres dans tous les domaines et au profit de tout le monde sans discrimination.

Promouvoir le bien et empêcher le mal

La notion du bien recouvre tous les domaines de la vie. La mission du musulman requiert une véritable mobilisation dans le but de faire le bien.

Sans être exhaustif, le bien consiste à participer aux efforts de son pays et de sa communauté dans le sens du progrès, de l’éducation, de la propagation des vertus, des bonnes mœurs, du respect de la dignité humaine, de la promotion du savoir, de la justice, de la solidarité, de la paix, de la concorde, de la bienfaisance, du développement et de la construction du pays d’une manière générale. Il doit secourir les pauvres et les nécessiteux, enseigner, former, informer et surtout observer une bonne conduite afin d’en donner l’exemple.

La lutte contre le mal s’inscrit dans le cadre des mêmes efforts de lutte contre les fléaux sociaux dont la pauvreté, l’ignorance, les maladies, la délinquance, la criminalité ne sont que les manifestations visibles de ce mal du siècle qui mine nos sociétés contemporaines.

Comment peut-on concilier appartenance à l’Islam et identité nationale

Les exemples susmentionnés montrent à l’évidence que la nationalité est la condition nécessaire pour l’accomplissement des devoirs du musulman.

Outre sa légitimité en tant que condition d’exercice des droits et des devoirs, cette affiliation est d’autant plus indispensable qu’elle permette l’identification sociale et géographique, c’est-à-dire la localisation du musulman. Elle n’est point en opposition ni avec l’identité islamique ni avec les principes de l’islam. Il ne suffit pas de décliner son identité islamique pour se faire connaître.

Le titre ‘‘musulman’’ n’indique rien à part la confession, mais la nationalité indique le lieu d’origine, et implicitement la langue et la couleur de la peau. C’est pour cela qu’on appelait les compagnons du Prophète (Paix sur eux) par des qualificatifs d’origine, par exemple Sohaïb Arroumi (le Romain), Salman Alfarissi (le persan), Bilal Al-habachi (l’Abyssin). Même le prophète (Paix et Salut sur lui) s’appelait le Prophète quraïchite (Annabi Al-Quraïchi).

A cette époque, la nationalité n’existait pas, ces qualificatifs faisaient office de nationalité. D’aucuns s’interrogent si le musulman appartient d’abord à une nation avant d’être musulman ou est-il d’abord musulman avant d’appartenir à une nation ?

Pareilles questions polémiques ne devraient pas se poser. De même que la question de ralliement du musulman en cas de confrontation entre le pays de sa nationalité et l’islam, ces questions s’inscrivent dans une logique de division et d’exacerbation des tensions ; en réalité, ce qui importe le plus pour un musulman est le rassemblement, l’apaisement, la réconciliation des nations et des peuples.

Comme on vient de le voir, il n’y a pas de contradiction entre la qualité de musulman et la nationalité ou l’affiliation à une nation, je dis bien l’affiliation et non l’appartenance car le musulman n’appartient qu’à Dieu. Ces notions ne sont pas antinomiques. D’abord, l’universalité de l’Islam implique l’universalité de ses fidèles. Ensuite, le musulman ne se définit pas par rapport à une seule entité, bien que la communauté de la foi soit la plus importante, compte tenu des enseignements de l’Islam.

Si on veut mettre en opposition les deux identités : islamique et national, il est certain que l’identité islamique prime sur toute autre considération.

De même que la fraternité islamique doit passer avant tout autre fraternité. Mais il y a d’une part le principe du pacte, en l’occurrence la nationalité, qui empêche le musulman de participer à une conspiration étrangère contre son pays « sauf contre un peuple auquel vous êtes liés par un pacte » (s8 v72) et d’autre part, le principe de justice qui demeure le seul critère susceptible de déterminer l’action du musulman.

Si un conflit surgit entre la communauté de la foi et le pays de résidence, le rôle du musulman est de rassembler et d’établir la concorde entre les parties. S’il ne parvient pas à réconcilier les parties, il appliquera ce hadith « Aide ton frère qu’il soit coupable ou victime... » L’aide au coupable consiste à l’empêcher de commettre l’injustice.

Les juifs vivent partout dans le monde sous différentes nationalités mais leur alliance à leur patrie Israël n’est jamais remise en cause par leur pays de nationalité. Les Juifs anglais, français, polonais, américains n’ont jamais fait mystère de leur dévouement pour l’Etat hébreux. Alors qu’on reproche aux musulmans cette double ‘‘appartenance’’ à l’Islam et au pays de résidence.

Cas d’incompatibilité de l’Islam avec la nationalité

Le problème de la nationalité se pose dans le cas où les lois du pays empêchent le musulman de pratiquer sa religion. Dans ces conditions, le musulman n’a pas le choix, il doit soit outrepasser ces lois, soit quitter le pays. L’Imâm Ali a dit « Aucun pays n’est pour toi meilleur qu’un autre, le meilleur pays est pour toi celui qui t’accueille ». Le pays qui t’accueille est celui qui t’accorde la liberté de pratiquer sans gêne ta religion.

Il est hors de question qu’un musulman accepte de se conformer à des lois qui lui ordonnent de désobéir à son Seigneur. Pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance au Créateur : « Rappelle-toi quand Abraham dit à son père et à son peuple : « je désavoue totalement ces dieux que vous adorez. Je n’adore que Celui qui m’a créé, car c’est Lui qui, en vérité, me guidera » s43 v26-27 « Je me retire loin de vous ainsi que des divinités que vous invoquez en dehors de Dieu » s19 v48

Lorsque l’interdiction ne porte que sur des choses accessoires relevant de l’ijtihad, en principe, le problème ne se pose pas. Cela fait partie du combat permanent auquel est confronté tout individu. Sans ce combat, la vie n’a pas de sens. Mais en dépit de certaines situations inacceptables, le musulman est tenu d’observer le meilleure comportement envers ses semblables, partant du principe qu’il est là pour sauver et non pour confondre ou égarer.

Par ailleurs, il faut se mettre à l’idée que le combat n’est pas avec l’homme mais avec Satan qui agit à travers l’homme et ce n’est pas la terre ou la patrie qui est en cause, ce sont les lois et les lois sont changeables en fonction du changement des systèmes et des dirigeants.

Or, il faut distinguer entre une nation qui est une situation, une valeur constante et le système par nature changeant et oscillant entre justice et injustice.

L’objectif étant de participer à l’instauration d’un système juste et de lois justes, c’est l’idéal pour le musulman. De ce fait, sa présence comme acteur du changement est indispensable ; elle s’inscrit dans le cadre de sa mission d’ordonner le bien et de repousser le mal.

Non seulement, le musulman ne doit pas céder le terrain à Satan, mais aussi il doit se battre en vue du changement pour le mieux, car il n’y a pas d’autre alternative ; quitter le pays, hormis le cas précité, c’est fuir sa mission et sa responsabilité, c’est abandonner le terrain à Satan.